Chutes chez les personnes âgées : les traitements médicamenteux en questiontie
PRATIQUE Le maintien à domicile des personnes âgées passe notamment par une prévention optimale des chutes. Dans ce contexte, une gestion raisonnée des traitements médicamenteux constitue un élément clé.

Lors du congrès IAGG 2026 (Association internationale de gérontologie et de gériatrie), une attention particulière a été portée à la prévention des chutes, tant à domicile qu'à l'extérieur.
Dans le cadre de l'optimisation de la prise en charge médicamenteuse, la Dre Nathalie van der Velde (UMC Amsterdam) a présenté le programme STOPPFalls.
Les chutes à l'extérieur
Lorsqu'il est question de prévention des chutes, on pense le plus souvent aux chutes survenant à l'intérieur du domicile. Pourtant, près de la moitié des chutes se produisent à l'extérieur. Les personnes âgées sont plus fréquemment impliquées dans des accidents de la voie publique en tant que piétons et y subissent plus souvent des blessures graves.
Les causes sont multifactorielles : l'environnement (mauvais état de la chaussée ou des trottoirs), les comportements (consommation d'alcool, inattention) ainsi que l'état de santé, notamment la prise de traitements médicamenteux, jouent un rôle dans la survenue de ces chutes.
Analyse multifactorielle du risque de chute
Chez les personnes présentant un risque élevé de chute, une évaluation multifactorielle devrait être réalisée par une équipe pluridisciplinaire afin de mettre en place plusieurs interventions efficaces. Une méta-analyse portant sur 192 études ayant évalué les stratégies d'évaluation du risque de chute a mis en évidence plusieurs domaines clés sur lesquels il est possible d'intervenir afin de réduire ce risque : augmenter l'activité physique, réévaluer les traitements médicamenteux, évaluer l'environnement et recourir à des technologies d'assistance.
Éliminer les FRIDs
L'évaluation et la réduction des médicaments augmentant le risque de chute constituent une recommandation forte (grade 1B) [1]. En pratique, cette démarche n'est pas toujours simple, d'où l'intérêt d'utiliser un outil d'évaluation structuré et validé. La première étape consiste à identifier les FRIDs (Fall Risk Increasing Drugs), puis à déterminer si l'indication initiale est toujours présente et, dans l'affirmative, s'il existe une alternative plus sûre. Si ce n'est pas le cas, les bénéfices et les risques doivent être mis en balance en concertation avec le patient. En cas de poursuite du traitement, une réduction de la dose peut être envisagée. La discussion avec le patient constitue l'un des éléments clés de cette démarche, ses préférences n'étant pas toujours celles auxquelles on pourrait s'attendre. Des études montrent ainsi que 50 % des patients préfèrent une diminution du risque de chute à la prévention des événements cardiovasculaires.
STOPPFalls : une étude Delphi européenne
Les médicaments pouvant être considérés comme des FRIDs ont été identifiés par un panel Delphi composé de 24 experts issus de 13 pays. Après quatre cycles d'évaluation, une liste de FRIDs a été établie et un outil d'évaluation a été développé [2].
Parmi les psychotropes, les benzodiazépines (et apparentés), les antipsychotiques, les antidépresseurs et les antiépileptiques augmentent le risque de chute. Parmi les médicaments cardiovasculaires, figurent les antihypertenseurs centraux, les vasodilatateurs, les alphabloquants et les diurétiques.
L'évaluation et la réduction des médicaments augmentant le risque de chute constituent une recommandation forte (grade 1B).
Enfin, cette liste comprend également les opioïdes, les antihistaminiques, les alphabloquants utilisés dans le traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate, les médicaments contre l'incontinence urinaire ainsi que les anticholinergiques.
Outil STOPPFalls
Il convient toutefois de nuancer cette classification : tous les médicaments d'une même classe thérapeutique ne présentent pas le même risque de chute. Ainsi, les diurétiques de l'anse sont associés à un risque plus élevé que les autres diurétiques. De même, les antihistaminiques de première génération présentent un risque supérieur à celui des antihistaminiques de deuxième génération. Quant aux antipsychotiques, leur risque dépend en grande partie du degré de sédation qu'ils induisent.
C'est pourquoi chaque catégorie a été subdivisée en plusieurs sous-classes, afin de faciliter le choix d'alternatives plus sûres. Un algorithme d'aide à la décision clinique a également été développé. La liste complète des FRIDs et de leurs sous-classes, ainsi que l'outil d'aide à la décision, sont disponibles dans la publication [2].
Utilisation fréquente des FRIDs
Dans une étude longitudinale menée auprès de 2.898 personnes âgées de plus de 65 ans, 27 % recevaient au moins un médicament figurant dans la liste STOPPFalls, tandis que 15 % en recevaient au moins deux.
Dans ce dernier groupe, une fréquence plus élevée de chutes a été observée, ainsi qu'une augmentation du nombre de fractures en général et de fractures de la hanche en particulier. Par ailleurs, une relation proportionnelle a été mise en évidence entre le nombre de médicaments prescrits et la fréquence des chutes et des blessures.
Une autre étude, menée auprès de 966 personnes âgées, a montré que, chez près de 38 % des patients présentant un problème lié aux FRIDs, ces médicaments n'apportaient aucun ou très peu de bénéfice clinique. Cette étude a également révélé que l'avis du patient était rarement pris en compte dans la décision de prescrire ou non ce type de traitement.
Références
1. Montero-Odasso M, et al. World guidelines for falls prevention and management for older adults. Age and Ageing. 2022.
2. Seppala LJ, et al. STOPPFall tool – European Geriatric Medicine Society Task and Finish Group on Fall-Risk-Increasing Drugs (FRIDs). Age and Ageing. 2020.