L'ambassadeur des États-Unis en Belgique s'en prend au ministre Frank Vandenbroucke
L'ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, s'en est pris lundi au ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke, l'appelant à intervenir dans une enquête judiciaire visant des mohels, c'est-à-dire des circonciseurs rituels juifs.
La police d'Anvers avait mené des perquisitions en mai dernier chez trois mohels, soupçonnés d'avoir pratiqué des circoncisions sans l'intervention d'un médecin.
Dans un message publié sur le réseau X, Bill White parle d'antisémitisme et de persécution. Il appelle à mettre fin aux poursuites éventuelles contre les trois mohels, qui à ses yeux posent des actes pour lesquels "ils sont formés depuis des milliers d'années".
« Tactique sournoise »
L'ambassadeur s'en prend ensuite directement à Frank Vandenbroucke (Vooruit). Le ministre socialiste flamand se voit accusé d'une "tactique sournoise" qui consisterait à attendre que l'affaire soit close. L'ambassadeur lui reproche aussi d'avoir refusé de lui serrer la main et de poser avec lui sur une photo lors d'une rencontre.
"Il est clair que vous détestez l'Amérique, le pays qui s'est battu et où des dizaines de milliers de fils de notre nation sont morts deux fois pour la liberté de la Belgique, pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale", a écrit l'ambassadeur. Bill White annonce qu'il rencontrera les mohels concernés la semaine prochaine à Anvers. Il invite le ministre Vandenbroucke et le président de Vooruit, Conner Rousseau, à l'accompagner.
Pas de leçons à recevoir des États-Unis
"Nous n'avons pas de leçons à recevoir des États-Unis en matière de soins de santé de qualité et abordables pour tous. La Belgique est un État de droit qui protège ses citoyens contre toute forme d'arbitraire ou d'intimidation. Ici, nous laissons la justice faire son travail et personne n'est au-dessus des lois. Pas même un ambassadeur américain. Il n'a pas à s'immiscer dans notre système judiciaire", a souligné Conner Rousseau. "Je n'accepte pas ses insultes à l'égard de notre pays et de notre gouvernement", a-t-il ajouté en estimant "approprié" que le ministre belge des Affaires étrangères l'invite "pour lui expliquer en détail le fonctionnement de notre État de droit".
"Il est inacceptable qu'un diplomate étranger tente d'influencer ou d'obtenir l'abandon de poursuites dans une enquête menée par le parquet qui, en Belgique, bénéficie d'indépendance dans les poursuites", a abondé le député fédéral des Engagés et président de la commission Justice de la Chambre, Ismaël Nuino. "Aucun outil en Belgique ne permet à un responsable politique de faire cesser une enquête et c'est normal et sain. Les dérives autoritaires et mettant à mal la justice aux États-Unis ne sont pas les bienvenues en Belgique", a insisté ce dernier.
Bill White est en poste à Bruxelles depuis la fin 2025. Cet homme d'affaires, fondateur de la société de consultance Constellations Group, est l'un des donateurs de la campagne de Donald Trump à la présidentielle.