Une communication claire au bénéfice de la vaccination
Bien que les vaccinations aient déjà sauvé des millions de vies, elles sont plus que jamais contestées depuis la pandémie de covid-19. Une bonne communication, claire, est indispensable pour faire comprendre l’importance des vaccins à un maximum de groupes de population, aujourd’hui comme à l’avenir. C’est le message qu’ont transmis plusieurs intervenants lors du symposium de la vaccination de la Saint-Valentin organisé par l’Université d’Anvers.
L’année dernière, notre pays a connu une hausse exceptionnelle du nombre de cas de rougeole. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) en a recensé 393 cas. Les deux années précédentes, on en comptait respectivement 123 (en 2024) et 35 (en 2023). Cette forte augmentation est principalement « due » à des foyers apparus dans le Limbourg et à Anvers, ayant pour origine la Roumanie et le Maroc. Près de 80% des infections, majoritairement survenues chez des enfants de moins de neuf ans, ont été constatées chez des non-vaccinés.

À l’échelle européenne, la Belgique a obtenu de très mauvais résultats l’an dernier. En nombre de cas par habitant, notre pays affichait le deuxième taux d’infection le plus élevé d’Europe, avec 33,3 cas par million d’habitants. Seule la Roumanie présentait un taux nettement supérieur, avec 220,2 cas par million d’habitants (soit 4.198 cas au total). La moyenne européenne s’élève à 16,8 cas par million d’habitants. Pourtant, contrairement à des pays comme l’Espagne, l’Autriche ou le Royaume-Uni, la Belgique ne perd pas son statut de pays exempt de rougeole.
Inquiétude concernant les États-Unis
Lors du symposium de la vaccination de la Saint-Valentin, le Pr Pierre Van Damme a exprimé son inquiétude quant à la situation aux États-Unis. L’impact d’un ministre de la Santé antivax se fait déjà sentir. Aux États-Unis, où la rougeole avait été déclarée éradiquée en 2000, on a recensé l’année dernière plus de 2.000 cas de rougeole. Rien que pour cette année, le nombre s’élève déjà à 662. « Ce chiffre exceptionnellement élevé pour un seul mois est d’autant plus préoccupant que janvier est normalement un mois où l’on enregistre moins de cas », explique le Pr Van Damme.
Selon lui, le déclin mondial du nombre de personnes vaccinées s’explique par plusieurs facteurs. « Il y a une sorte d’amnésie qui s’est installée à propos des maladies évitables grâce aux vaccins. Les vaccins sont victimes de leur propre succès », affirme-t-il. L’instabilité mondiale actuelle n’aide pas non plus. « Il y a aussi un écosystème de l’information radicalement transformé, ainsi qu’une méfiance croissante envers les gouvernements. » Et pourtant, l’impact de la vaccination est difficilement sous-estimable. Au cours des 50 dernières années, les vaccins ont sauvé la vie de 153,84 millions d’enfants, la rougeole à elle seule étant responsable de quelque 93,71 millions de décès évités.
Un langage clair
Une bonne communication s’avère cruciale pour faire passer le message sur la vaccination. Dans le sillage de la pandémie de coronavirus, la Pre Mieke Vandenbroucke, du département de linguistique de l’Université d’Anvers, a mené une recherche sur la communication accessible à destination des personnes vulnérables. Cela a débouché sur un certain nombre de recommandations générales. Un langage clair, c'est-à-dire simple et accessible, doit toujours constituer le point de départ de toute communication.
Dans un environnement multiculturel, il est important de recourir à des traductions de qualité et, lorsque c’est possible, à des informations multilingues. « N’utilisez pas l’intelligence artificielle comme simple outil de traduction, mais faites appel, si nécessaire, à des interprètes professionnels ou à des médiateurs interculturels », recommande la Pre Vandenbroucke. Un problème à ne pas sous-estimer: la fracture numérique. « Essayez de la combler en complétant la communication numérique par des échanges individuels, en utilisant du matériel de soutien comme, par exemple, des brochures ou des infographies. »
« Discutez ouvertement des doutes, des craintes et de la méfiance, et prenez votre temps. »
– Pre Mieke Vandenbroucke (linguistique, Université d'Anvers)
Contact téléphonique
La confiance est cruciale pour faire passer le message en faveur de la vaccination. « Tout le monde ne fait pas confiance aux informations officielles reçues de manière passive », constate Mme Vandenbroucke. Pour gagner cette confiance, il est nécessaire de fournir une information nuancée, qui prenne également en compte les risques et les exceptions possibles. « Discutez ouvertement des doutes, des craintes et de la méfiance, et prenez votre temps », conseille encore la linguiste.
En raison des très faibles taux de vaccination contre le HPV dans l’enseignement communautaire bruxellois, le GO! Centrum voor Leerlingenbegeleiding Brussel a lancé l’an dernier le projet 'Boost HPV'. « Alors que le taux de vaccination en Flandre atteint 80%, il était tombé à 55% dans le GO! Bruxelles en 2023-2024 », indique le Dr Charlie Verpoort du CLB bruxellois.
« Face à l'augmentation du nombre de refus, nous avons examiné quelles stratégies pourraient permettre d’augmenter le taux de vaccination auprès de notre public bruxellois. Nous voulons veiller à ce que le plus grand nombre possible d’élèves et de parents puissent faire un choix éclairé », explique le Dr Verpoort. Les résultats provisoires montrent qu’une seule action produit réellement un effet positif significatif : lorsque les parents sont appelés par téléphone, 36 à 50% donnent malgré tout leur consentement à la vaccination. Les explications en classe, les lettres aux parents ou une séance d’information destinée aux parents ont, quant à elles, peu d’impact.