Le cœur des femmes inquiète
VOIX DES ASSOCIATIONS Ce n’est pas une histoire sentimentale mais bien une alerte lancée par la Ligue Cardiologique Belge pour faire comprendre aux femmes et à celles et ceux qui les soignent que leurs histoires de cœur - entendez leurs risques et leurs maladies cardiovasculaires - ont des caractéristiques qui leur sont propres. Mieux (re)connaître leurs signes et symptômes, c’est améliorer la prévention cardiovasculaire et éviter le piège d’une médecine genrée qui fait d’une douleur thoracique, un infarctus aigu du myocarde chez l’homme et un épisode de stress chez la femme.
En Belgique, les maladies cardiovasculaires tuent près de six fois plus de femmes que le cancer du sein. Elles sont aussi la première cause de mortalité chez les femmes, un constat que trois Belges sur quatre ignorent.
La première raison invoquée est d’abord anatomique avec un cœur plus petit et des artères plus fines chez les femmes, qui les rendent plus sensibles à certains facteurs de risque et influencent la pathophysiologie. Pour preuve, les femmes présentent plus souvent des atteintes des petits vaisseaux du cœur comme un angor microvasculaire avec des artères coronaires épicardiques normales à l'angiographie et un risque élevé d’événements cardiovasculaires majeurs.
Un autre exemple est la dissection coronaire spontanée ou encore un syndrome de tako-tsubo ou cardiomyopathie de stress principalement chez la femme plutôt anxieuse et plus particulièrement au moment de la ménopause. Les femmes en sont les premières victimes (neuf femmes pour un homme) car leurs artères sont particulièrement sensibles aux effets des hormones du stress et elles présentent des microspasmes coronaires évocateurs d’un syndrome coronarien aigu, alors qu’aucune obstruction des artères coronaires sus-épicardiques n’est observée. Ces maladies sont d’autant plus probables que les femmes sont ménopausées et moins protégées par leurs œstrogènes naturels. Un autre raison est le diagnostic qui est parfois moins évident à poser que chez les hommes avec pour conséquence, une prise en charge différée ou moins intensive.
Des symptômes méconnus et sous-estimés
Les symptômes d'un infarctus chez les femmes sont encore trop souvent méconnus. La douleur dans la poitrine reste le principal symptôme chez les femmes comme chez les hommes, mais elle est plus souvent accompagnée chez les femmes d’une fatigue intense, un essoufflement, des nausées, des vertiges, des palpitations, une perte de connaissance, un malaise vagal. Des signes qui sont parfois confondus avec du stress, de l'anxiété ou de l'épuisement mais qui, chez une femme ménopausée, doivent alerter sous peine de voir la prise en charge retardée et un pronostic vital engagé.
Dans une étude iVOX, 36 % des personnes interrogées pensent que les symptômes d'un infarctus du myocarde sont identiques chez les femmes et les hommes, 22% à 26 % seulement sont capables d'identifier les signes plus fréquents chez les femmes.
La ménopause, un tournant biologique
Les maladies cardiovasculaires concernent les femmes à chaque étape de leur vie. Avant la ménopause, les œstrogènes offrent une protection partielle mais pas absolue, certains facteurs de risque étant déjà présents comme un tabagisme, une HTA, un cholestérol élevé, un surpoids, une sédentarité etc… La prise de certaines contraceptions associant des œstrogènes et un progestatif peut augmenter le risque de thrombose. Des complications de grossesse comme la pré/post-éclampsie ou un diabète gestationnel sont des marqueurs précoces de risque cardiovasculaire élevé sur le long terme.
Les maladies cardiovasculaires tuent près de six fois plus de femmes que le cancer du sein.
Certaines pathologies inflammatoires (polyarthrite) ou auto-immunes (maladie de Crohn) peuvent aussi influencer le risque cardiovasculaire. Après la ménopause, la protection hormonale disparaît et le risque cardiovasculaire augmente en lien avec une HTA, des LDL-cholestérol élevées, une glycémie anormale… pour devenir égal à celui des hommes, une évolution que beaucoup de femmes ignorent encore.
Pour le Pr Ernst Rietzschel, président du comité scientifique de la Ligue Cardiologique Belge, « la ménopause est un tournant biologique que les femmes et leurs médecins doivent prendre au sérieux. La disparition de la protection œstrogénique rend chaque femme plus vulnérable aux maladies cardiovasculaires. Un bilan cardiovasculaire à partir de 50 ans n'est pas un luxe, c'est une nécessité. »
Sensibiliser les femmes, les soignants et les chercheurs
Au cœur de cette campagne de sensibilisation figurent des vidéos de témoignages de patientes, des actions sur les réseaux sociaux avec le soutien bénévole de nombreuses influenceuses et personnalités belges, et des séances d'information destinées au grand public et aux professionnels de santé dans les hôpitaux, maisons médicales et communes de Belgique.
Pendant des années, les maladies cardiovasculaires ont été perçues comme principalement masculines. Dans des études cliniques des années 1990, la participation féminine avoisinait les 20%. Elle est ensuite passée à 30-40% en cardiologie dans les années 2010-2020. On note aussi un effet de l’âge avec à peine un tiers de femmes dans les études cliniques recrutant des patients de plus de 60 ans.
Au congrès de l’ESC 2026, 51,9% des participants (n = 9.971) étaient des femmes dans l’étude STAREE évaluant en prévention primaire l’effet d’une statine sur le risque d’événements cardiovasculaires. En cardiologie interventionnelle, 41% des participants étaient des femmes dans l’étude POPular ACE TAVI évaluant la sécurité et l'efficacité de l'administration systématique de protamine par rapport à une administration sélective avant le retrait de l’introducteur après un TAVI par voie transfémorale. Un signe que les mentalités évoluent.
Le cœur des femmes mérite d’être protégé
La Ligue Cardiologique Belge appelle toutes les femmes à prendre soin de leur santé cardiaque tout au long de leur vie, et recommande un bilan cardiovasculaire complet à partir de 50 ans. Cette démarche de prévention est d'autant plus importante que près de 80% des maladies cardiovasculaires pourraient être évitées grâce à un mode de vie sain, associant une alimentation équilibrée à la pratique d’une activité physique régulière, l’absence de tabagisme et le suivi de quelques paramètres élémentaires: BMI/tour de taille, LDL-cholestérol, glycémie, tension artérielle…
Chez les femmes comme chez les hommes, cette prévention doit intégrer les antécédents personnels, l’âge, des comorbidités métaboliques, auto-immunes, inflammatoires etc. Mais la santé cardiaque ne commence pas à la ménopause, c’est l’affaire de toute une vie…