Psoriasis : peut-on espacer les biothérapies ciblant l’IL-17 et l’IL-23 ?
Les inhibiteurs de l’IL-17 et de l’IL-23 ont profondément modifié la prise en charge du psoriasis modéré à sévère. Chez les patients en rémission prolongée, la question d’un espacement progressif des injections se pose toutefois régulièrement. L’étude BeNeBio, premier essai randomisé de grande ampleur consacré à cette stratégie, apporte de nouvelles données sur la possibilité de réduire l’exposition thérapeutique tout en maintenant le contrôle de la maladie.
Grâce à leur efficacité élevée, les inhibiteurs de l’IL-17 et de l’IL-23 permettent d’obtenir un contrôle durable de la maladie chez de nombreux patients. La question de la dose minimale efficace reste toutefois peu documentée pour ces molécules récentes.
L’étude BeNeBio a ainsi évalué une stratégie structurée d’allongement progressif des intervalles d’injection chez des patients présentant un psoriasis stable et bien contrôlé sous inhibiteurs de l’IL-17 ou de l’IL-23.
Une stratégie d’espacement évaluée dans un essai randomisé
Cet essai multicentrique de non-infériorité a inclus 244 patients suivis dans 19 centres en Belgique et aux Pays-Bas. Tous recevaient depuis au moins six mois un inhibiteur de l’IL-17 ou de l’IL-23 à dose standard et présentaient une faible activité de la maladie (PASI ≤ 5 depuis au moins six mois) associée à une bonne qualité de vie (DLQI ≤ 5 à l’inclusion).
Les participants ont été randomisés entre une prise en charge habituelle et une stratégie d’espacement progressif consistant à allonger progressivement les intervalles d’injection afin d’atteindre une exposition correspondant successivement à 67 %, puis 50 % de la dose standard. Le critère principal était la survenue d’une poussée persistante définie par un PASI > 5 pendant ≥ 3 mois.
Après 18 mois de suivi, la proportion de poussées persistantes est restée faible dans les deux groupes : 4,0 % dans le groupe réduction de dose contre 1,6 % dans le groupe contrôle. La différence observée était de 2,4 % (IC 95 % : −2,0 à 6,8), confirmant la non-infériorité de la stratégie d’espacement. Les scores PASI et DLQI sont demeurés très bas tout au long du suivi.
Près de trois patients sur quatre ont maintenu la réduction de dose
À 18 mois, 73,2 % des patients du groupe réduction de dose maintenaient un contrôle satisfaisant de leur psoriasis tout en recevant une dose réduite du traitement. Après 18 mois, environ un patient sur deux recevait un traitement correspondant à 50 % de la dose standard grâce à l’allongement des intervalles d’injection.
Les poussées transitoires étaient plus fréquentes sous réduction de dose que sous traitement standard (15,9 % contre 6,3 %). Elles restaient cependant généralement limitées et le retour à la dose antérieure permettait dans la majorité des cas de retrouver rapidement le contrôle de la maladie. Aucun événement indésirable grave n’a été attribué à la stratégie de réduction de dose. Chez les patients dont le psoriasis est durablement contrôlé, un allongement progressif des intervalles d’injection apparaît comme une stratégie efficace et sûre permettant de réduire une exposition médicamenteuse potentiellement inutile tout en diminuant les coûts de prise en charge.
Remarques et références :
1. Cette stratégie a été évaluée uniquement chez des patients présentant un psoriasis stable avec une activité faible ou absente et ne doit pas être extrapolée aux patients insuffisamment contrôlés.
2. van den Reek JMPA, van Riel CAM, Soenen R, Eylenbosch A, Schots L, van der Schoot LS, et al. Dose Reduction of IL17 and IL23 Inhibitors in Psoriasis (BeNeBio study): An International, Pragmatic, Multicentre, Randomised, Controlled, Non-Inferiority Trial. Lancet Reg Health Eur. 2026;101721. doi:10.1016/j.lanepe.2026.101721.