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Actualités vaccinales : de l'enfant à l'adulte, et de la Belgique au bout du monde

CONGRÈS CUMG Chaque année, le Centre Universitaire de Médecine Générale de l'ULB (CUMG) organise son 'séminaire de Printemps'. Le programme scientifique aborde des domaines variés de la pratique en médecine générale. Chaque présentation accréditée associe un médecin spécialiste et un médecin généraliste.

Dr Claude Biéva - 11 mai 2026

Dans le cadre de ce magazine 'Spécial Infectiologie', nous avons choisi des extraits de l’exposé « Actualités vaccinales de l'enfant à l'adulte et de la Belgique au bout du monde », présenté par le Pr Yves Van Laethem, du service des maladies infectieuses du CHIREC-Delta Bruxelles et par ailleurs président du Conseil Supérieur de la Santé (CSS), exposé modéré par le Dr William Urbain, médecin généraliste.

FOCUS sur le papillomavirus humain

vaccination adolescents HPVL'infection par le HPV est l'infection sexuellement transmissible la plus fréquente au monde. Elle est asymptomatique, s'acquiert dès les premières relations sexuelles et se transmet par contact génital avec la peau, auto-inoculation ou réactivation de latence (5% à 20% si immunodéprimés).

On recense aujourd'hui  plus de 200 types différents de HPV, dont plus de 40 sont capables d’infecter les muqueuses anogénitales et orales. Environ 20 types sont à haut risque, dont 12 qui sont certainement oncogènes (16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59). Les types 6 et 11 sont les plus courants, à l'origine de plus de 90% des verrues génitales (condylomes). Les types 16 et 18 sont les plus fréquents dans le cancer du col de l'utérus.  Le cancer du col de l'utérus est le quatrième cancer le plus fréquent chez la femme, avec plus de 600.000 nouveaux cas par an dans le monde. En Belgique, l'incidence est estimée à 9/100.000 femmes-années, avec 300 décès et 8.300 conisations par an.

Quand et qui vacciner ?

Idéalement, il faut vacciner avant un premier contact sexuel. En effet, le vaccin ne protégera plus contre les types de HPV rencontrés antérieurement par la jeune fille ou le jeune homme et qui auraient pu être évités grâce au vaccin. La réponse immunitaire est meilleure chez les enfants et les adolescents entre 9 et 14 ans. Dans les études cliniques, les vaccins restent efficaces jusqu'à 26 ans pour les femmes et 25 ans pour les hommes, et certains experts les recommandent même jusqu'à 45 ans.

Le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) recommande:

  • La vaccination préventive généralisée des filles et des garçons de 9 ans à 14 ans inclus ;
  • La vaccination de rattrapage, à titre individuel, pour les jeunes femmes et hommes de 15 ans à 26 ans inclus qui n’ont pas bénéficié de la vaccination préventive généralisée ;
  • La vaccination des personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies, telles que les greffés ou les personnes vivant avec le VIH/sida.

Il faut garder à l’esprit que la vaccination ne protège pas contre tous les types de HPV.

Il faut garder à l’esprit que la vaccination ne protège pas contre tous les types de HPV. Des dépistages réguliers par frottis doivent être impérativement pratiqués tous les trois ans chez les femmes entre 25 ans et 65 ans, ce qui permet de détecter des anomalies des cellules du col de l’utérus avant l’apparition d’un cancer et de traiter précocement. La protection offerte par le vaccin HPV est durable, avec des études démontrant une efficacité supérieure à 12 ans et qu’on espère à vie, mais ce n'est pas encore démontré.

Remboursement au 1er juin

Le vaccin HPV9 (Gardasil 9) cible les types 16/18/31/33/45/52/58 + 6/11, avec une efficacité de 97% contre les dysplasies de haut grade (précancer) dues aux types 31, 33, 45, 52 et 58 dans un contexte d'excellente tolérance. Les arguments en faveur de la vaccination des garçons et des jeunes hommes sont:

  • Une protection directe contre les condylomes et cancers ;
  • La protection des partenaires féminines et a fortiori quand la couverture féminine est < 80% ;
  • Une protection des MSM jusqu'à 25 ans qui sont à très haut risque de maladies sexuellement transmissibles, dont celle liée au VIH favorisée par l'infection par l'HPV ;
  • Un rapport coût-bénéfice favorable.

De nouvelles recommandations vont être publiées fin 2026 par le CSS. Les questions en discussion portent sur le nombre de doses réduites de trois à deux après 15 ans, ou de deux à une chez les moins de 14 ans. La bonne nouvelle est le remboursement du vaccin au 1er juin pour toutes les personnes jusqu’à 26 ans et pour les personnes HIV+ et les greffés jusqu’à 45 ans.

FOCUS sur le VRS chez les patients âgés

Le virus respiratoire syncytial (VRS) est la principale cause d'infections virales des voies respiratoires inférieures chez les enfants de moins de deux ans. C'est surtout chez les nourrissons que les manifestations cliniques dues au VRS sont les plus graves (bronchiolite, pneumonie).

Dans la population adulte de plus de 65 ans, le VRS est un agent important d’infections respiratoires graves (pneumonies, décompensation cardiaque / BPCO), avec une mortalité respiratoire estimée à 3,2%. En Belgique, des données de 2022 montrent que 17,1% des patients âgés ≥  65 ans ayant consulté un médecin généraliste pour un syndrome grippal / une infection des voies respiratoires, avait une infection à VRS confirmée, 4,6% des patients ≥ 65 ans admis à l'hôpital pour une infection respiratoire aiguë sévère avait une PCR-VRS positive. Entre 1.100 et 3.340 patients ≥ 65 ans sont hospitalisés par an pour une infection sévère à VRS (Sciensano, rapport du CSS 2023).

Pourquoi ne parlait-t-on pas du VRS chez l'adulte ?

virus respiratoire syncytial senior touxParmi les raisons invoquées figure le fait que la littérature s’est surtout focalisée sur le poids de la maladie et ses conséquences chez l’enfant. Ce n’est qu’en 2023 que les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont recommandé l’administration d’une dose de vaccin contre le VRS chez les plus de 60 ans, et en 2024 la vaccination systématique de tous les plus de 75 ans et la vaccination systématique des 65-74 ans à risque d’infection sévère à VRS.

Une étude épidémiologique européenne a montré que le virus serait à l'origine de plus de 270.000 hospitalisations et d'environ 20.000 décès intrahospitaliers chaque année chez les adultes de 60 ans et plus. Le VRS est aussi associé à un risque accru d'infarctus du myocarde et hospitalisations chez les personnes de plus de 75 ans.

Parmi les autres raisons invoquées figure aussi le fait que les tests diagnostiques utilisés historiquement chez l'enfant (tests antigéniques) ont une sensibilité plus basse chez l'adulte, le fait aussi que jusqu'il y a peu, il n'y avait pas de remboursement des tests diagnostiques de biologie moléculaire et que, de toute façon, il n'y a pas de traitement antiviral disponible.

Trois vaccins approuvés

Trois vaccins sont approuvés pour la prévention de la maladie à VRS chez l'adulte (dose unique) : Abrysvo® (Pfizer) utilisé chez l'adulte (18 ans +) et pour la vaccination maternelle ; Arexvy® (GSK) indiqué pour les personnes de ≥ 60 ans ainsi que les 50-59 ans à risque accru et mRESVIA® (Moderna)  non disponible en Belgique.

Dans des études américaines en vie réelle réalisées chez l’adulte en 2023-2024, les vaccins VRS (PreF3 AS01 et bivalent PreF) réduisent d’environ 80% les hospitalisations, de 77% les visites aux urgences et de 81% les admissions en réanimation et décès. Une étude britannique chez des sujets âgés en moyenne de 78 ans a montré une réduction de 86,7 % du risque de forme grave de la maladie, une réduction de 82,3 % du risque d’hospitalisation pour toute infection respiratoire aiguë associée au VRS et de 77% pour les exacerbations aiguës de BPCO. La durée de la protection est de deux à trois saisons selon le vaccin (pas de bénéfice à revacciner pour le moment). Les données de la pharmacovigilance suggèrent un risque faible de syndrome de Guillain-Barré, mais la balance bénéfice-risque reste favorable chez les patients à risque (âge, comorbidités).

Recommandations du CSS (avis 9837)

La vaccination contre le VRS est recommandée aux personnes au-delà de 60 ans présentant au moins un facteur de risque (maladie rénale chronique, obésité sévère (IMC ≥ 40), maladies respiratoires chroniques, insuffisance cardiaque chronique, maladie coronarienne, diabète, les personnes ayant connu un accident vasculaire cérébral ou encore les personnes fumeuses), aux personnes de plus de 75 ans notamment en cas de présence d’un facteur de risque ou d’un statut fragile / pré-fragile, aux personnes vivant en institution, aux personnes immunodéprimées.

La recommandation est d'une seule injection en septembre ou en octobre. Les barrières à l’implémentation de la vaccination contre le VRS chez l’adulte sont le prix du vaccin (PreF3 AS01 = 206 euros, Bivalent PreF = 185 euros) et le manque de conscientisation sur le virus et les vaccins chez les médecins et les patients. Un remboursement par l’INAMI est accordé sous conditions : patients ≥ 65 ans jamais vaccinés, soit en MRS soit porteur d’une pathologie pouvant conduire à une forme grave, maladie chronique d’organe, obésité avec BMI ≥ 30, diabète, immunodéficience pour cause de maladie ou de traitement.

FOCUS sur le rotavirus

Le rotavirus est la cause la plus fréquente de diarrhées déshydratantes sévères chez le jeune enfant, touchant de 50% à 66% des enfants de moins de deux ans, mais des cas se rencontrent parfois chez des patients MRS. C'est une cause majeure de mortalité chez les petits-enfants dans les pays en voie de développement. Le diagnostic repose sur les symptômes (fièvre, vomissements, diarrhées aqueuses). Le traitement consiste en une réhydratation par solution OMS.

Deux vaccins oraux disponibles

La vaccination (Rotarix, RotaTeq) a entraîné une réduction drastique des cas confirmés en laboratoire, en particulier dans le groupe d'âge des moins d'un an, avec une diminution de 85% en 2011 par rapport à 2005. Une étude belge a montré que la vaccination par au moins une dose d'un des deux vaccins offre une protection de 91%.

En Belgique, le calendrier vaccinal recommande la vaccination contre le rotavirus de tous les nourrissons. Le schéma comporte deux doses administrées à quatre semaines d'intervalle pour le vaccin monovalent, et trois doses à quatre semaines d'intervalle pour le vaccin pentavalent. Les deux vaccins sont administrés par voie orale et ne peuvent en aucun cas être injectés par voie intramusculaire ou sous-cutanée. La première dose sera administrée à l'âge de huit semaines.

Le rotavirus est la cause la plus fréquente de diarrhées déshydratantes sévères chez le jeune enfant, mais des cas se rencontrent parfois chez des patients MRS.

Le vaccin contre le rotavirus administré en même temps que le vaccin hexavalent (DTPα-HBV-IPV-HiB) et le vaccin conjugué contre le pneumocoque n'interfère pas avec le développement de l'immunité contre ces maladies infectieuses. La dernière dose ne peut être administrée au-delà de l'âge de 24 semaines pour le monovalent et 32 semaines pour le vaccin pentavalent. Les vaccinations de rattrapage au-delà de cet âge ne sont pas recommandées (CSS 8812). En ce qui concerne la vaccination des patients immunodéficients, il faut se référer à la fiche 'Vaccination des enfants et adultes immunodéprimés et malades chroniques' (CSS avis 8561).

FOCUS sur deux pathologies tropicales

moustique tigre (Aedes albopictus)
Le moustique tigre (Aedes albopictus).

En post-pandémie, toutes les régions du monde ont enregistré le retour des voyageurs avec des chiffres en 2024 qui dépassent ceux de 2019 pour des régions comme l'Asie-Pacifique (+17%) ou l’Afrique (+13%). Les destinations se sont démultipliées, devenant de plus en plus intertropicales et accroissant le nombre d'expositions potentielles aux vecteurs de zoonose. Parmi eux, le moustique tigre (Aedes albopictus), dont l'expansion géographique et la reproduction sont favorisées par le changement climatique, transmet des maladies comme la dengue, le chikungunya, le Zika ou la maladie du West Nile Virus.

Que faut-il savoir de la dengue ?

Le nombre de cas en France métropolitaine est passé de 13 en 2020 à 29 en 2025. C'est l'arbovirose la plus importante de par le monde avec de l'ordre de 50 à 100 millions de cas par an en Amérique du Sud, en Afrique centrale et australe mais aussi en Guadeloupe, en Martinique ou à la Réunion.

Les symptômes les plus importants sont une fièvre et une prostration (100 %), des céphalées à prédominance frontale ou rétro-orbitaire, des arthralgies (79 %), des myalgies surtout lombaires, un rash morbiliforme (66 %). La biologie montre une leucopénie marquée (72 %), une thrombocytopénie (70% à 89 %), une hyponatrémie (41 %) et des élévations des transaminases et LDH (62 %).

Le traitement est symptomatique dans les cas non compliqués (éviter l'aspirine et les AINS) et supportif (perfusion ± plasma frais) en cas de complications. Deux vaccins sont enregistrés: le Dengvaxia (Sanofi Pasteur) mais sa production a été arrêtée en raison de la faible demande, et le Qdenga (Takeda) pour vacciner à partir de six ans, en cas de voyage de longue durée (> 4 semaines) ou de passages fréquents dans des zones à haut risque pour la dengue.

Que faut-il savoir du Chikungunya ?

Le Chikungunya touchait environ un tiers des 750.000 habitants de l’île de la Réunion en 2006, et a maintenant envahi la Malaisie, Singapour, la Thaïlande du Sud, l’Indonésie, les Caraïbes, l’Amérique centrale et du Sud, l’Afrique et l’Inde.

Le nombre de cas de Chikungunya en France métropolitaine est passé de 0 en 2020 à 770 en 2025.

Le nombre de cas en France métropolitaine est passé de 0 en 2020 à 770 en 2025. Les symptômes sont une fièvre et des douleurs articulaires légères à sévères (poignets, chevilles, phalanges). Les manifestations cutanées sont un exanthème (75%) et une conjonctivite souvent biphasique. Le traitement est symptomatique (antidouleurs). Un vaccin (Ixchiq®) est disponible pour les adultes (18-64 ans) à risque, notamment les voyageurs se rendant en zone éndémique.

Ce vaccin vivant atténué, administré en une seule dose, est recommandé pour les personnes avec comorbidités, mais nécessite une évaluation médicale pour les plus de 60-65 ans et est contre-indiquée chez les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées. Le fait d’être vacciné ne signifie pas qu’il faut renoncer à se protéger contre les piqûres de moustiques qui peuvent également transmettre la dengue ou le Zika.

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