Gastrites, gastropathies : comment les distinguer ?
La surprescription des IPPs, l’un des chefs de bataille de notre actuel ministre de la santé, doit s’inscrire dans le cadre d’une meilleure compréhension des mécanismes physio-pathologiques sous-jacents. Cet article, fondé sur les propos du Pr Pierre Deprez (Cliniques universitaires Saint-Luc), propose une révision des principales causes de gastrites et de gastropathies.
La présence histologique d’inflammation de la muqueuse est le facteur déterminant principal entre gastrite et gastropathie. L’aspect endoscopique du tractus gastrique, bien qu’important (éventuel érythème, néovascularisation, absence de plis rugueux), n’est pas suffisamment sensible que pour déterminer la présence d’une gastrite. Sa sensibilité maximale est de seulement 57 %.
Par conséquent, le diagnostic repose toujours sur l’association des caractéristiques macroscopiques aux résultats biopsiques. La classification de Sydney, la plus largement usitée au niveau international, prend en considération ces dernières en y associant la topographie lésionnelle. L’aspect histologique, permettant généralement une distinction entre processus inflammatoire aigu et chronique (prédominance neutrophilique versus lymphocytaire), peut aussi permettre une certaine prédiction du risque de dégénérescence maligne.
Les gastrites
La cause principale de gastrite chronique, bien qu’en prévalence décroissante, reste l’infection à Helicobacter pylori. Une large base de données nord-américaine, reprenant environ 900.000 patients, a permis de montrer que la gastrite n’était pas associée à HP chez seulement 10 % des sujets présentant une gastrite histologique. Parmi les gastrites infectieuses, sont incriminées de manière beaucoup plus rare les mycobactéries, les tréponèmes, les parasitoses, ainsi que les infections mycotiques.
Vient ensuite, en ordre de prévalence, la gastrite auto-immune ou maladie de Biermer. Celle-ci se distingue, dans la grande majorité des cas, par la présence d’anticorps anti-cellules pariétales (offrant une sensibilité de 90 %, contre une spécificité de 60 %). La présence d’anticorps anti-facteur intrinsèque est moins fréquente (60 % des cas), mais quasi pathognomonique de la maladie (spécificité de 90 %). Elle entraîne la formation d'une gastrite atrophique dont peut découler une métaplasie intestinale. Biologiquement, la carence martiale chez la femme jeune doit attirer l’attention du médecin. La carence en vitamine B12, plus tardive, s’observe chez les sujets plus âgés et doit faire l’objet d’une supplémentation ad vitam par voie intramusculaire ou sous-cutanée.
Les gastropathies
Sous ce vocable, entendons un trouble de la muqueuse gastrique, avec inflammation minime ou inexistante. La plus fréquente est la gastropathie réactionnelle, fruit d’une réaction aux sels biliaires (notamment après chirurgie gastrique) ou à certains médicaments et/ou toxiques (AINS, alcool). On observe généralement une hyperplasie fovéolaire et une extension des fibres musculaires entre les cryptes.
Soulignons que pour les étiologies évoquées, le traitement est celui de la cause, et sans traitement spécifique pour la maladie de Biermer. Les IPPs n’y ont qu’une place très limitée.
Référence
D’après un exposé du Pr Pierre Deprez, Congrès d’hépato-gastroentérologie, Cliniques universitaires Saint-Luc, Bruxelles, 17 janvier 2026