Étude de l'UZ Gent
Lésions loupées et faux positifs pour l'appli de détection des cancers de la peau 'SkinVision'
Selon une étude du service de dermatologie de l’UZ Gent, l’application SkinVision, alimentée par l’intelligence artificielle pour analyser des photos de lésions cutanées, se trompe dans 15% des analyses : près d’une lésion bénigne sur huit génère une fausse alerte et un cancer de la peau sur quatre est manqué.
C’est ce qui ressort d’une étude menée par le service de dermatologie de l’UZ Gent, à laquelle ont participé plus de 1.400 personnes qui s’étaient présentées pour faire évaluer une lésion cutanée. Après une consultation physique, les chercheurs ont pris une photo à l’aide de l’application SkinVision, puis ont comparé les diagnostics obtenus.
Les résultats de l'étude belge sont publiés dans le British Journal of Dermatology du 17 février.
Pas simple à utiliser
L’application n’a pas pu évaluer entre 16 et 19% des lésions, dont 10% de cancers de la peau, pour cause de mauvaise qualité des photos.
D’après les chercheurs, cela est souvent dû à des facteurs comme la présence de poils, la localisation des lésions (plis cutanés) ou des lésions peu pigmentées (manque de contraste avec la peau).
Lorsque le patient lui-même prenait la photo, le pourcentage grimpait à 71%, ce qui montre à quel point il est difficile pour les utilisateurs d’utiliser correctement l’application de manière autonome.
Parmi les photos qui ont pu être évaluées, les lésions bénignes ont été correctement reconnues dans 87% des cas. Cela signifie donc que 13% des utilisateurs (près d’un sur huit) ont reçu une fausse alerte.
Le télédermatologue indispensable
Par ailleurs, 75% des cancers de la peau ont été correctement classés comme suspects, ce qui implique que 25% ont été manqués.
L’avis du télédermatologue a été sollicité pour environ deux lésions sur trois, et plus fréquemment lorsqu’elles étaient considérées comme « suspectes » par l’IA. L’intervention du télédermatologue permet de réduire considérablement le nombre de fausses alertes, mais dans cette étude, elle a aussi entraîné un plus grand nombre de cancers de la peau non détectés.
« Les résultats montrent l’importance d’études indépendantes rigoureuses sur les nouvelles technologies d’IA prometteuses, dans leur contexte d’utilisation. De préférence avant leur mise sur le marché. Ces données sont essentielles pour les autorités de santé afin d’évaluer à la fois les avantages et les éventuels inconvénients dans un système de soins spécifique. Pour les utilisateurs potentiels, ces données peuvent les aider à décider s’ils souhaitent ou non utiliser la technologie », concluent les chercheurs.
L’app' seulement en soutien
SkinVision est une application payante qui évalue le risque de cancer de la peau à partir d’une photo d’une lésion cutanée. Pour cela, elle utilise une technologie basée sur l’intelligence artificielle et, pour certaines lésions, elle fait également appel à l’avis d’un télédermatologue affilié à l’application, qui peut ajuster l’évaluation.
Plusieurs mutualités belges remboursent les frais liés à l’application à leurs membres. À l’échelle mondiale, SkinVision compte 3 millions d’utilisateurs, dont 100.000 en Belgique.
Le fournisseur de l’application a réagi aux critiques en affirmant que l’étude est dépassée. Selon l’entreprise, la précision de l’intelligence artificielle qui analyse les lésions cutanées à partir de photos s’améliore chaque année. En outre, l’application n’a pas pour but de poser un diagnostic, mais sert uniquement d’outil de soutien.