Retour à Alma-Ata
Une délégation de représentants des soins de première ligne qui participe à une visite d’État, ce n'est guère courant. Mais il y avait une bonne raison à la présence d’une importante délégation lors de la récente visite d’État du roi Philippe et de la reine Mathilde au Kazakhstan.
Lorsque le couple royal effectue une visite d’État officielle dans un autre pays, elle est souvent motivée par des raisons économiques. La récente visite d’État au Kazakhstan n’a pas fait exception. Ce pays d’Asie centrale, riche en métaux et en minéraux divers, présente également un intérêt géopolitique. Un volet académique est par ailleurs systématiquement associé au volet économique. Les soins de première ligne se sont donc rapidement imposés comme un domaine d’intérêt.
La santé pour tous
En 1978, Alma-Ata, aujourd’hui rebaptisée Almaty, était le centre mondial de la médecine de première ligne. C’est dans cette ville, alors située dans une république soviétique, qu’a été signée la Déclaration d’Alma-Ata. Ce document faisait de l’accessibilité des soins de santé primaires la clé de la « santé pour tous » et établissait un lien explicite entre les soins de santé et la justice sociale. Le texte a été adopté le 12 septembre 1978, lors de la conférence organisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’UNICEF.
Sous la direction du Pr Jan De Maeseneer, un programme a été élaboré afin d’aborder le passé, le présent et l’avenir de la médecine générale et des soins de santé primaires dans les deux pays. Le Pr Oliver Van Hecke (UGent) s’est penché sur les défis auxquels est confrontée la première ligne. La pénurie de prestataires de soins, qui entraîne une lourde charge de travail, est un problème mondial. Le vieillissement de la population, auquel est associé un nombre accru de maladies chroniques complexes, ne fait qu’aggraver la situation.
Sous la direction du Pr Jan De Maeseneer, un programme a été élaboré afin d’aborder le passé, le présent et l’avenir de la médecine générale et des soins de santé primaires dans les deux pays.
Les besoins du patient
Le Pr Van Hecke a souligné l’importance de la continuité des soins. Une étude norvégienne montre que les patients qui consultent le même médecin généraliste depuis plus de 15 ans présentent des résultats de santé nettement meilleurs : un risque de décès réduit de 25 %, une diminution de 28 % des hospitalisations en urgence et un recours aux services d’urgence réduit de 30 %. Une autre évolution dont les professionnels de santé doivent tenir compte est l’attention portée aux besoins des patients. Le bien-être des personnes bénéficiant de soins adaptés à leurs besoins et à leurs souhaits est plus élevé.
Il s’inquiète du risque d'inégalité croissante dans les soins et pour leur accessibilité. Il pense en particulier à l’accès aux vaccinations, à l’éducation à la santé et à la prévention des infections. Un problème peu souvent évoqué auquel les soins de santé primaires sont confrontés est le budget limité consacré à la recherche. Bien que les soins de santé primaires puissent répondre à 90 % des besoins essentiels en santé, à peine 5 % de la recherche leur est consacrée.
Interdisciplinarité
Le Pr Jean Luc Belche (ULiège) s’est penché sur l’organisation de la première ligne et sur les soins centrés sur le patient et orientés vers des objectifs. Le changement que doivent opérer les soins de santé primaires se résume en deux phrases : il faut passer de « What is the matter with the patient ? » à « What matters to the patient ? ». Concrètement, cela signifie passer des résultats traditionnels à des résultats orientés vers des objectifs. Un médecin généraliste ne se contente ainsi pas de dresser la liste des symptômes dont souffre un patient : il s’intéresse surtout à ceux que le patient juge importants.
Selon le Pr Belche, une telle approche n’est possible qu’en travaillant de manière interdisciplinaire, ce qui diffère précisément d’une approche multidisciplinaire. L’interdisciplinarité repose sur des réseaux locaux de soins de santé primaires. Au sein d’un tel système, il doit exister un lien formel avec le patient (relation à long terme, communication proactive), un modèle de financement adapté et des systèmes d’information partagés. En matière de financement, il privilégie un système hybride associant paiement à l’acte et paiement forfaitaire.
Exemplaire original
Les prestataires kazakhs des soins de santé primaires ont suivi avec intérêt - et une certaine envie - la présentation d’Ann Gils, directrice de l’ICHO. La collaboration entre toutes les universités flamandes dans la formation des médecins généralistes s’avère relativement unique. Le choix de collaborer est motivé par la volonté de ne pas simplement former des généralistes, mais bien de former les médecins généralistes qui répondront aux besoins des soins de première ligne de demain.
Un moment symbolique fut la remise par Jan De Maeseneer d’un exemplaire original de la Déclaration d’Alma-Ata à Melitta Jakab, directrice du Centre européen de l’OMS pour les soins de santé primaires, basé à Almaty. « Près de 50 ans après sa signature, la déclaration a retrouvé le chemin d’Almaty. Un moment magnifique », a-t-elle déclaré.