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Stages en zone de pénurie : le CCFFMG veut mieux répartir sans sacrifier la qualité

Avec le soutien de l’INAMI, le Centre de Coordination Francophone pour la Formation en Médecine Générale met progressivement en place un plan d’action pour favoriser des stages de médecine générale de qualité dans les zones en pénurie. Son objectif n’est pas de “boucher les trous”, mais de mieux répartir les lieux de formation, de valoriser les territoires sous-dotés et de créer les conditions d’une installation future.

Nicolas de Pape - 13 juillet 2026

Denis Lambert

Les assistants en médecine générale ne sont pas là pour colmater les brèches d’un système de santé en tension. C’est le point de départ du plan “pénurie” présenté par Denis Lambert, représentant du Centre de Coordination Francophone pour la Formation en Médecine Générale (CCFFMG), lors des Assises de la planification de l’offre médicale en Belgique francophone.

Dans le cadre des masters de spécialisation en médecine générale organisés par les universités francophones, le CCFFMG, avec le soutien de l’INAMI, déploie progressivement un plan d’action destiné à favoriser les stages de médecine générale de qualité en zones de pénurie pour permettre aux jeunes médecins d’y apprendre leur métier dans de bonnes conditions.

La qualité d’apprentissage et l’encadrement des stages restent donc prioritaires. Pour le CCFFMG, les stages en zone de pénurie doivent être une occasion de découvrir des réalités de terrain, de dépasser les représentations stéréotypées et, pourquoi pas, de susciter une installation durable.

Mieux répartir les stages

L’objectif du plan est limité, mais concret : mieux répartir proportionnellement les stages de médecine générale sur le territoire. Cela implique deux mouvements.

Le premier concerne Bruxelles vers la Wallonie, avec environ 75 stages à déplacer. Le second concerne la Wallonie elle-même, avec environ 110 stages à orienter davantage vers les zones en pénurie.

Ce rééquilibrage ne prétend pas résoudre à lui seul la question de la planification médicale. Denis Lambert souligne que deux débats restent ouverts : au niveau fédéral, le nombre de médecins qu’il y a lieu de former ; en Fédération Wallonie-Bruxelles, le nombre de généralistes à former, avec en toile de fond la question de la répartition entre médecine générale et autres spécialités.

Autrement dit, le plan “pénurie” agit sur la formation pratique, mais ne remplace pas une réflexion plus large sur les quotas, les besoins réels de population et l’organisation future de la première ligne.

Passer de la pénurie à l’attractivité

Le vocabulaire lui-même pose problème. Parler de “zone de pénurie” est exact, mais peu mobilisateur. Le CCFFMG cherche encore la bonne expression pour faire glisser le regard de la contrainte vers l’attractivité. Car le stage en zone sous-dotée peut aussi devenir une expérience formatrice forte : diversité des situations cliniques, relation étroite avec la population, rôle central du généraliste, articulation plus visible entre première et deuxième ligne.

Une recherche est d’ailleurs en cours sur l’itinéraire de quatre cohortes d’étudiants en médecine, depuis les stages étudiants en médecine générale jusqu’à l’assistanat, puis l’exercice comme médecins. L’enjeu est de mieux comprendre comment les parcours de formation influencent les choix professionnels ultérieurs.

Le plan du CCFFMG repose sur quatre axes : les primes d’attractivité, l’évolution du cadre réglementaire, le matching humain entre assistants et maîtres de stage, et l’appui pratique aux stages.

Des primes comme reconnaissance

Premier levier : les primes d’attractivité. Pour les assistants qui prestent en zone ou quartier en pénurie, une prime supplémentaire de 1.000 euros est prévue en novembre et 1.000 euros en mai. Dans les zones ou quartiers en pénurie sévère, ces montants passent à 2.000 euros en novembre et 2.000 euros en mai.

Les assistants qui prestent en zone rurale bénéficient en outre de 100 euros supplémentaires de forfait mensuel pour frais de déplacement, soit 303 euros par mois.

Le cadre réglementaire en débat

Deuxième axe : l’évolution du cadre réglementaire. Le CCFFMG évoque notamment la démarche “MG Recommandation”, avec l’idée de renforcer les exigences et la sélection des maîtres de stage en médecine générale, considérés comme des collaborateurs des universités.

L’objectif est aussi d’amener les maîtres de stage à mieux définir leur projet et leur pratique, de renforcer leur capacité d’encadrement et de clarifier les conditions dans lesquelles les assistants sont accueillis. Le principe d’un maître de stage pour maximum un assistant est rappelé.

Le CCFFMG note une forte réticence, voire une opposition, des acteurs concernés à l’obligation pure et simple, qui pourrait se révéler contreproductive.

Un autre enjeu très concret concerne la localisation des séminaires interuniversitaires. Pour un assistant en zone rurale éloignée, devoir se déplacer longuement pour quelques heures de séminaire peut devenir un frein important. Le plan plaide donc pour une meilleure localisation de ces moments de formation.

L’obligation de stage hospitalier rebat les cartes

À partir du 1er octobre 2026, l’obligation de stage en milieu hospitalier constitue un autre élément majeur. Elle entraînera chaque année le transfert de 150 équivalents temps plein de stage de la médecine générale vers l’hôpital.

Pour les maîtres de stage en cabinet, cette évolution risque d’être déstabilisante. Elle pourrait être encore plus difficile à absorber pour les maîtres de stage en zone de pénurie rurale. Le CCFFMG évoque dès lors plusieurs pistes d’accommodement, notamment les duos de stage en 6 mois/6 mois.

Sortir du matching par réseau personnel

Troisième axe : le matching entre assistants et maîtres de stage. Aujourd’hui, deux stratégies dominent.

La première repose sur les réseaux interpersonnels de l’assistant. Elle est souvent efficace pour trouver un stage, mais elle crée des filtres sociaux importants. Elle favorise ceux qui disposent déjà d’un capital relationnel et invisibilise davantage les stages situés loin des cercles universitaires ou familiaux habituels.

La deuxième stratégie repose sur des appels à candidatures plus formalisés. Elle permet de solliciter des maîtres de stage plus distants, mais le rapprochement entre l’assistant et le lieu de stage reste plus incertain.

Les projets territoriaux MG Proxi

C’est ici qu’interviennent les projets territoriaux MG Proxi. Plusieurs territoires sont déjà engagés : la province de Luxembourg avec Santé Ardenne, Dinant-Philippeville avec l’UOAD, le Sud Hainaut avec l’AGRF, l’arrondissement de Verviers avec l’AGEF, Liège Ouest avec Cégolie et l’UNamur avec CAP MG.

Ces projets ont pour vocation de créer des événements de découverte et de rencontre entre les différents acteurs : étudiants du secondaire, étudiants en médecine, étudiants de troisième master, assistants en médecine générale, futurs maîtres de stage, maîtres de stage et acteurs locaux comme les communes.

L’objectif est de rendre les territoires visibles, de montrer les conditions concrètes d’exercice et de faire se rencontrer les personnes avant que le choix du stage ne soit figé.

Une cartographie des possibilités

Le développement d’outils d’information est un autre chantier. L’application FORDOC permet déjà de filtrer des lieux de stage possibles. Elle pourrait devenir une vitrine pour les projets d’accompagnement des maîtres de stage, une cartographie interactive des possibilités de stage et un support d’aide au choix.

Dernier axe : l’appui pratique.  Les projets territoriaux MG Proxi doivent faciliter la recherche de logement, proposer des colocations entre jeunes prestataires de soins de santé, aider aux déplacements et soutenir l’arrivée des assistants dans des environnements parfois éloignés de leurs repères habituels.

Cette dimension logistique est centrale. Sans solution de logement ou de mobilité, l’attractivité reste théorique.

Ne pas transformer les assistants en variable d’ajustement

Le plan du CCFFMG avance sur une ligne étroite. D’un côté, les zones en pénurie ont besoin de visibilité, de présence médicale et de renouvellement. De l’autre, les assistants ne peuvent pas devenir une variable d’ajustement destinée à compenser les lacunes du système.

La réponse proposée passe donc par une logique d’attractivité plutôt que de contrainte. Primes, meilleur matching, cadre pédagogique renforcé, projets territoriaux, outils cartographiques, aides au logement et à la mobilité : le plan tente de rendre les zones en pénurie plus accessibles, plus lisibles et plus désirables.

La question reste ouverte : ces mesures suffiront-elles à déplacer durablement les trajectoires professionnelles ? Le CCFFMG ne le prétend pas. Mais il pose un principe essentiel : pour qu’un jeune médecin choisisse un territoire, encore faut-il qu’il l’ait rencontré, compris et expérimenté dans de bonnes conditions.

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