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Maladie auto-immune

Syndrome de Sjögren : une nouvelle ère thérapeutique

Une meilleure compréhension de l’immunopathogenèse de la maladie de Sjögren a stimulé le développement de traitements ciblés. Pour la première fois, nous observons des résultats positifs dans des essais de phase III pour des médicaments qui s’attaquent à la source de cette maladie auto-immune. Pouvons-nous passer du soulagement des symptômes à une modulation de la maladie ? 

Dre Hade Scheyving - 8 septembre 2026

Nous nous sommes entretenus avec la Pre Isabelle Peene. Rhumatologue à l’UZ Gent et à l’AZ Sint-Jan à Bruges, elle a donné une conférence sur ce sujet lors du récent congrès de l’EULAR. La Pre Peene sait mieux que quiconque que la maladie de Sjögren présente un tableau clinique très hétérogène et qu’elle est difficile à traiter.  

Isabelle Peene, reumatologie

La Pre Isabelle Peene (UZ Gent - AZ Sint-Jan Bruges).

Un tableau clinique complexe

« Le syndrome de Sjögren est une maladie auto-immune chronique et évolutive qui touche les glandes exocrines, principalement les glandes salivaires et lacrymales. Cela entraîne les symptômes bien connus de sécheresse oculaire et buccale chez 80 % des patients. Mais dans 20 % des cas, on observe également des manifestations systémiques, notamment au niveau des poumons, des reins, de la peau ou du système nerveux. De plus, la charge de morbidité de la maladie de Sjögren est fortement déterminée par des symptômes tels que la fatigue, le ‘brain fog’, la douleur et les difficultés fonctionnelles », explique la Pre Peene.

C’est ce qui ressort également des enquêtes menées auprès des patients par la Fondation Sjögren. D’après son expérience clinique, neuf patients sur dix souffrent d’une fatigue invalidante. 

La spécialiste ajoute qu’il est impossible d’établir un lien entre l’activité immunologique de la maladie, le degré d’infiltration des glandes, une éventuelle atteinte systémique et la charge de morbidité ressentie par le patient. Cela rend d’autant plus complexe la tâche de se forger une image concrète de la pathologie et de son impact. 

Pour les symptômes glandulaires, on ne dispose que de traitements symptomatiques. Les traitements se limitent à des remèdes locaux tels que des collyres, des substituts salivaires, du chewing-gum ou des pastilles. Il est également possible de stimuler les glandes à l’aide de médicaments, mais cela entraîne certains effets secondaires. Pour la composante systémique du syndrome de Sjögren, il n’existait absolument rien. « Jusqu’à il y a quelques années. C’est alors que le développement de thérapies ciblées s’est accéléré », rapporte Isabelle Peene. 

L’histologie détermine les cibles 

En examinant l’intérieur des glandes, les chercheurs ont beaucoup appris sur les mécanismes sous-jacents de la maladie : « Les glandes salivaires des personnes atteintes du syndrome de Sjögren regorgent d’infiltrats lymphocytaires. Dans les formes plus prononcées, on observait principalement des cellules B, dont on sait qu’elles produisent des (auto-)anticorps. Dans les formes plus légères, nous avons également constaté une forte présence de cellules T, qui sont invariablement associées aux cellules B »

Bien que le « moteur » précis de l’infiltration immunitaire locale reste encore à déterminer, ces connaissances physiopathologiques ont néanmoins permis d’identifier un certain nombre de cibles pour des thérapies ciblées : 

  • Pour les lymphocytes B, il s’agit du récepteur du BAFF, que l’on peut bloquer à l’aide de l’anticorps monoclonal humain ianalumab. Les cytokines BAFF et APRIL, qui stimulent les lymphocytes B, peuvent également être bloquées à l’aide de la protéine de fusion recombinante telitacicept ; 
  • Les agents biologiques tels que l’iscalimab et le dazodalibep entravent quant à eux la communication entre les cellules B et T, au niveau du complexe CD40-CD40L ;  
  • Enfin, pour réduire les auto-anticorps, on a recours à des inhibiteurs de FcRN tels que l'efgartigimod et le nipocalimab.  

Ces molécules ont fait l'objet d'essais cliniques et, à ce jour, deux études de phase 3 ont déjà été jugées positives : celles portant sur l'ianalumab et le telitacicept, qui ciblent le BAFF (récepteur). La Pre Peene mène pour sa part des recherches sur l’efgartigimod, l’inhibiteur de la FcRn déjà utilisé aujourd’hui pour traiter certaines formes de myasthénie grave et la polyneuropathie inflammatoire démyélinisante chronique (PIDC), deux maladies auto-immunes rares du système nerveux périphérique. Et désormais également pour la maladie de Sjögren.  

'Proof of concept'

Tout a commencé avec l’essai RHO [1], une étude 'proof of concept' randomisée en double aveugle, dans laquelle les patients recevaient chaque semaine (pendant 24 semaines) de l’efgartigimod ou un placebo par voie intraveineuse. L’efficacité du traitement a été évaluée à l’aide des paramètres CRESS [2] : « Afin de refléter au mieux le syndrome de Sjögren, cet outil clinique examine cinq domaines : l’activité systémique de la maladie, les symptômes rapportés par le patient (questionnaire ESSPRI(3) ), la fonction des glandes salivaires et lacrymales mesurée objectivement, ainsi que la sérologie (auto-anticorps IgG, facteur rhumatoïde) », explique la rhumatologue. 

Pour pouvoir démontrer un effet positif du traitement, les patients traités devaient présenter une amélioration dans au moins trois des cinq domaines. Ce fut le cas chez 45 % des participants traités (et même pour quatre des cinq critères du CRESS), contre 11 % dans le groupe placebo. Les effets indésirables sont restés limités à des grades 1 ou 2. 

Phases II et III 

L’essai RHO a donné lieu à une étude ouverte de suivi. Chez les patients pouvant être inclus en tant que « répondeurs », on a évalué s’il était possible de réduire la fréquence du traitement (d’entretien) à une perfusion toutes les deux semaines. « Nous avons constaté que l’effet était maintenu avec ce schéma bihebdomadaire », rapporte la Pre Peene. « Et chez les patients qui sont passés, au cours de cette deuxième phase, du groupe placebo au groupe efgartimod, nous avons observé la même tendance : le médicament est efficace, bien toléré et présente peu de signaux de sécurité. »  

Bien sûr, des essais de phase 3 sont nécessaires pour convaincre, et ceux-ci sont déjà en cours : « Les principales différences résident dans le fait que nous évaluons un groupe de patients beaucoup plus important (631 patients, contre 34 dans l'essai RHO), et que l'efgartigimod est administré par voie sous-cutanée », explique la rhumatologue. « Cela peut constituer un avantage pour le patient, car cette méthode est un peu moins invasive et peut être facilement administrée à domicile », ajoute-t-elle. Il faudra attendre la réponse du CRESS ; les résultats de la phase 3 sont attendus d’ici à la fin 2027.  

« Il n'existe pas de lien direct entre l'activité immunologique du syndrome de Sjögren et la charge symptomatique ressentie par le patient. »  

Points d’interrogation

Le message délivré lors de l’EULAR 2026 était clair : nous avons réalisé des progrès remarquables ces dernières années dans le traitement du syndrome de Sjögren, avec plusieurs nouvelles options thérapeutiques très prometteuses. Mais certaines questions restent encore sans réponse.  

Allons-nous réellement passer du soulagement des symptômes à une « modification de la maladie » ? « Les traitements ciblés qui s’avèrent efficaces s’attaquent à l’activité immunologique, tout comme aux manifestations systémiques. Mais cela ne signifie pas pour autant que la charge symptomatique du patient soit réduite de manière tout aussi efficace. Pour l’instant, une seule étude (portant sur une thérapie ciblée anti-CD40) fait état d’un effet significatif sur l’ESSPRI [3]. Il reste donc à voir ce que nous pourrons exactement proposer ou promettre aux personnes présentant une charge de morbidité élevée. » 

Une autre zone d’ombre concerne les facteurs de risque précis de la maladie de Sjögren pour développer un lymphome du MALT : « Le principal facteur de risque est la présence du facteur rhumatoïde dans le sang, au début de la maladie. Nous ne savons pas pourquoi certaines infiltrations de lymphocytes B dégénèrent en cancer du sang et d’autres non. C’est pourquoi nous ne pouvons pas non plus, pour l’instant, faire de la prévention. Logiquement, si nous parvenons à stopper les infiltrations dans les glandes exocrines, nous supposons que le risque de lymphome disparaît. Mais il n’existe pas de véritables biomarqueurs ou paramètres sanguins qui puissent nous indiquer si ces infiltrations régressent ou progressent. Seule une biopsie (ou, indirectement, une échographie) des glandes salivaires peut apporter des éclaircissements à ce sujet. Au niveau européen, de nombreuses recherches sont déjà menées sur le lien entre le syndrome de Sjögren et le lymphome du MALT », ajoute encore Isabelle Peene. 

Références 
1. Peene I, Verstappen GM, Arends S, et al. Efgartigimod dans la maladie de Sjögren (essai RHO). Ann Rheum Dis. Publié en ligne le 16 avril 2026. doi:10.1016/j.ard.2026.03.019 
2. Composite of Relevant Endpoints for Sjögren’s Syndrome (CRESS).  
3. L’indice EULAR du syndrome de Sjögren rapporté par les patients (ESSPRI) évalue la sécheresse (yeux/bouche) ressentie par le patient, ainsi que ses symptômes de douleur et de fatigue, au cours des deux dernières semaines. 

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