[Édito] L'angoissant clapotis des vagues de chaleur
Rédacteur en chef
Après une officielle troisième vague de chaleur en quelques semaines, peut-on vraiment encore parler d’« épisode » de canicule ? Les vagues de chaleurs viennent et reviennent avec un rythme presque aussi régulier que celles de la mer du Nord (qui, elle aussi, se réchauffe).
Cet été a montré que la chaleur venait éprouver notre capacité collective à protéger les plus fragiles. En la matière, la Belgique a laissé apparaître des failles inquiétantes. Aucun autre pays européen n’affiche pires chiffres de mortalité.
Ceux de juin, qui ont pratiquement atteint le record des 26 dernières années, au pic de la crise covid, ont brutalement rappelé que la chaleur tuait. Elle frappe d’abord les personnes âgées, les malades chroniques, les habitants des logements mal isolés, ceux qui vivent dans les quartiers les plus minéralisés et les moins favorisés. Sous 37°C, les inégalités sociales deviennent des inégalités mortelles.
Pour ceux dont la vie est en jeu, même notre système de soins s’avère être un dernier rempart fragile. Avez-vous lu ce chiffre affolant ? 95 % des hôpitaux et maisons de repos doivent être rénovés face aux canicules. Médecins, infirmiers et ambulanciers ne compenseront pas indéfiniment les bâtiments inadaptés dans les villes qui surchauffent. Au-delà de climatiser aveuglément chaque pièce, il faut penser l’adaptation comme une politique de santé publique : rénover, végétaliser, anticiper et cibler les alertes, pour assurer plus sereinement la continuité des soins. Car dans le bureau d’à côté, celui des politiques climatiques, le silence est assourdissant.