Éditorial
Les piques de Vandenbroucke
Dans sa proposition de réforme des mutuelles, Frank Vandenbroucke envisage de supprimer les remboursements dédiés à la médecine non conventionnelle. Interrogé par la RTBF, il prend l'exemple de l'homéopathie ou de l'acupuncture : « Il n'existe aucun début de preuve que ces disciplines améliorent réellement la santé ».
Si l’intervention a pu piquer l’Association belge des médecins acupuncteurs (un comble), elle pose une vraie question : que doit encore soutenir un système solidaire fondé sur la preuve, particulièrement quand il est à bout de souffle ? On la laisse à l’appréciation des prochaines commissions Santé publique.
Mais le ministre fait peut-être une erreur. En mettant dans le même sac homéopathie et acupuncture, il dilue la précision de son propos. L’Espagne vient de rappeler qu’un produit qui revendique un effet thérapeutique doit accepter le verdict des données : après 64 revues systématiques, plus de 1.000 préparations homéopathiques doivent quitter le marché. La France, de son côté, s’attaque aux formations universitaires qui donnent parfois un vernis académique à des pratiques insuffisamment validées.
La Belgique ne pourrait-elle pas adopter une trajectoire à cheval sur ces deux voies ? L’ABMA ne demande pas un nouveau financement pour l’acupuncture, mais un cadre qui prévoit une évaluation, une exigence de formation et de la sécurité. Elle affirme disposer de données pour certaines indications. Très bien : que le KCE, le SPF Santé publique et l’Inami s’en emparent et les examinent.
Le patient n’a rien à gagner à un marché nébuleux où chacun promet ce qu’il veut. La médecine fondée sur les preuves a ici un rôle à jouer pour protéger les patients, les médecins… et les finances publiques.