L’obésité « métaboliquement saine » chez l’enfant : un mythe ?
Une étude épidémiologique menée en Suède [1] montre que les enfants présentant une obésité métaboliquement saine (c’est-à-dire avec une pression artérielle, une glycémie à jeun et des taux de cholestérol LDL normaux) présentent malgré tout à l’âge adulte un risque significativement accru de développer des maladies cardiométaboliques.
L’obésité métaboliquement saine (MHO) chez l’enfant est considérée comme un phénotype à faible risque, ne nécessitant pas nécessairement une prise en charge immédiate. Il restait toutefois à déterminer si ce profil demeurait associé à des résultats cardiométaboliques favorables à l'âge adulte.
Une vaste étude de cohorte prospective [1] apporte aujourd’hui un éclairage nouveau. Au Karolinska Institutet, l’une des principales universités médicales d’Europe, les chercheurs ont analysé les données de plus de 7.500 enfants âgés de 7 à 17 ans pris en charge pour une obésité.
Les participants ont été répartis entre les groupes d’obésité métaboliquement saine (MHO) et d’obésité métaboliquement anormale (MUO), selon que leur pression artérielle, leur glycémie à jeun, leurs taux de transaminases, de triglycérides et de cholestérol étaient normaux ou altérés. La présence d’une seule anomalie métabolique suffisait à classer l’enfant dans le groupe MUO.
Un risque élevé malgré tout
À l’âge de 30 ans, l’incidence cumulée du diabète de type 2 atteignait 9,1 % dans le groupe MHO et 16,8 % dans le groupe MUO, contre seulement 0,5 % dans la population générale. Pour l’hypertension artérielle, les taux observés étaient respectivement de 10,8 %, 18,3 % et 3,7 %. Pour la dyslipidémie, les incidences correspondantes étaient de 5,3 %, 12,7 % et 0,9 %.
Ces résultats confirment l’existence de différences marquées du profil de risque métabolique à l’âge adulte entre les enfants présentant une MHO et ceux appartenant au groupe MUO. Ils montrent également que l’obésité métaboliquement saine chez l’enfant est loin d’être bénigne : comparativement aux enfants ayant un IMC normal, le risque de développer ultérieurement des maladies cardiométaboliques reste nettement plus élevé.
Les auteurs soulignent que la prise en charge d’un enfant souffrant d’obésité ne devrait pas être conditionnée par son statut métabolique initial. Même en l’absence d’anomalies métaboliques, le risque de développer ultérieurement une maladie cardiométabolique reste significativement accru. L’obtention d’un poids plus sain permet de réduire efficacement ce risque.
Référence
1. Putri RR, Danielsson P, Hagman E, Marcus C. Long-Term Cardiometabolic Outcomes in Children With Metabolically Healthy and Unhealthy Obesity. JAMA Pediatr. Published online March 2026. doi:10.1001/jamapediatrics.2026.0343.