Contraception progestative : une vigilance accrue face au risque de méningiome ?
Le lien entre certains progestatifs à fortes doses et le risque de méningiome est désormais bien établi. Une vaste étude danoise publiée dans JAMA Network Open élargit toutefois le débat en suggérant une association avec plusieurs contraceptifs hormonaux couramment prescrits. Si ces résultats ne remettent pas en cause la balance bénéfice-risque de la contraception hormonale, ils invitent à une prescription plus individualisée, notamment lors d’expositions prolongées.
Le méningiome est une tumeur intracrânienne généralement bénigne, dont la croissance est le plus souvent lente. Son développement semble influencé par les progestatifs, comme en témoigne la présence fréquente de récepteurs à la progestérone, ainsi que les observations de croissance tumorale sous imprégnation hormonale. Le risque absolu associé aux contraceptifs hormonaux demeure toutefois faible.
Un signal qui varie selon la molécule et la durée d'exposition
Cette étude cas-témoins nationale, menée sur 25 ans, a inclus 1.473 femmes présentant un méningiome et 14.717 témoins appariés. Les différentes formulations contraceptives ont été analysées selon leur composition, leur voie d'administration et la durée d'exposition.
Cette analyse met en évidence un signal d'augmentation du risque avec plusieurs contraceptifs oraux combinés associant de l'éthinylestradiol à la cyprotérone (OR 1,61), au désogestrel (OR 1,66), à la drospirénone (OR 1,58), au gestodène (OR 1,44) ou au lévonorgestrel (OR 1,40).
Parmi les contraceptifs microprogestatifs, seul le désogestrel 75 µg était associé à une augmentation du risque (OR 1,73), contrairement à la noréthistérone. Le signal le plus marqué concernait toutefois l'acétate de médroxyprogestérone injectable (OR 4,55). Une augmentation du risque était également observée avec le DIU au lévonorgestrel 52 mg après au moins un an d'utilisation, avec un signal plus marqué après cinq ans, mais pas avec les dispositifs moins dosés. Globalement, le risque était maximal en cas d'exposition au cours de l'année précédant le diagnostic.
Quelles implications pour la pratique ?
Les résultats diffèrent toutefois des données françaises d'EPI-PHARE, qui n'avaient pas retrouvé d'augmentation du risque avec le lévonorgestrel, seul ou associé à l'éthinylestradiol. À ce jour, ces observations n'ont pas conduit l'Agence européenne des médicaments (EMA) à modifier les recommandations concernant les contraceptifs oraux combinés.
En pratique, ces données renforcent l’importance d’une prescription individualisée et de la recherche d’un antécédent personnel de méningiome ou d’expositions antérieures à des progestatifs à risque. Le comité européen de pharmacovigilance de l'EMA recommande désormais de contre-indiquer le désogestrel et l’étonogestrel chez les patientes présentant un méningiome actuel ou ancien. Cette recommandation fait suite à la conclusion selon laquelle un faible sur-risque est associé à une utilisation actuelle et prolongée (> un an). En présence de symptômes évocateurs, une IRM cérébrale est recommandée ; le traitement doit être interrompu si un méningiome est diagnostiqué. Aucun dépistage IRM systématique n’est recommandé chez les femmes asymptomatiques.
Références
1. Hasselblad Lundstrøm N, Hjorslev Knudgaard M, Skaarup Pedersen M, Schougaard Christiansen MLS, Wessel Skovlund C. Contraceptive progestogens and incident meningioma. JAMA Netw Open. 2026;9(7):e2622603. doi:10.1001/jamanetworkopen.2026.22603.
2. Roland N, Kolla E, Baricault B, et al. Oral contraceptives with progestogens desogestrel or levonorgestrel and risk of intracranial meningioma: national case-control study. BMJ. 2025;389:e083981. doi:10.1136/bmj-2024-083981.
3. European Medicines Agency. Meeting highlights from the Pharmacovigilance Risk Assessment Committee (PRAC) 6–9 July 2026: Desogestrel- and etonogestrel-containing medicines: risk of meningioma and new measures to minimise this risk. Published July 10, 2026. Disponible sur : https://www.ema.europa.eu/en/news/meeting-highlights-pharmacovigilance-risk-assessment-committee-prac-6-9-july-2026