Fibrose pulmonaire de l'enfant : des critères standardisés pour mieux identifier les patients à risque
Les maladies interstitielles diffuses de l’enfant (chILD) regroupent un ensemble hétérogène de maladies pulmonaires rares dont l’évolution reste difficile à prédire. Alors que plusieurs traitements antifibrosants sont désormais disponibles chez l’adulte, leur développement chez l'enfant restait freiné notamment par l'absence d'une définition standardisée de la fibrose pulmonaire. Publiée dans The Lancet Respiratory Medicine, une vaste étude multicentrique européenne apporte une première démonstration de la pertinence clinique de critères diagnostiques de fibrose pulmonaire pédiatrique.
Les investigateurs du registre européen chILD-EU ont analysé les données prospectivement chez 1.071 enfants issus de 23 pays européens, avec une relecture centralisée de l'ensemble des scanners thoraciques et des biopsies pulmonaires.
Une définition standardisée pour identifier les enfants à risque
Deux définitions préexistantes de la fibrose pulmonaire ont été évaluées. Toutes deux reprenaient les principaux critères radiologiques utilisés chez l'adulte (les opacités linéaires ou réticulaires, les bronchectasies de traction, la distorsion architecturale et le rayon de miel) auxquels s'ajoutaient les lésions kystiques, considérées comme un marqueur important de fibrose chez l'enfant. La définition du registre chILD-EU retenait ces anomalies lorsqu'elles étaient observées au scanner thoracique, ou en présence de lésions histologiques compatibles. La seconde, proposée dans le premier essai pédiatrique randomisé de nintédanib en 2023, appliquait des critères plus stricts, exigeant une confirmation des anomalies sur deux scanners thoraciques ou leur association à une histologie compatible.
Selon la définition du registre européen, 220 des 1.071 enfants (20,5 % ; IC95 % 18,1–23,0) présentaient une fibrose pulmonaire. Avec la définition plus stricte utilisée dans les essais thérapeutiques, 62 des 534 enfants évaluables (11,6 % ; IC95 % 8,9–14,3) étaient classés comme fibrosants. Ces définitions n'avaient pas seulement une valeur descriptive, mais permettaient également d'identifier les enfants présentant une atteinte respiratoire plus sévère. La capacité vitale forcée prédite (CVF) des enfants répondant aux critères de fibrose était constamment inférieure d'environ 15 à 20 % à celle des enfants sans fibrose lors de l'ensemble des visites de suivi, jusqu'à huit ans. Cet écart persistait tout au long du suivi, quelle que soit la définition de la fibrose utilisée. Les auteurs ont par ailleurs identifié des critères de fibrose dans 72 formes différentes de chILD, confirmant que ces critères peuvent être retrouvés dans un large spectre de chILD.
Une première validation pronostique en pédiatrie
La présence d'une fibrose selon la définition du registre était associée à une diminution significative de la survie, avec un risque accru de décès ou de transplantation pulmonaire (HR 1,64 ; IC95 % 1,18–2,28). Cette association persistait après ajustement sur le sexe, la catégorie d'âge et le score z de l'indice de masse corporelle. Avec la définition plus restrictive utilisée dans les essais thérapeutiques, la tendance était similaire mais n'atteignait pas la significativité statistique, vraisemblablement en raison d'une puissance statistique insuffisante.
Au-delà de son intérêt épidémiologique, cette étude montre que l'application de critères standardisés de fibrose pulmonaire permet d'identifier les enfants atteints de chILD présentant une altération de la fonction respiratoire ainsi qu'un risque accru de décès ou de transplantation pulmonaire. La définition utilisée dans le registre apparaît bien adaptée à la stratification précoce du risque en pratique clinique, tandis que la définition plus stricte offre une plus grande spécificité pour les études interventionnelles.
Référence
Griese M, Reu-Hofer S, Ley-Zaporozhan J, et al. Prevalence and disease trajectories of pulmonary fibrosis of childhood interstitial lung disease: a register-based, multicentre observational study. Lancet Respir Med. Published online June 24, 2026. doi:10.1016/S2213-2600(26)00052-4.