Thérapie génique dans la surdité liée à OTOF : des résultats encourageants
La prise en charge des surdités génétiques pourrait évoluer avec le développement des thérapies géniques. Dans une étude multicentrique publiée dans le New England Journal of Medicine, des investigateurs ont évalué DB-OTO chez des enfants atteints de surdité profonde liée au gène OTOF. Les résultats montrent une amélioration des seuils auditifs chez plusieurs participants traités [1].
Les mutations bialléliques du gène OTOF sont responsables d’une forme rare de surdité congénitale caractérisée par un déficit en otoferline, une protéine essentielle à la transmission du signal entre les cellules ciliées internes de la cochlée et le nerf auditif. Cette anomalie représente environ 1 à 3 % des surdités génétiques non syndromiques [2].
Contrairement à d’autres formes de surdité héréditaire, les structures cochléaires demeurent généralement préservées. Cette particularité fait d’OTOF une cible particulièrement intéressante pour la thérapie génique. DB-OTO repose sur l’administration intracochléaire d’une copie fonctionnelle du gène OTOF au moyen de deux vecteurs viraux AAV1, avec pour objectif de restaurer la production d’otoferline et la transmission du signal auditif [1].
Le critère principal atteint chez neuf participants sur douze
L’étude CHORD a inclus 12 enfants âgés de 10 mois à 16 ans présentant une surdité profonde liée à OTOF. Le critère principal reposait sur l’obtention, à 24 semaines, d’un seuil audiométrique moyen ≤70 dB HL, seuil considéré par les auteurs comme permettant généralement d’éviter l’implantation cochléaire.
À 24 semaines, neuf participants sur douze avaient atteint le critère principal de l’étude. Six enfants présentaient alors des seuils auditifs compatibles avec la perception de la parole à faible intensité, tandis que trois avaient atteint des seuils situés dans la plage normale. Une réponse auditive du tronc cérébral, absente à l’inclusion chez l’ensemble des participants, a également été observée chez neuf enfants. Aucune amélioration n’a en revanche été constatée dans les oreilles non traitées des patients ayant reçu une injection unilatérale.
Un recul encore limité
Les données disponibles au-delà de 24 semaines restent limitées. Chez les huit participants disposant d’un suivi prolongé, les auteurs rapportent des seuils auditifs stables ou en amélioration par rapport à ceux observés à 24 semaines. Aucun événement indésirable n’a conduit à l’arrêt de la participation à l’étude.
Dans l’éditorial accompagnant l’étude, les auteurs estiment que ces résultats sont encourageants pour le développement de la thérapie génique dans les surdités liées à OTOF. Ils soulignent toutefois plusieurs questions encore non résolues, notamment la variabilité des réponses observées entre les participants. En effet, un participant n’a présenté aucune réponse au traitement, tandis que deux autres ont montré une amélioration plus tardive. La durabilité de l’effet après une administration unique ainsi que le moment optimal pour intervenir restent également à préciser [2].
Références
1. DB-OTO demeure une thérapie expérimentale. L’étude CHORD est toujours en cours avec un suivi prévu sur cinq ans.
2. Valayannopoulos V, Bance M, Carvalho DS, Greinwald JH Jr, Harvey SA, Ishiyama A, et al. DB-OTO Gene Therapy for Inherited Deafness. N Engl J Med. 2026;394:1074-1083.
3. Van de Heyning P, Van Rompaey V. Gene Therapy to Treat Profound Hearing Loss. N Engl J Med. 2026;394:1126-1130.