Prix du Généraliste 2026
Qu'est-ce qu'être mère et médecin généraliste à Bruxelles aujourd'hui ?
Et qu'est-ce que cela implique pour la médecine générale de demain ? Une étude qualitative par focus groups.
La maternité reste invisibilisée dans les structures professionnelles en médecine générale. L’éthos médical traditionnel, hérité de modèle masculin et fondé sur la grande disponibilité et l’abnégation du médecin, donne lieu à des tensions à travers un contexte de féminisation de la médecine générale et de la transformation de la vision du travail.
Reléguée au domaine du privé, la maternité, traverse pourtant l'exercice quotidien de nombreux et nombreuses médecins. Dans un contexte de pénurie médicale, de charge de travail élevée et d'exigences de disponibilité croissantes, cette recherche interroge l'articulation entre maternité et pratique de la médecine générale, en mobilisant les concepts de socialisation genrée, d'éthos professionnel, d'éthique du care et de conflits de normes.
Objectif
Dresser un état des lieux des tensions vécues par les mères médecins généralistes à Bruxelles et identifier des perspectives concrètes pour une médecine générale inclusive et adaptée aux réalités contemporaines en termes de répartition des responsabilités et d'évolution des normes professionnelles et sociales.
Méthodologie
Cette recherche qualitative repose sur une analyse thématique par entretiens collectifs auprès de 13 mères médecins généralistes exerçant à Bruxelles, ayant entre un et plus de dix ans d'expérience post-assistanat.
Six exercent en statut salarié, sept en statut indépendant, dans des maisons médicales au forfait, à l’acte, en pratique de groupe, ou en « solo ». Le recrutement s'est effectué par bouche-à-oreille et méthode boule de neige. Un guide d'entretien semi-directif a exploré la conciliation des rôles de femme, mère et médecin, les modèles de rôles et identités professionnelles, la féminisation de la médecine et l'évolution de l'éthos professionnel, l'éthique du care et la socialisation, ainsi que les perspectives d'avenir pour la profession.
L’analyse s’est réalisée par codage mixte (déductif et inductif), suivi d'une cartographie thématique et d'une analyse transversale intersectionnelle croisant genre, statut socio-économique et capital social.
Résultats et discussion
État des lieux des tensions. Les participantes font face à un conflit de normes structurelles : être une « bonne mère » et être un « bon médecin ». Ces tensions s'articulent à des facteurs individuels et organisationnels : âge des enfants, soutien du partenaire, type de pratique, statut professionnel, contraintes financières.
Ces tensions émergent aussi de normes sociales plus larges : répartition de la charge domestique et mentale, socialisation genrée, double journée et norme d’hyperdisponibilité médicale.
LIRE LE TFE DANS SON INTÉGRALITÉ
Ce que la maternité apporte et perspectives d'avenir. Les participantes identifient la maternité comme source de transformation positive : renforcement de l'empathie, meilleure compréhension des réalités familiales des patient·es, compétences organisationnelles accrues, pratique plus qualitative centrée sur la continuité des soins. Ces savoirs expérientiels constituent des ressources professionnelles à part entière, encore insuffisamment légitimées.
Les pistes de changement s'organisent en trois niveaux : individuel et collectif (solidarité entre pair·es, adaptation du temps de travail, etc.) ; structurel et institutionnel (congés de maternité et parentaux réellement indemnisés et partagés, augmentation du nombre de médecins généralistes, accès aux supervisions, etc.) ; culturel et professionnel (valorisation de ce qu’apporte la maternité en médecine, remise en question de l'éthos professionnel, répartition équitable des rôles dans le couple, etc.).
« Soutenir les mères médecins généralistes semble une condition pour construire une médecine générale durable, robuste, humaine et juste. »
Conclusion
En articulant dimensions professionnelles, personnelles, politiques et structurelles, cette recherche propose de lire la maternité non comme un obstacle à la pratique médicale, mais comme un révélateur de ses contradictions et un vecteur potentiel de transformation dans la relation patient / médecin, dans l'éthos professionnel du médecin et dans l'organisation genrée de la profession.
Cette recherche doit être prolongée pour dépasser ses limites : l'échantillon, exclusivement composé de mères dans des configurations familiales hétéronormées, ne rend pas compte d'autres manières de « faire famille », ni des vécus des personnes LGBTQIA+, racisées ou non-mères, nécessaires pour fonder une réflexion intersectionnelle.
Dans un contexte de féminisation croissante et de pénurie, soutenir les mères médecins généralistes ne semble pas être une question à la marge mais bien une condition pour construire une médecine générale durable, robuste, humaine et juste.
Scannez ce QR code pour lire le TFE du Dre Leysen en intégralité.
