Étude PRUDENCE
Test POC: pas de réduction systématique des prescriptions d'antibiotiques
La mise à disposition de tests diagnostiques rapides (tests POC) dans les cabinets de médecine générale ne conduit pas automatiquement à une diminution des prescriptions d'antibiotiques chez les patients souffrant d’infections respiratoires. C’est ce qui ressort de l’étude PRUDENCE, à laquelle ont collaboré des chercheurs de l’Université d’Anvers. Les résultats ont été publiés dans The Lancet Primary Care.

L’étude PRUDENCE a comparé, dans 13 pays*, les soins standards avec ou sans stratégie de test POC : test sanguin pour les marqueurs inflammatoires (CRP), écouvillon de gorge pour le streptocoque du groupe A et écouvillon nasal pour la grippe, chez des patients pour lesquels le médecin envisageait une prescription d'antibiotiques.
L’étude a été mise en place car l’utilisation des tests POC était depuis longtemps considérée comme un outil prometteur pour soutenir la politique antibiotique en soins de première ligne. PRUDENCE montre clairement que la disponibilité de ces tests n’a pas entraîné une diminution des prescriptions d’antibiotiques. Le temps de guérison est identique dans les deux groupes : quatre jours.
« Les tests POC ne sont pas une solution technologique simple et immédiate », estime la Pre Sybil Anthierens (Université d’Anvers), qui a participé à l’étude. « Ils peuvent constituer un levier vers un meilleur comportement de prescription, mais uniquement si les bonnes conditions sont réunies. »
Intention initiale
Les résultats de l’étude ne signifient toutefois pas que les tests POC n’ont aucun rôle à jouer en soins de première ligne. Les résultats des tests confirment souvent l’intention initiale des médecins de prescrire ou non des antibiotiques.
L’évaluation du processus montre que les médecins ignorent systématiquement les résultats des tests dans trois situations : lorsque les symptômes sont considérés comme typiquement bactériens, lorsque le résultat contredit l’intuition clinique du médecin et lorsque la prescription a déjà été annoncée au patient avant que le résultat ne soit disponible.
Face à un résultat de test fortement positif, il arrive qu’un médecin rédige une prescription qu’il n’avait pas initialement prévue. Les chercheurs en concluent que les tests POC ne sont pas un outil destiné à réduire les prescriptions à tout prix, mais bien à prescrire de manière plus appropriée et plus sûre.
Antibiorésistance
Une recherche complémentaire a montré que le rôle du patient ne doit pas être sous-estimé. Il accepte plus facilement un résultat de test lorsque celui-ci correspond à ses attentes, mais le remet en question lorsqu’il perçoit ses symptômes comme graves. Les patients ayant compris l’objectif du test et la signification d’un résultat négatif se sont montrés prêts à ajuster leurs attentes en matière d’antibiotiques. Ils mentionnaient souvent la résistance aux antibiotiques comme motivation pour ne pas en prendre.
Les chercheurs concluent que le test POC doit s’inscrire dans un ensemble plus large d’interventions.
Ils évoquent notamment une formation à la communication pour les médecins, le report volontaire de la discussion sur la prescription jusqu’à l’obtention des résultats, un meilleur accompagnement dans l’interprétation des tests, ainsi qu’une explication plus ciblée au patient sur ce que le test mesure et signifie.
« La question n’est plus de savoir si les tests POC fonctionnent, mais dans quelles conditions ils peuvent fonctionner de manière optimale, et comment les politiques et la formation peuvent activement créer ces conditions. »
* Belgique, Allemagne, France, Géorgie, Grèce, Hongrie, Irlande, Israël, Italie, Pologne, Portugal, Espagne et Royaume-Uni.