OpinionAccompagnement du patient & observance

À propos du rôle du pharmacien d’officine

Les médicaments ne sont pas des colis

Près de 4.800 pharmacies sont chaque jour au service des patients. Pourtant, leur rôle dans le circuit du médicament se réduit d’année en année. Les pharmacies hospitalières gagnent du terrain, y compris en dehors des murs de l’hôpital, dans les soins ambulatoires pour lesquels elles n’ont jamais été conçues. Pourtant, l’accord de gouvernement le stipule noir sur blanc : les médicaments sont délivrés par l’officine lorsque c’est possible, et par l’hôpital uniquement lorsque c’est nécessaire. Un principe clair qui tient compte de la pharmacovigilance et du mode d’administration.

Kathleen Depoorter, députée N-VA - 26 août 2026

médicaments pharmacie colis onlineCe que nous constatons dans la pratique, c’est l’érosion d’une profession essentielle. Le pharmacien d’officine n’est pas un simple point de vente. Il est le seul professionnel de santé à disposer du dossier médicamenteux complet d’un patient, à détecter les interactions, à veiller à l’observance thérapeutique et à prévenir les hospitalisations.

Ce dernier point n’est pas un slogan : il est démontré, chiffres à l’appui. Et pourtant, c’est précisément cette fonction qui risque d’être réduite à quelque chose de facultatif, tandis que le chiffre d’affaires se déplace ailleurs.

Kathleen Depoorter N-VA« Toutes les solutions rapides sont les bienvenues sous forme numérique, mais dès que cela devient humain, complexe ou lourd, retour à l’officine. »
- Kathleen Depoorter

Concurrence en ligne

La concurrence ne vient pas seulement de l’hôpital. Elle vient aussi - et de manière de plus en plus marquée - du numérique. Les pharmacies en ligne aiment se présenter comme de véritables « centres de soins », avec l’ambition explicite de délivrer également des médicaments soumis à prescription.

Mais lorsqu’on discute avec leurs représentants, un élément saute aux yeux : ils préfèrent ne pas s’occuper des tâches difficiles et chronophages. Un schéma de sevrage progressif des benzodiazépines ou d’autres psychotropes ? Ce n’est pas vraiment leur préférence. La délivrance de stupéfiants aux patients en phase terminale ? Cela aussi peut rester du ressort du pharmacien de référence. En résumé : toutes les solutions rapides sont les bienvenues sous forme numérique, mais dès que cela devient humain, complexe ou lourd, retour à l’officine. Le parfum des roses sans les épines, aux dépens de ceux qui assument réellement le travail difficile.

Un exemple hallucinant de cette inégalité des règles du jeu : la grande pharmacie en ligne qui fait largement de la publicité à la télévision belge et qui se présente explicitement comme la pharmacie en ligne belge n’est pas tenue de reprendre les médicaments périmés. Pourquoi ? Parce que l’entreprise est établie sur le territoire néerlandais. C’est ce qu’on appelle jouer sur les deux tableaux. Tous les avantages du marché belge, aucune des obligations inhérentes aux soins pharmaceutiques.

Cela ne peut plus durer. Si les « soins pharmaceutiques » et « l’accessibilité » doivent réellement être au cœur de notre politique du médicament, cela doit également s’appliquer à ceux qui investissent ce marché par la voie numérique. Ce n’est pas de l’innovation. C’est se soustraire aux contraintes tout en profitant des avantages.

« Nous ne pouvons pas accepter une modification de la loi qui autoriserait la vente en ligne de médicaments soumis à prescription. »

Pas de vente en ligne des médicaments sur prescription

Que les choses soient claires : nous ne pouvons pas accepter une modification de la loi qui autoriserait la vente en ligne de médicaments soumis à prescription. Plus encore, nous devrions nous poser une question plus fondamentale : les médicaments ont-ils tout simplement leur place en ligne ? Un médicament n’est pas un colis que l’on se contente de commander et de se faire livrer. Il nécessite un accompagnement, un suivi, une surveillance attentive.

Prenons cette mission du pharmacien de garde. Notre pharmacie est de garde ce week-end, jour et nuit, pour les personnes qui ont besoin de médicaments en urgence à un moment imprévu. Une petite chose, apparemment banale à première vue, mais qui, à cet instant, est absolument indispensable pour le patient. Aucune plateforme en ligne n’est ouverte à trois heures du matin pour un enfant qui a de la fièvre. Cette disponibilité permanente n’est pas un détail : c’est l’une des missions essentielles du pharmacien de référence qui ne peut tout simplement pas être assurée par voie numérique.

La profession de pharmacien d’officine mérite d’être prise au sérieux, et non de se voir reléguer aux tâches résiduelles. Et le patient mérite des soins pharmaceutiques optimaux, de l’accompagnement médicamenteux à la simple mais cruciale collecte des médicaments périmés. Il est temps de revoir en profondeur les règles relatives à la publicité et aux services en ligne, avant que le pharmacien de référence ne soit plus considéré comme utile que pour délivrer du paracétamol en urgence.

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