Une classification commune pour les affections neurologiques et psychiatriques ?
La psychiatrie est parfois qualifiée d’« autre moitié » de la médecine, ce qui reflète la séparation entre la santé mentale et le reste des soins de santé.
Une distinction artificielle
Les auteurs d’un article récent publié dans The Lancet [1] estiment que cette séparation porte préjudice aux patients. Elle perpétue la stigmatisation des personnes atteintes d’affections psychiques et a également des répercussions sur leurs soins de santé physique – qui ne sont pas optimaux en psychiatrie –, ce qui contribue à une mortalité précoce.
Par ailleurs, les services neurologiques et autres services médicaux disposent souvent de connaissances insuffisantes en psychologie et en psychiatrie, ce qui entrave la reconnaissance et le traitement des troubles psychiatriques comorbides.
Anomalies dans la classification distincte
Les auteurs avancent que la séparation entre la santé mentale et le reste de la médecine se reflète également dans la manière dont nous classons les maladies : les diagnostics psychiatriques sont consignés dans un ouvrage distinct (le DSM) ou dans un chapitre distinct de la Classification internationale des maladies (ICD). Souvent, cette séparation est interprétée comme si les affections neurologiques avaient toujours une cause physique, tandis que les maladies psychiques sont considérées comme étant d’origine psychologique.
La classification actuelle conduit parfois à des anomalies : ainsi, la démence est désormais classée à la fois en neurologie et en psychiatrie dans l’ICD. Les troubles neurologiques fonctionnels, qui sont principalement traités par des neurologues, sont pourtant qualifiés de troubles psychiatriques.
Cerveau et esprit
« Le cerveau est l’organe de l’esprit, et l’esprit exerce une influence omniprésente en neurologie et dans l’ensemble de la médecine », affirment les auteurs de l’article, qui proposent de regrouper les chapitres concernés en un seul nouveau chapitre consacré au système nerveux.
Cette proposition s’inscrit également dans le sillage de l’intérêt croissant pour la santé cérébrale, définie par l’OMS comme « l’état de fonctionnement du cerveau sur les plans cognitif, sensoriel, socio-émotionnel, comportemental et moteur, permettant à une personne de réaliser pleinement son potentiel tout au long de sa vie ». [2]
Cela rejoint aussi le fait que les neurologues et les psychiatres sont amenés à traiter les mêmes symptômes, tels que l’apathie, la fatigue et les hallucinations. [3]
Nouveau chapitre de l’ICD
Si les troubles neurologiques et psychiatriques sont regroupés dans ce nouveau chapitre de l’ICD, il sera également possible d’y inclure des maladies qui ne relèvent actuellement d’aucune des deux catégories de l’ICD, tels que la douleur primaire chronique et certains troubles du sommeil et de l’éveil.
Les auteurs concluent qu’une classification commune favoriserait une prise en charge intégrée et holistique des affections qui représentent une part importante de la morbidité mondiale.
Références
1. White P, et al. Towards a joint classification of neurological and psychiatric disorders. Lancet. 2026 Sep 12;408(10559):978-980.
2. WHO. Optimizing brain health across the life course: WHO position paper. World Health Organization, 2022.
2. Schumann A. et al. Mapping the brain’s fatiguenetwork: a transdiagnostic systematic review and meta-analysis on functional correlates of mental fatigue. Brain Commun 2025; 7