Focus sur le Congrès européen d’endocrinologie
Les connaissances les plus récentes sur l’obésité (1) : l’étiologie
Avec une incidence et une prévalence en hausse, l’obésité représente l’un des principaux défis de santé publique des années à venir.
Lors du dernier Congrès européen d’endocrinologie (ECE), la Pr Elisabeth van Rossum (Rotterdam), spécialiste de l’obésité, a présenté les connaissances les plus récentes dans ce domaine.
L’obésité, une maladie chronique
L’obésité s’accompagne d’une dysrégulation hormonale touchant à la fois les hormones du tissu adipeux (p. ex. la leptine et l’adiponectine) et les hormones intestinales, telles que le GLP-1, la CCK, le PYY et l’amyline. Par ailleurs, on observe un état pro-inflammatoire chronique, ainsi que des modifications de la fonction des monocytes, qui contribuent à la reprise pondérale après une perte de poids (effet yo-yo). Des modifications épigénétiques du tissu adipeux et des cellules immunitaires, qui persistent même après une perte de poids (mémoire des cellules adipeuses), jouent également un rôle important. Après une perte de poids, le poids corporel semble avoir été « reprogrammé » vers un point d'équilibre (« set point ») plus élevé que chez une personne n'ayant jamais présenté d'obésité.
Étiologie sous-jacente
Chez la grande majorité des patients, l’étiologie sous-jacente est multifactorielle et une prise en charge efficace commence par l’identification précise des différents facteurs sous-jacents (outil en ligne utile : www.checkcausesobesity.com). Outre le mode de vie, les troubles psychiques, les médicaments, les anomalies hormonales et les causes hypothalamiques, les facteurs génétiques jouent également un rôle. Une étude a montré que 91,9 % des patients présentaient au moins deux facteurs sous-jacents ; 71,3 % en présentaient au moins trois et 26,1 % en présentaient au moins quatre.
Les formes génétiques
Les formes monogéniques (p. ex. une mutation du récepteur MC4) ne sont pas aussi rares qu'on le pensait auparavant. Elles sont, par exemple, plus fréquentes que le syndrome de Cushing. Elles se caractérisent généralement par une obésité débutant dans l'enfance, un appétit très important associé à une satiété altérée, ainsi qu'un écart pondéral important par rapport aux autres membres de la famille. Dans la pratique de la Pr Van Rossum, une forme génétique d'obésité a été diagnostiquée chez 9,3 % des patients adressés par leur médecin généraliste. Lorsqu'un agoniste du récepteur du GLP-1 est instauré chez ces patients, ceux-ci décrivent souvent, pour la première fois de leur vie, une sensation de satiété.
Les médicaments, un facteur important
Chez les personnes présentant une obésité de classe III, près de 60 % prennent un traitement favorisant la prise de poids. Cette proportion est d’environ 55 % en cas d’obésité de classe II, de 50 % en cas d’obésité de classe I et de 40 % chez les personnes de poids normal. Leur utilisation plus fréquente chez les patients présentant une obésité plus sévère peut être à la fois une cause et une conséquence de l’obésité, ou les deux. Les corticostéroïdes sont les plus fréquemment impliqués, suivis des antidiabétiques, des inhibiteurs de la pompe à protons, des antihypertenseurs, des antihistaminiques, des antidépresseurs, des antipsychotiques, des antiépileptiques et des antalgiques. Ces traitements ne peuvent évidemment pas être arrêtés du jour au lendemain, mais leur pertinence mérite d’être réévaluée lors de l’instauration d’un traitement de l’obésité.
D'autres facteurs
De nombreux autres facteurs interviennent également, notamment les difficultés financières, le stress psychologique ou encore l'isolement. Leur fréquence augmente elle aussi avec la sévérité de l'obésité. Il apparaît clairement que l'obésité est une maladie multifactorielle et que sa prise en charge commence par l'identification des causes sous-jacentes.
Référence :
ECE. Symposium: Novel Diagnostic Strategies and Personalized Treatment of Obesity.