Vandenbroucke appelle à l'unité face à l'« offensive idéologique » américaine
Lors d'une conférence internationale à Paris, le ministre fédéral de la Santé publique Frank Vandenbroucke a ouvertement critiqué l'administration Trump et ce qu'il a qualifié d'« offensive vraiment idéologique contre notre modèle de société européen, y inclus une offensive contre nos systèmes de santé ».

Le vice-Premier ministre belge introduisait le 17 février à Paris une conférence intitulée « la santé : vers une possible gouvernance européenne », organisée par le cabinet de conseils Pergamon et l'agence de presse médicale APMNews. À midi, il rencontrait son homologue française Stéphanie Rist.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain Donald Trump a reproché à plusieurs reprises aux Européens de ne pas contribuer suffisamment à la recherche et développement (R&D) en matière de santé, tout bénéficiant de prix plus attractifs. Sur ce point, il a reçu le soutien de la fédération américaine (PhRMA). L'accord commercial noué l'été dernier entre l'UE et les États-Unis protège toutefois les médicaments européens contre toute nouvelle surtaxe douanière.
Malgré cet accord, Frank Vandenbroucke a appelé l'UE à rester vigilante face aux menaces venues de l'Ouest - en matière commerciale et R&D -, mais aussi de l'Est - en matière d'approvisionnement - et de l'intérieur - en matière de prévention et de priorité politique.
Une armure contre l'intimidation bilatérale
Selon le ministre belge, les États-Unis dépensent effectivement plus pour les soins de santé que les Européens : 12.555 dollars par an et par habitant aux États-Unis, contre 6.600 dollars en Belgique. Cela s'explique principalement par les marges accordées aux intermédiaires privés. Il n'est donc pas vrai que ces dépenses supplémentaires profitent à la recherche et au développement. « Le système américain ne surpaie pas l'innovation, il surpaie pour une large part sa propre complexité », a-t-il souligné.
À ses yeux, quand les États-Unis annoncent des droits de douane sur un État européen, comme la France lors du dernier Forum économique mondial de Davos, il s'attaque en réalité à l'ensemble du marché unique. « L'Union européenne est une armure protectrice contre l'intimidation bilatérale. Nous devrions l'expliquer à nos citoyens bien plus clairement que nous ne le faisons aujourd'hui », a-t-il conclu.
Pour le ministre belge, il est, dans ce contexte, « essentiel de mettre en place des contrats standardisés, des réseaux de sites coordonnés et d'investir davantage dans la recherche clinique. » Pour le ministre, le « EU Biotech Act » que prépare la Commission européenne (lire encadré ci-contre) « est une occasion de changer la donne », s'il permet de « construire une infrastructure de bio-production avancée sur le sol européen et créer une architecture financière qui ne force pas chaque entreprise prometteuse à traverser l'Atlantique pour lever des fonds. »
Contexte tendu
Selon Frank Vandenbroucke, l'Europe doit donc agir sur trois points : défendre et affirmer la valeur de son modèle de santé à l'échelle mondiale, construire un véritable écosystème pour l'innovation dans les sciences de la vie et d'une architecture de sécurité crédible pour les médicaments essentiels et, enfin, préserver la pérennité des systèmes de santé et investir dans leur renforcement.
Bien que programmée depuis plusieurs semaines, cette conférence parisienne s'est tenue au lendemain d'une attaque virulente de l'ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White à l'encontre du ministre Vandenbroucke. L'ambassadeur l'appelait à intervenir dans une enquête judiciaire visant des mohels, des circonciseurs rituels juifs, en employant les termes d'« antisémitisme » et de « persécution ». Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a convoqué Bill White à la suite de ces propos tenus sur le réseau X. Bill White est en poste à Bruxelles depuis la fin 2025. Cet homme d'affaires, fondateur de la société de consultance Constellations Group, est l'un des donateurs de la campagne de Donald Trump à la présidentielle.
EU Biotech Act : un (petit) impact direct sur les officines
Du fait de la position de « dernier maillon de la chaîne du médicament » qu'occupe l'officine pharmaceutique, elle n'est directement touchée par le projet de règlement européen « Biotech Act » qu'en très petite mesure. L'Union s'emploie davantage à renforcer la compétitivité de la biotech européenne, à booster les capacités industrielles de la R&D, à renforcer l'accès aux financements et à faciliter l'usage de l'IA en amont.
Quelques mentions de l'officine apparaissent toutefois dans une disposition importante du règlement, en ce qui concerne la délivrance des médicaments dans le cadre de certains essais cliniques. À la lecture des considérants de l'acte, on relève que la mesure trouve sa source dans l'observation de besoins concrets vécus notamment pendant la pandémie de covid-19. Le texte ambitionne ici de fournir un cadre pour au transport contrôlé des médicaments d'essais et des médicaments auxiliaires au domicile des participants à ces essais, ou via une officine, sous contrôle de l'entreprise investigatrice.
Concrètement, l'acte élargirait la notion de « distribution » également à la délivrance de ces produits aux participants, ce qui prépare le terrain à la réglementation d'une dispensation hors-site. Le Biotech Act prévoit ensuite d'insérer un article 50a dans le Règlement (UE) 536/2014 sur les essais cliniques afin de permettre, si le protocole le justifie, trois modalités de distribution : via officine, via une personne autorisée ou directement au sujet. Cette dispensation en officine serait particulièrement adaptée aux essais minimal-intervention et low-intervention et est explicitement encadrée : elle pourra se faire dans un État membre où l'essai a été autorisé, et sous la responsabilité de l'investigateur. Le circuit via officine n'est pas automatique, il devra être décrit dans les conditions de l'essai clinique (qui fait quoi, comment la sécurité est-elle assurée, quelles conditions de stockage en officine...). Dans ce genre de cas de figure, les produits médicaux d'essais cliniques devront évidemment rester traçables et devront être stockés, retournés ou détruits par les pharmaciens de manière appropriée.