Aides à la promotion de l’emploi (APE)
Après être arrivé à l’os, où devrons-nous amputer ?
Les gouvernements de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles se mettent autour de la table pour discuter, entre autres, du sort des Aides à la promotion de l’emploi (APE). Dossier brûlant s’il en est pour les secteurs d'UNESSA, mais dossier loin d’être unique. La fédération met en garde les autorités fédérées, mais également les autorités fédérales. Nos affiliés sont pris sous le feu croisé d’économies budgétaires, de hausses de prix généralisées, d’inflation... Le tout dans un brouillard qui rend toute perspective quasi impossible. Conséquences : ce sont les gestionnaires et les équipes de terrain qui ne s’en sortent plus et les bénéficiaires de leurs interventions qui trinquent...
Dans un service d’aide à la jeunesse, Fatima est inquiète. Quatorze de ses collègues sont sous contrat APE. Elle ne sait pas ce qu’il adviendra d’eux dans le futur dispositif. Sans ces emplois, même sans cinq d’entre eux, c’est la prise en charge des jeunes qui sera compromise.
Un centre d’accueil pour personnes en situation de handicap organise le transport en minibus adaptés de plusieurs de ses bénéficiaires sans moyens de locomotion. Faute de budget, un poste de chauffeur n’a pas été renouvelé. Un seul véhicule adapté circule désormais. Impossible d’organiser toutes les tournées. Serge, le coordinateur, s’interroge : « On fait comment maintenant, un tirage au sort ? On appelle les familles pour qu’elles se débrouillent ? »
Ghislaine a 86 ans et vit seule depuis le décès de son mari. Une aide familiale, son « pilier » comme elle dit, s’occupe quotidiennement des tâches ménagères et veille sur elle. Mais vu les restrictions budgétaires, Ghislaine va devoir payer plus cher pour son aide familiale. Elle décide alors de ne plus la faire venir que quatre jours par semaine. Sans son « pilier », Ghislaine finit par sauter des repas, oublie parfois ses médicaments, se déshydrate et doit être hospitalisée.
Être entendus
« On peut citer des milliers d’exemples sur les conséquences du rabotage de budgets dont les secteurs de nos affiliés sont victimes. Je le répète, à force de jouer de la rappe budgétaire, nos affiliés sont à l’os. Quand on sera à la moelle, il sera trop tard. Où devrons-nous amputer ? Il y aura des fermetures de structures et des personnes laissées sans prises en charge ou soins adéquats. On va droit vers une catastrophe sociale et de santé publique. Alors que plusieurs secteurs représentés par UNESSA étaient considérés comme essentiels durant la pandémie de Covid-19, c’est un comble », explique le Dr Philippe Devos, directeur général d’UNESSA. « C’est épuisant de répéter toujours la même chose, de savoir que nous nous battons aussi, in fine, pour le bien-être de tous et de ne pas être entendus. »
Les huit secteurs d’UNESSA sont effectivement soumis à un véritable feu roulant de coupes budgétaires en provenance de tous les étages de la maison Belgique.
Estimations des réductions de budget touchant directement et en partie les secteurs d’UNESSA :
- Impacts directs -> montants d’économies supportés directement par les secteurs représentés par UNESSA
- Mesures globales -> montants d’économies dépassant la dimension sectorielle d’UNESSA mais impactant nos affiliés dans une mesure indéterminée.

L’addition est déjà salée. Et vient s’y ajouter la hausse des coûts : des fournitures, du matériel, de l’énergie... Sans parler de l’inflation ou des hausses de taxes plus locales.
Deux milliards de plus
Cerise sur le gâteau, c’est sans compter un nouvel effort budgétaire wallon qui doit être discuté en septembre. Le gouvernement Dolimont le chiffre globalement à 2 milliards d’euros d’ici à 2029. D’après nos informations, rien qu’au niveau de l’AViQ, cela représenterait un « effort » budgétaire supplémentaire de 300 millions par an !
"À tous les niveaux de pouvoir, la concertation avec les secteurs se dégrade. Dans les faits, nous ne sommes plus entendus, ni même écoutés."
- Dr Phillipe Devos, DG UNESSA
On le voit, la colère des secteurs impactés et de nos affiliés est plus que légitime. Comment rester de marbre face à ce tableau ? Car ce ne sont pas que des chiffres. Ce sont des équipes de terrain qui se donnent sans compter et auxquelles on coupe les moyens de travailler le plus professionnellement possible. Ce sont des bénéficiaires qui se retrouvent sans aide, sans assistance voire sans accueil ou soins de qualité.
« Oui, nous sommes à bout et tristes pour nos affiliés et leurs bénéficiaires. Une tristesse d’autant plus forte qu’à tous les niveaux de pouvoir, la concertation avec les secteurs se dégrade. Dans les faits, nous ne sommes plus entendus, ni même écoutés. C’est pourtant du terrain que les meilleures pistes d’efficience et d’efficacité pourraient émerger. Combien de Fatima, de Serge ou de Ghislaine faudra-t-il pour que nos autorités le comprennent ? Avis aux gouvernements : vous prenez vos responsabilités budgétaires ? Soit. Nous vous aurons prévenus des conséquences », conclut Philippe Devos.
"À tous les niveaux de pouvoir, la concertation avec les secteurs se dégrade. Dans les faits, nous ne sommes plus entendus, ni même écoutés."