Polyarthrite rhumatoïde : les biothérapies réduisent un marqueur probablement associé
On sait que la polyarthrite rhumatoïde (PR) s’accompagne d’un risque cardiovasculaire accru, en partie lié à l’inflammation systémique persistante. Les pièges extracellulaires des neutrophiles (NET), structures libérées par ces derniers, pourraient participer à l’activation inflammatoire et aux lésions vasculaires précoces. Une étude prospective grecque a évalué l’évolution d’un marqueur de cette activité après l’instauration d’une biothérapie, en parallèle de l’activité rhumatologique, du profil lipidique et d’un indicateur d’athérosclérose infraclinique.
Trente-six patients atteints de PR et débutant un traitement biologique ont été évalués avant traitement et après six mois. L’activité de la maladie était évaluée par la DAS28-CRP, la CRP et la VS. Les chercheurs ont mesuré par méthode ELISA le taux sanguin d’histone H3 citrullinée (CitH3), un marqueur associé aux NET. L’épaisseur intima-média carotidienne (EIMc), utilisée comme indicateur échographique d’athérosclérose infraclinique, était mesurée par échographie haute résolution. Les analyses ont recherché les liens entre activité des NET, inflammation, taux des lipides et EIMc.
L’activité de la PR et les marqueurs inflammatoires se sont significativement améliorés après six mois de biothérapie. La concentration médiane de CitH3 a diminué de 3,89 (0,11–32,78) à 2,56 (0,07–8,39), avec un indice p de 0,025. L’EIMc médiane est passée de 1 mm (0,7–1,6) à 0,75 mm (0,6–1,3), avec p < 0,001. Quant au taux médian de HDL-cholestérol, il a grimpé de 56,36 ± 16,21 à 67,47 ± 17,56 mg/dL (p < 0,001).
À l’évaluation après traitement, les taux de CitH3 restaient indépendamment associés à la vitesse de sédimentation (β = 0,448 ; p = 0,018). Dans l’analyse longitudinale, l’augmentation du HDL-cholestérol était indépendamment associée à la diminution de la CitH3 (β = −0,505 ; p = 0,003). En revanche, les variations du DAS28, de la CRP, de la VS, de LDL oxydé et de l’EIMc n’étaient pas indépendamment associées à la variation du taux de CitH3. Aucune différence significative de diminution de la CitH3 n’était observée entre les traitements anti-TNF et les autres biothérapies.
Ces données suggèrent qu’une biothérapie pourrait s’accompagner d’une diminution de l’activité associée aux NET, parallèlement à l’amélioration de l’inflammation et de certains paramètres vasculaires et lipidiques. Le lien observé entre HDL et CitH3 soulève l’hypothèse d’une interaction immuno-métabolique.
A confirmer
L’étude reste toutefois exploratoire, car son effectif est faible, qu’elle ne comporte pas de groupe témoin et parce qu’elle ne permet pas d’établir un lien causal ni de conclure à une réduction des événements cardiovasculaires. Ses résultats devront être confirmés dans des cohortes plus larges et contrôlées.
De même, la baisse simultanée de la CitH3 et de l’EIMc doit être interprétée avec prudence, les mesures ayant été réalisées avant et après treatment chez les mêmes patients, toujours sans groupe comparateur. Cette évolution parallèle ne démontre donc pas que la réduction des NET soit responsable de la modification carotidienne, ni que cette dernière traduise une diminution du risque clinique. A ce stade, la mesure du taux de CitH3 ne constitue donc qu’un marqueur biologique exploratoire.
Référence :
Papamichail GV, Chrysanthopoulou A, Georgiadis NA et al. Neutrophil extracellular trap suppression in rheumatoid arthritis patients treated with biologic therapy: a prospective observational study. Clinical Rheumatology. 2026. doi: 10.1007/s10067-026-08454-8