Violences sexuelles, trauma et transit
Les survivantes de violences sexuelles atteintes d’un trouble de stress post-traumatique sont deux fois plus souvent constipées que les autres femmes. C’est ce qui ressort d’une étude multicentrique menée au Congo et présentée au congrès de l’International Continence Society (ICS), à Maastricht, début octobre.
Au Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, près de 40 % des femmes avaient été victimes de violences sexuelles (VS) en 2010 (1). Depuis, la situation s’est aggravée : rien qu’en 2024, Médecins sans Frontières a soigné près de 40.000 victimes (2).
Pour la première fois, une étude a évalué l’impact du trouble de stress post-traumatique (SSPT) lié aux violences sexuelles sur la constipation, à l’aide de questionnaires validés (3).
Design et méthodologie
Entre 2022 et 2024, plus de 300 femmes majeures de Goma et de Bukavu ont été recrutées via des hôpitaux, des centres médicaux et des réseaux communautaires. Le SSPT a été évalué par le PCL-5 dans sa version française et la constipation par le score KESS (avec un seuil diagnostique ≥ 11). Les répondantes ont ensuite été classées en trois groupes : les survivantes de VS avec SSPT, les survivantes de VS sans SSPT et un groupe-témoin.
Violences sexuelles et trauma
Dans plus de la moitié des cas, les agressions sexuelles étaient le fait de groupes armés. Par rapport aux survivantes sans SSPT, les survivantes avec SSPT ont (quasi) deux fois plus souvent subi des agressions multiples (39,4 % vs 16,2 %), plusieurs agresseurs (56,4 % vs 37 %) ou des violences prolongées, comme l’esclavage sexuel (35,3 % vs 16,2 %).
Trauma et constipation
Un fait est à relever d’emblée. La prévalence de la constipation observée dans le groupe-témoin (25 %) dépasse l’estimation nationale de 16,1 % (4). Ce n’est pas étonnant : vivre en zone de conflit, avec tout cela implique – stress chronique, accès limité à une alimentation correcte et à une hydratation suffisante – favorise probablement les troubles du transit.
Si cette prévalence ne grimpe que légèrement avec les violences sexuelles (29,7 % chez les survivantes sans SSPT), elle est quasiment doublée quand un SSPT s’y ajoute (45,1 %). En d’autres termes, en analyse multivariée, le SSPT est associé à un risque de constipation doublé, alors que l’exposition seule aux VS n’y est pas associée de façon significative.
Limites et perspectives
L’étude a ses limites : le KESS et le PCL-5 n’ont pas été validés culturellement pour la population congolaise. S’y ajoutent un possible biais de sélection et un design transversal, qui n’établit pas de causalité.
Cela étant dit, ces résultats plaident pour une prise en charge médicale qui tient compte et informe les patientes du rôle de la santé mentale et du trauma dans leurs symptômes.
Cette étude peut aussi éclairer les médecins belges à l’égard des patientes issues de zones de conflit (Congo, Ukraine, Syrie, etc.) et, plus largement, des victimes de violences sexuelles rencontrées en consultation.
Références
(1) K. Johnson et al., « Association of sexual violence and human rights violations with physical and mental health in territories of the Eastern Democratic Republic of the Congo », JAMA 2010.
(2) Médecins sans frontières, « RDC : un nombre alarmant de victimes de violences sexuelles dans l’est du pays », communiqué de presse, juin 2025.
(3) T. Reman et al, « Impact of post-traumatic stress disorder related to sexual violence on constipation among women in the Democratic Republic of Congo: a multicenter cross-sectional study », congrès ICS, Maastricht, octobre 2026.
(4) A. M. L. Nzinga et al., « Prevalence and determinants of constipation in community-dwelling adult women in the Democratic Republic of Congo: a cross-sectional study », Int Urogynecol J 2025.