Maladies cardiovasculaires : le cœur des femmes reste trop méconnu
Près de 14.000 femmes meurent chaque année d’une maladie cardiovasculaire en Belgique, soit presque six fois plus que du cancer du sein. À l’occasion de la Semaine du Cœur, la Ligue Cardiologique Belge lance une campagne nationale pour mieux faire connaître les risques et les symptômes propres aux femmes.
Les maladies cardiovasculaires concernent une femme sur trois. Pourtant, seule une personne sur quatre sait qu’elles constituent la première cause de mortalité féminine, selon une enquête iVOX menée auprès de 1.021 Belges pour la Ligue Cardiologique Belge (LCB). Près de 40 % des répondants désignent plutôt le cancer du sein et 28 % reconnaissent ignorer la réponse.

Pour la Ligue, cette méconnaissance s’explique notamment par une recherche médicale longtemps centrée sur les hommes. « C’est la conséquence de décennies de recherche qui ont ignoré les femmes et d’une sensibilisation qui ne les atteignait pas », estime Rik Vanhoof, directeur général de la LCB. « Chaque femme mérite de connaître son propre risque, pour pouvoir agir à temps. »
Des symptômes encore mal identifiés
Le cœur féminin est en moyenne plus petit et ses artères plus fines. La douleur ou la compression thoracique reste un signe majeur de l’infarctus, mais les femmes peuvent aussi présenter une fatigue intense, un essoufflement, des nausées, des vertiges ou des douleurs dans la mâchoire, le cou ou le dos.
Ces manifestations sont parfois attribuées au stress, à l’anxiété ou à l’épuisement, ce qui retarde la prise en charge. L’enquête montre que 36 % des Belges pensent encore que les symptômes de l’infarctus sont identiques chez les femmes et les hommes. Seuls 22 à 26 % identifient les signes rapportés plus fréquemment chez les femmes.
Aurélie, 44 ans, raconte : « J’ai ressenti une compression thoracique et une douleur vive dans la poitrine qui m’empêchait de parler. Aux urgences, on a cru que je faisais une crise d’angoisse. On n’a pas voulu me croire. Étant secouriste d’entreprise, je savais ce qui m’arrivait : mon cœur était occupé à lâcher. »
Même constat pour Gaëlle, 49 ans : « Je pensais que cela allait passer. En réalité, je faisais un infarctus. Chez les femmes, les symptômes sont souvent moins évidents. »
Un risque qui évolue au fil de la vie
Certaines contraceptions hormonales peuvent augmenter le risque de thrombose chez des femmes prédisposées. La prééclampsie, l’éclampsie et le diabète gestationnel sont également reconnus comme des marqueurs précoces d’un risque cardiovasculaire ultérieur.
La ménopause constitue un autre tournant. Avant celle-ci, les œstrogènes contribuent à maintenir la souplesse des vaisseaux, à limiter l’inflammation et à réguler le cholestérol. Lorsque cette protection diminue, le risque cardiovasculaire augmente rapidement jusqu’à devenir comparable à celui des hommes du même âge.
La Ligue conseille donc un bilan cardiovasculaire complet à partir de 50 ans. « La ménopause est un tournant biologique que les femmes et leurs médecins doivent prendre au sérieux », souligne le Pr Ernst Rietzschel, président du comité scientifique de la LCB. « Un bilan cardiovasculaire à partir de 50 ans n’est pas un luxe, c’est une nécessité. »
Cette évaluation doit considérer la tension, le cholestérol, le diabète, le tabagisme, la sédentarité, le poids, les antécédents familiaux et l’histoire obstétricale. D’après la Ligue, près de 80 % des maladies cardiovasculaires pourraient être évitées par une meilleure prévention et un mode de vie sain.
Une campagne nationale et un sweatshirt solidaire
La Semaine du Cœur 2026, organisée du 21 au 27 septembre, aura donc pour thème « Le Cœur des Femmes ». Témoignages vidéo, sensibilisation sur les réseaux sociaux, participation de personnalités belges et actions dans les établissements de soins doivent rappeler aux femmes de connaître leurs facteurs de risque et de ne pas banaliser une fatigue inhabituelle ou un essoufflement inexpliqué.
La comédienne Laurence Bibot soutient notamment la campagne. Un épisode spécial du podcast Cœur en main réunit par ailleurs le journaliste Adrien Devyver et la cardiologue Auriane Ceulemans autour des spécificités du cœur féminin. Il est accessible sur Spotify et YouTube.
Un sweatshirt en édition limitée a aussi été imaginé avec Valentine Witmeur et Olivia Borlée, cofondatrices de la marque Ovale. Sa fermeture éclair, au centre du torse, évoque les cicatrices laissées par les maladies cardiovasculaires. Une poche secrète symbolise les histoires des patientes. Fabriqué au Portugal à 200 exemplaires, il sera vendu sur le site de la Ligue au profit de la campagne et de la recherche.
Cinquante-deux actions de terrain
La mobilisation comprend 52 activités : 19 en Flandre et à Bruxelles et 33 en Wallonie et à Bruxelles. Au programme : stands d’information, mesures de la tension et de la fréquence cardiaque, ECG, dépistages du cholestérol ou de la glycémie, conférences, ateliers et marches.
Les actions passeront par six établissements bruxellois, Nivelles, Ottignies, Braine-l’Alleud et Tubize. À Namur, la Clinique Saint-Luc de Bouge organisera notamment une conférence et une Marche du Cœur. La campagne se déploiera aussi dans onze lieux en province de Liège, ainsi qu’à Bastogne et Arlon.
Dans le Hainaut, le GHdC, EpiCURA, Jolimont, le CHwapi, Morlanwelz, Frameries et Comines participeront à l’opération. Les Drs Amini et Thayse donneront deux conférences intitulées « Le cœur des femmes : mode d’emploi non fourni », les 23 et 24 septembre à Ath et Hornu.
Au-delà de cette semaine, la Ligue invite toutes les femmes à écouter les signaux de leur corps et à consulter rapidement en cas de doute. Mieux informer doit permettre un diagnostic plus précoce, une prise en charge plus rapide et, à terme, sauver des vies.