Fact-check par Santé et Science
Les hôtesses de l’air présentent-elles un risque accru de cancer du sein à cause du rayonnement cosmique ?
Une hôtesse de l’air de 59 ans employée chez Air France est la première à obtenir une indemnisation pour avoir développé un cancer du sein qui serait lié à une exposition au rayonnement cosmique. Selon une nouvelle étude, les pilotes et les hôtesses de l’air présenteraient un risque plus élevé de cancers liés aux rayonnements que d’autres catégories professionnelles.

D'où vient cette information ?
Le rayonnement cosmique est un rayonnement constitué de particules de haute énergie provenant de l’espace et qui atteignent continuellement la Terre. Ces particules sont extrêmement petites et ne peuvent être ni vues ni ressenties. Le rayonnement cosmique est très énergétique : plus l’altitude est élevée, plus l’exposition est importante. Le personnel navigant, les pilotes, les stewards et les hôtesses de l’air y sont davantage exposés que les autres catégories professionnelles.
Le rayonnement cosmique est associé au cancer. Un tribunal français a accepté la demande d’indemnisation d’une hôtesse de l’air de 59 ans qui avait développé un cancer du sein. Son métier l’aurait exposée à un risque accru de cancer du sein. En 30 ans de carrière, cette hôtesse de l’air a effectué 12.600 heures de vol, dont plus de la moitié de nuit. [1]
Comment faut-il interpréter cette information ?
Plusieurs études ont montré que les hôtesses de l’air développent plus fréquemment un cancer du sein que les femmes exerçant d’autres professions, cela ne fait aucun doute. Selon une revue de la littérature portant sur neuf études consacrées à ce sujet, elles présenteraient même un risque de cancer du sein jusqu’à 40 % plus élevé. [2]
La nouvelle étude à laquelle se réfèrent le tribunal français et divers médias qui la rapportent avance une explication liée à l’exposition au rayonnement cosmique. Les hôtesses de l’air et les pilotes présentent une mortalité plus élevée par cancer, notamment par cancer du sein et de la prostate, pour lesquels le rayonnement cosmique constitue un facteur de risque potentiel. [3] Il s’agit d’une observation qui ne prouve pas que le rayonnement en soit la cause, mais qui indique uniquement l’existence d’un lien possible.
Les cancers liés aux rayonnements sont des cancers qui surviennent plus fréquemment chez les personnes ayant été exposées à des rayonnements, par exemple celles ayant reçu une radiothérapie pour traiter un autre cancer, les survivants des bombardements atomiques au Japon et les personnes davantage exposées aux rayonnements dans le cadre de leur profession. Parmi les cancers liés aux rayonnements figurent notamment le cancer du sein, le cancer de la prostate, le cancer de la thyroïde, la leucémie et le mélanome.
Trois explications possibles peuvent être avancées pour expliquer le risque accru de cancer du sein chez les hôtesses de l’air : la perturbation du rythme circadien liée au travail de nuit, au décalage horaire (jet lag) et aux passages fréquents entre différents fuseaux horaires, l’exposition accrue au rayonnement cosmique provenant de l’espace et enfin, le fait d’avoir ou non des enfants ainsi que leur nombre. Toutes ces hypothèses ont déjà été examinées à plusieurs reprises. À ce jour, il n’a pas été clairement démontré que le travail de nuit augmente le risque de cancer du sein, même si certains indices vont dans ce sens. Il n’a pas non plus été prouvé qu’une exposition accrue au rayonnement cosmique augmente ce risque. Si tel était le cas, on pourrait s’attendre à ce qu’un nombre plus élevé d’heures de vol ou davantage d’années de service en tant qu’hôtesse de l’air soient associés à un risque accru de cancer du sein, ce qui n’est pas le cas. [4]
Les hôtesses de l’air sont toutefois beaucoup plus souvent sans enfants, ou ont leur premier enfant à un âge plus avancé que les personnes travaillant « au sol ». L’absence de grossesse et une grossesse à un âge plus avancé sont des facteurs de risque connus du cancer du sein. Cependant, les études se contredisent également sur ce lien. [5]
Conclusion
Il est établi que les hôtesses de l’air développent plus fréquemment un cancer du sein, mais aucune explication satisfaisante n’a été trouvée à ce jour. La nouvelle étude française renforce l’hypothèse d’un rôle du rayonnement cosmique, sans toutefois pouvoir en apporter la preuve.
À la demande de la Communauté flamande, le Centre pour l’Evidence-Based Medicine (le Cebam) a développé le site indépendant Santé et Science. Ses initiateurs estiment qu’il existe un besoin d’une source d’information impartiale, fiable et accessible en matière de santé, fondée sur des recherches scientifiques solides ou sur la médecine fondée sur les preuves (Evidence-Based Medicine, EBM). Un fact-check est publié chaque mois dans Le journal du Médecin. Vous souhaitez soumettre une question à vérifier par Santé et Science ? Envoyez-la par mail à fha@pmg.be. Nous transmettrons votre question. Vous pourrez ensuite lire le résultat de la vérification dans un prochain Le journal du Médecin.
Références
1. VRTNWS 26/08/2026 Borstkanker voor het eerst erkend als beroepsziekte in luchtvaart in Frankrijk: cabinemedewerker Air France wint rechtszaak.
2. Weinmann S, Tanaka LF, Schauberger G et al. Breast Cancer Among Female Flight Attendants and the Role of the Occupational Exposures: A Systematic Review and Meta-analysis. J Occup Environ Med. 2022;64:822-830.
3. Patel V, Liu M, Jena AB. Cancer-Related Mortality Among US Pilots and Flight Attendants. JAMA Intern Med, Published online August 17, 2026. doi:10.1001/jamainternmed.2026.3635.
4. Schubauer-Berigan M, Anderson J, Hein M et al. Breast cancer incidence in a cohort of U.S. flight attendants. Am J Ind Med 2015;58: 252-266.
5. Co M, Kwong A. Breast Cancer Rate and Mortality in Female Flight Attendants: A Systematic Review and Pooled Analysis. Clin Breast Cancer. 2020;20:371-376.