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Rhumatologie

Ostéopathies liées au méthotrexate : une complication rare, grave et mal identifiée

Parmi les milliers de patients atteints de maladies rhumatismales, certains présenteront un jour une ostéopathie induite par le méthotrexate. C’est une complication rare mais grave, à laquelle on ne pense pas toujours. Quels sont les signes d’alerte ? La cohorte franco-belge METHOFRACT a répondu à la question [1].

Dr Claude Biéva - 11 mai 2026

Botlijden door methotrexaatLe méthotrexate (MTX) est la pierre angulaire du traitement de la polyarthrite rhumatoïde, du rhumatisme psoriasique et d'autres arthrites inflammatoires.

Les effets secondaires de type hépatique ou hématologique sont connus et surveillés. Mais une ostéopathie liée au MTX est beaucoup moins connue parce qu’elle est rare, difficile à identifier et l’imputabilité au MTX a longtemps été débattue.

Aujourd’hui, les signes permettant d’évoquer ce diagnostic sont mieux décrits :

  • La topographie  des  fractures  avec  atteinte  des  membres  inférieurs  (os  du  pied,  métaphyse  tibiale  proximale  ou  distale, fémorale distale), n’est pas typique d’une ostéoporose classique ;
  • L’aspect en imagerie (IRM / scintigraphie) de fissure transversale avec œdème osseux étendu, est plus proche d’une fracture de fatigue que d’une fracture ostéoporotique ;
  • L’atteinte est multiple et récidivante au cours du temps ;
  • Les traitements de l’ostéoporose sont inefficaces ;
  • L’arrêt du MTX se traduit par une bonne cicatrisation osseuse et l’absence de récidives de fractures.

Le diagnostic clinique repose souvent sur des douleurs mécaniques des membres inférieurs qui surviennent en phase de contrôle de la maladie rhumatismale.                                 

MTX2
Comparative fracture occurrence for both groups: MTX osteopathy can be identified using different imaging modalities such as X-ray, magnetic resonance imaging (MRI) and computed tomography (CBCT) with a band- or meander-shaped appearance along the growth plate by means of densification or signal. Regarding skeletal distribution, MTX osteopathy patients do mainly exhibit fractures of the lower extremity with a significantly higher frequency of the proximal femur (p < 0.05), the distal femur and proximal knee (p < 0.0001) as well as the distal tibia, talus and calcaneus (p < 0.0001), indicated in red shading at the left side. Osteoporosis, in contrast, is mainly characterized by vertebral fractures (p < 0.0001) and fractures of the distal radius extremity (p < 0.0506). A bone specific therapy can significantly reduce the symptoms and ensure consolidation of the fracture with accompanying morphological improvement (extrait de von Brackel FN, et al. Calcif Tissue Int 2024;115, 599–610).

METHOFRACT, une cohorte franco-belge

La cohorte franco-belge [2] a regroupé 92 patients (93% de femmes ménopausées) atteints de polyarthrite rhumatoïde (76%). Environ 30% des patients avaient dans leurs antécédents une notion de fracture. Le rhumatisme n’était pas actif (83%) ou peu actif (11%) au moment du diagnostic (consommation de corticoïdes faible < 5mg/jour  dans  83% des  cas). 

Le  diagnostic était le plus souvent posé sur base d’une IRM centrée sur la zone douloureuse (84%) ou d’une scintigraphie osseuse (45%). Les métaphyses tibiales (proximales ou distales) et les os du pied étaient le plus fréquemment touchés (88% et 49% respectivement). Les fissures/fractures étaient multiples au diagnostic chez 76% des patients  (63% avec antécédents de fractures similaires).

À l’arrêt du MTX, 91% des patients évoluaient favorablement (cicatrisation osseuse, diminution des douleurs et absence de récidive de fracture), vs 29% en cas de maintien.

Les messages

  • Une ostéopathie au MTX est à évoquer devant des douleurs des membres inférieurs persistantes non expliquées par le rhumatisme sous-jacent chez les patients traités par MTX ;
  • L’IRM doit être demandée au moindre doute ;
  • Le MTX doit être arrêté [3] sans crainte de perte de contrôle de la PR vu les alternatives possibles ;
  • L’identification des sujets à risque est essentielle.

Références
1. Robin F. Journées Viggo-Petersen 2026
2. Robin F, et al. METHOFRACT, a methotrexate osteopathy multicentre cohort study. RMD Open 2025;11:e005941. doi: 10.1136/rmdopen-2025-005941 
3. Hauser B, et al. Methotrexate continuation increases fracture risk in patients who sustained lower limb insufficiency fractures. Ann Rheum Dis 2025;84:554-61. https://doi.org/10.1016/j.ard.2025.01.047

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