Mieux comprendre les facteurs de rémission des MICI
Les liens de causalité entre alimentation et risque de développement de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ont déjà été largement étayés. Une récente étude multicentrique franco-belge permet de mieux comprendre dans quelle mesure l’alimentation entretient l’activité inflammatoire, que ce soit dans la maladie de Crohn ou dans la rectocolite ulcéro-hémorragique.
L’incidence des MICI tend à augmenter de manière proportionnelle à l’industrialisation, comme cela s’observe dans tous les pays occidentaux. La nourriture ultra-transformée, associée à un faible apport en fruits, légumes et fibres est largement en cause.
Dans la RCUH, la viande rouge et les hydrates de carbone sont particulièrement incriminés. Au-delà de l’alimentation, il s’avère que le statut tabagique, les antibiothérapies, la sédentarité et divers facteurs psychosociaux ont un rôle dans le développement pathologique.
Comment agir une fois le diagnostic établi ?
Malgré le manque de données probantes fortes, l’organisation internationale pour l’étude des MICI recommande, lors de poussées inflammatoires, une augmentation de l’ingestat de protéines associé à une alimentation sans résidus, ainsi qu’une réduction de l’apport en fibres insolubles chez les patients avec sténose intestinale.
L’étude multicentrique ici analysée, ayant inclus 2.514 patients avec MICI confirmée, a permis d’investiguer les patterns alimentaires associés à la rémission clinique, avec ajustement pour le genre, l’âge, le BMI, l’éducation, le statut tabagique, ainsi que le passé chirurgical.
Chez les patients atteints de la maladie de Crohn, la rémission était associée à un apport spécifiquement plus important en fruits (aOR 1.60 (1.20-2.14)) et en café (aOR 1.57(1.17-2.11)). Notons que l’association entre régime alimentaire et rémission était particulièrement prononcée pour l’activité inflammatoire iléale de la maladie de Crohn, et que l’adoption d’un régime méditerranéen était associée à la rémission de la maladie de Crohn, mais sans aucune incidence sur la rectocolite. Chez les patients souffrant de rectocolite, la rémission était associée à un apport spécifiquement plus important en fruits (aOR 1.72 (1.15-2.56)) et en salade (aOR 1.73 (1.12-2.66)).
Interprétation des résultats
Il importe de souligner que la rémission clinique induit inévitablement une augmentation des apports en fruits et en salade, partant du principe assez simple que les patients en poussée inflammatoire privilégient d’eux-mêmes un régime pauvre en résidus. Il n’a pas été possible de corriger cette potentielle causalité inversée dans l’étude et, malgré la plausibilité du lien direct, celui-ci ne peut pas formellement être établi.
De plus larges études prospectives, évaluant l’alimentation avant les poussées inflammatoires, sont encore attendues pour pouvoir établir une corrélation temporelle plus précise. Ces dernières devraient permettre un meilleur ciblage des conseils hygiéno-diététiques à fournir à chaque patient.
Référence
Fontaine, Lucile et al. Diet and clinical remission in patients with inflammatory bowel disease: A multicenter cross-sectional study.Digestive and liver disease : official journal of the Italian Society of Gastroenterology and the Italian Association for the Study of the Liver 58,2 (2026): 220-231. doi:10.1016/j.dld.2025.12.001