Pénurie médicale : « la Province de Luxembourg mérite des réponses adaptées à la réalité du terrain »
La province de Luxembourg fait face à une pénurie sévère de médecins généralistes, de médecins spécialistes et de dentistes. Dans de nombreuses communes, l’accès aux soins devient de plus en plus difficile, avec des délais allongés et des cabinets qui ne prennent plus de nouveaux patients.
Une opinion de l'UBPS
Cette situation est d’autant plus préoccupante que :
- le taux de pénurie y est parmi les plus élevés du pays ;
- la province est un territoire rural et étendu, où la mobilité est un enjeu majeur ;
- certaines zones présentent un pourcentage particulièrement élevé de patients bénéficiant du statut BIM, ce qui implique une mission sociale renforcée pour les soignants.
Les professionnels encore en activité assurent une charge de travail importante dans un contexte déjà fragile.
Le plafonnement ne résoudra pas la pénurie
Dans ce contexte, le plafonnement des honoraires ne constitue pas une réponse adaptée. On ne peut améliorer l’accessibilité aux soins si le nombre de prestataires continue à diminuer. Au contraire, dans une province frontalière comme le Luxembourg, cette mesure risque d’accentuer le problème. À proximité immédiate du Grand-Duché de Luxembourg, les soignants disposent d’une alternative professionnelle concrète. Réduire l’attractivité de l’exercice en Belgique pourrait encourager davantage de départs vers l’étranger. Une réforme uniforme, appliquée sans tenir compte de cette réalité territoriale et socio-économique, risque d’affaiblir encore davantage les zones déjà en pénurie.
Nous observons déjà un phénomène similaire pour les patients. Depuis le 1er janvier, l’augmentation du coût de certains médicaments, notamment les IPP et les statines, pousse certains citoyens à franchir la frontière pour se les procurer à moindre coût. Outre l’impact économique pour notre territoire, cette situation fragilise le suivi thérapeutique. Lorsque l’approvisionnement se fait en dehors du circuit national, la continuité et la cohérence des soins deviennent plus complexes.
Agir en amont : créer des vocations locales
Face à cette réalité, l’UBPS plaide pour une stratégie globale et durable :
- Créer des vocations dès l’enseignement secondaire par des interventions régulières de soignants ;
- Organiser des journées d’immersion dans les métiers de la santé ;
- Mettre en place un suivi des élèves intéressés ;
- Développer des stages en province pour maintenir le lien avec le territoire ;
- Prévoir des incitants favorisant l’installation dans les zones en pénurie. Les aides financières à l’installation sont utiles. Mais sans médecins, sans spécialistes et sans dentistes pour en bénéficier, elles ne suffisent pas.
- Créer des vocations locales, accompagner les jeunes tout au long de leur parcours et renforcer l’attractivité des territoires en pénurie sont des leviers indispensables si l’on veut inverser durablement la tendance.
L’UBPS appelle à une réforme qui tienne compte des spécificités des régions rurales et frontalières. Une approche uniforme, appliquée sans différenciation territoriale, risque d’aggraver la pénurie dans les zones déjà fragilisées.
Garantir l’accès aux soins suppose une politique cohérente, équilibrée et ancrée dans la réalité du terrain.