IA en médecine générale
« L’IA ne remplacera pas le médecin »
Dans les années à venir, l’intelligence artificielle devrait davantage épauler les médecins généralistes que les remplacer. Tel est le message délivré par le Dr Stijn Van Driessche et Wil Rijnen (Domus Medica) lors du Congrès national de médecine générale, à l’occasion de leurs ateliers consacrés à l’utilisation des nouvelles technologies et des nouveaux outils en médecine générale.
Ces dernières années, et même ces derniers mois, l’intelligence artificielle a connu un essor spectaculaire. Après l’essor de l’IA générative, incarnée notamment par ChatGPT, Gemini, Copilot et Claude, une nouvelle génération d’outils s’impose depuis quelques mois : les agents d’IA. Ces assistants numériques sont capables de rechercher, traiter, comparer et transmettre des informations, mais aussi d’exécuter des tâches concrètes. Une question se pose dès lors : quelle place peuvent-ils trouver dans la pratique du médecin généraliste ?
À court terme, les agents d’IA semblent surtout voués à prendre en charge des tâches administratives, répétitives et bien délimitées, estiment le Dr Stijn Van Driessche, membre du groupe de travail ICT et eHealth de Domus Medica, et Wil Rijnen, expert ICT et eHealth au sein de l’organisation. « Dès qu’il s’agit d’activités à risque, comme la prise de décision clinique autonome, la supervision humaine reste indispensable. Dans les années à venir, l’IA sera donc davantage un soutien pour les médecins qu’un substitut. Les chatbots ne seront peut-être plus, d’ici quelques années, la principale interface avec l’IA, mais celle-ci restera bel et bien ancrée dans la pratique clinique quotidienne. »
Consultation complexe
Parmi les applications d’IA qui gagnent du terrain en médecine générale figure la transcription automatique des consultations. Le Dr Van Driessche utilise CareConnect depuis deux ans. « Les premières versions donnaient des résultats assez moyens, mais la qualité ne cesse de s’améliorer. Les consultations simples sont aujourd’hui généralement retranscrites de manière quasi parfaite et, parfois, même le résumé d’une consultation très complexe se révèle étonnamment pertinent. Dans tous les cas, le gain de temps est réel. »
« Autre avantage majeur : le médecin n’a plus à taper en permanence pendant la consultation. Il peut rester pleinement engagé dans l’échange, tant verbal que non verbal, sans avoir un œil sur le patient et l’autre sur l’écran. La charge cognitive s’en trouve également allégée : tout en écoutant, le médecin n’a plus à garder en mémoire ce qui vient d’être dit pour en produire aussitôt une synthèse fidèle. L’attention ainsi libérée peut être pleinement consacrée au patient et à la communication. » Le Dr Van Driessche nuance toutefois : tous les médecins ne retirent pas le même bénéfice de ces outils.
« Il serait toutefois imprudent de faire entièrement confiance au système », avertit d’emblée Stijn Van Driessche. « Il lui arrive de mal interpréter certains propos, d’omettre des informations ou de les résumer de manière erronée. Le médecin doit donc toujours vérifier le résultat final et en reste pleinement responsable. »
Recommandations et littérature médicale
L’IA se fait aussi une place dans la recherche d’informations médicales en pleine consultation. Jusqu’ici, face à une question imprévue, le médecin devait souvent promettre d’y revenir plus tard ou profiter des quelques minutes où le patient se rhabillait pour vérifier rapidement une information. Désormais, des chatbots spécialisés, nourris de sources médicales, permettent d’interroger rapidement la littérature et les recommandations afin d’obtenir une réponse directement exploitable.
Très populaire jusqu’il y a quelques mois, OpenEvidence n’est désormais plus directement accessible en Belgique, en raison de son origine non européenne et de difficultés de conformité avec la réglementation européenne sur l’IA. Ask Aletta, de son côté, est une solution néerlandaise accessible sur abonnement. L’outil intégré à CareConnect s’appuie sur la littérature internationale, complétée par des recommandations belges et néerlandaises. D’autres logiciels destinés aux médecins généralistes, comme HealthOne, développent des fonctionnalités similaires. « D’ici quelques années, on peut s’attendre à ce que tous les dossiers médicaux électroniques intègrent une forme ou une autre d’intelligence artificielle. »
EvidenceHunt fait quelque peu figure d’exception. Cette solution gratuite, davantage orientée vers la recherche et le travail collaboratif, peut néanmoins aussi trouver sa place dans un cabinet de médecine générale.
Quelques points d’attention pratiques pour les médecins généralistes
- Utiliser l’IA comme un soutien à l’expertise professionnelle, et non comme un substitut.
- Vérifier chaque résumé, code, référence bibliographique et option thérapeutique avant de les intégrer au dossier médical.
- Limiter les données saisies aux seules informations nécessaires et vérifier comment les contenus audio et textuels sont techniquement traités et conservés.
- Rester attentif aux biais cachés et s’interroger sur les données, les populations et les recommandations représentées dans les données d’entraînement ou les sources de connaissances utilisées.
- Vérifier que les informations sont à jour et, en cas de doute, revenir à la recommandation ou à la publication d’origine.
- Établir des règles claires en matière de responsabilité, de consentement du patient et d’utilisation de la transcription multilingue.
- Choisir un système adapté à sa propre manière de mener les consultations.
- Rester pleinement attentif pendant la consultation et veiller à ce que les nouveaux processus liés à l’IA ne détournent pas à nouveau l’attention du patient.