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Frank Vandenbroucke : « L’euthanasie doit être ouverte aux  maladies neurodégénératives »

Dans la deuxième partie de l’interview exclusive accordée par Frank Vandenbroucke au journal du Médecin, le ministre des Affaires sociales et de la Santé publique approfondit les réformes du paysage hospitalier et de l'euthanasie.

Un entretien de Filip Ceulemans & Erik Derycke - 8 avril 2026

Frank Vandenbroucke

Le journal du Médecin: Fin décembre, un groupe d’experts a présenté un plan pour la réforme du paysage hospitalier. Qu’avez-vous pensé de ce plan ?

Frank Vandenbroucke: Je traite cela avec prudence car il s’agit d’un rapport d’experts indépendant. J’ai sollicité l'avis du Conseil fédéral des établissements hospitaliers, et mes collègues régionaux celui des instances consultatives régionales. Nous souhaitons tous les réunir d’ici la fin avril, puis nous entamerons la prise de décision politique entre fin avril et l’été. Je ne suis pas attaché aux détails de ce rapport, mais je ne veux pas éluder votre question et souhaite préciser ce qui me paraît important.

Aujourd’hui, si on laisse de côté les hôpitaux psychiatriques, nous avons deux types d’hôpitaux : les hôpitaux universitaires et les généraux. La réalité évolue, ce qui nous oblige à nuancer cette typologie. Les experts proposent quatre types d'hôpitaux : universitaires, généraux régionaux, les centres médicaux locaux et les établissements de soins intermédiaires. Un centre médical local est un hôpital, mais spécialisé dans les activités de jour comme certaines interventions chirurgicales ou autres procédures réalisées de manière efficace et de haute qualité. Sur un tel site, aucun personnel n’est nécessaire la nuit, et il n’y a pas non plus de service d’urgence. Compte tenu des difficultés à recruter, par exemple, des infirmiers, et du fait que le travail de nuit n’est vraiment pas le plus attractif pour eux, cela représente un potentiel énorme.

Les établissements de soins intermédiaires concernent les patients qui ne peuvent pas rentrer chez eux, mais pour lesquels un cadre hospitalier moins intensif suffit. Des études du KCE montrent que nous avons besoin de moins d’hospitalisations aiguës avec nuitée, mais davantage de séjours de longue durée - moins de courts séjours, davantage de soins spécialisés. Orienter les sites dans ce sens est une bonne option. Je suis donc favorable à cette typologie. Elle doit orienter le débat. Par ailleurs, il faut trouver un équilibre entre la proximité et la concentration de l’expertise pour les soins complexes, comme les traumatismes majeurs ou l’oncologie pédiatrique. Le cancer chez l'enfant est heureusement rare, mais il s’agit souvent de cancers complexes, qui ne peuvent pas être traités partout.

Aujourd’hui, les investissements en innovation et en TIC dans les hôpitaux sont en partie, voire en grande partie, financés par des prélèvements sur les honoraires. Comment envisagez-vous cela à l’avenir, après la scission entre une part professionnelle et une part liée aux coûts ?

Oui, c’est un bon point. Lors de visites dans des hôpitaux, je vois des projets d’innovation fantastiques, et la manière dont les médecins y agissent comme de véritables entrepreneurs : ils rassemblent des moyens, élaborent des projets et les financent. Souvent, cela provient effectivement de prélèvements sur les honoraires et de suppléments d’honoraires. La question est donc pertinente : une nouvelle méthode de financement des hôpitaux ne doit pas être à ce point rigide qu’elle rende impossible ce type d’innovation « bottom-up ».

La formule que je souhaite proposer est celle d'un fonds d’innovation qui vient s’ajouter au financement de base : mobilisable de manière flexible, avec des moyens supplémentaires pour des projets innovants - mais avec une certaine sélectivité. Cela s’accompagnera d’une autre manière de gouverner les hôpitaux. Aujourd’hui, les prélèvements constituent un levier entre les médecins et la direction. Si les prélèvements ne sont plus la règle, il faudra organiser autrement les mécanismes de contrôle et d’équilibre. Car pour moi, un hôpital est véritablement une communauté composée de médecins, d’infirmiers, d’autres membres du personnel et de la direction. Les médecins doivent pouvoir jouer un rôle réel dans la stratégie d’investissement et d’innovation, ainsi que dans le positionnement d’un hôpital. Si les prélèvements disparaissent, il faudra créer une autre forme de cogouvernance.

Vous avez récemment confirmé à la Chambre que l’extension de l’euthanasie devait encore être réalisée durant cette législature. Existe-t-il un consensus au sein du gouvernement à ce sujet ?

Eh bien, j’aimerais que ma collègue, la ministre de la Justice, fasse avancer ce dossier. C’est réellement une question de société urgente. Je renvoie aux avis du Comité de bioéthique, mais aussi aux récits de vie relayés dans la presse. Il est difficile d’expliquer que des personnes doivent être dans le coma pour avoir pu déclarer au préalable : dans une telle situation, je souhaite l’euthanasie. Pour moi, la possibilité d’euthanasie doit être étendue aux situations d’incapacité de volonté résultant d'une démence et d’autres maladies neurodégénératives. C’est d’ailleurs aussi la position du Comité de bioéthique, qui formule en même temps un certain nombre de principes de prudence.

Je pense également que le débat est devenu beaucoup plus mûr entre-temps, ce qui ne signifie pas que tout le monde partage le même point de vue. Mais mon groupe politique souhaite que sur ce point, l’accord de gouvernement soit désormais mis en œuvre. Nous écouterons bien sûr les autres partenaires de la majorité et nous chercherons un bon équilibre. Mais cela relève des compétences de ma collègue à la Justice.

En ce qui concerne l’avortement, les positions sont plus divergentes. Nous partons du rapport d’avis scientifique, mais, en tant que partenaire au sein d’un gouvernement, nous comprenons aussi qu’un compromis doit être trouvé. Encore faut-il que ce compromis soit mis sur la table : commençons donc rapidement ce débat.

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