Isotrétinoïne : vers une réévaluation du risque psychiatrique ?
L’isotrétinoïne reste le traitement de référence des acnés sévères, mais son association supposée à des troubles psychiatriques, notamment dépressifs et suicidaires, continue d’alimenter les inquiétudes en pratique. Une méta-analyse récente publiée dans JAMA Dermatology [1] apporte des données à grande échelle qui permettent de mieux caractériser ce risque. Ces résultats invitent à nuancer les perceptions, sans remettre en cause la nécessité d’une vigilance clinique.
La méta-analyse repose sur 25 études observationnelles incluant plus de 1,6 million de patients traités par isotrétinoïne. Elle évalue le risque absolu et relatif d’événements psychiatriques, avec un suivi allant jusqu’à quatre ans après traitement.
Pas de signal de surrisque
Les événements psychiatriques sévères apparaissent rares chez les patients traités par isotrétinoïne : à un an, le risque d’automutilation, d’idéation suicidaire, de tentative de suicide ou de suicide est inférieur à 0,5 %, tandis que la prévalence de la dépression est estimée à 3,83 %. Ces données sont comparables à celles observées dans la population générale.
Surtout, aucune augmentation significative du risque global de troubles psychiatriques n’est mise en évidence (RR 1,08). Aucune augmentation du risque de tentative de suicide n’est observée pendant le traitement. À distance, une diminution de ce risque est observée entre deux et quatre ans chez les utilisateurs d’isotrétinoïne. Cette évolution pourrait refléter l’impact positif du traitement sur l’acné sévère, avec une amélioration de la qualité de vie et de l’image corporelle.
Une sécurité relative, mais une vigilance ciblée
Ces résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de la nature observationnelle des données, d’une hétérogénéité importante et d’intervalles de confiance parfois larges [2]. Ils ne permettent pas d’exclure des biais de confusion, notamment liés à la sévérité de l’acné, aux comorbidités psychiatriques ou au contexte socio-économique.
En pratique, ces données ne modifient pas les recommandations actuelles. Une surveillance clinique reste indiquée, notamment à la recherche de symptômes dépressifs ou de modifications du comportement. Une attention particulière doit être portée aux patients présentant des antécédents psychiatriques, associés à un risque accru d’événements psychiatriques au cours du suivi. Les données disponibles ne permettent toutefois pas d’établir de relation causale. Une information claire du patient et de son entourage doit être systématiquement délivrée.
Références
1. Tan NKW, Tang A, MacAlevey NCYL, Tan BKJ, Oon HH. Risk of suicide and psychiatric disorders among isotretinoin users: a systematic review and meta-analysis. JAMA Dermatol. 2024;160(1):54-62. doi:10.1001/jamadermatol.2023.4579
2. Centre Belge d’Information Pharmacothérapeutique (CBIP), Isotrétinoïne : risque suicidaire et troubles psychiatriques ? Folia Pharmacotherapeutica, 2024.