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David Van Reybrouck plaide pour un nouveau serment médical

L’écrivain et « Penseur des Pays-Bas » David Van Reybrouck plaide pour un nouveau serment médical. Le serment actuel est trop anthropocentré et laisse de côté l’environnement ainsi que la santé planétaire, estime Van Reybrouck.

David Van Reybrouck

J’ai toujours envié les médecins parce qu’ils prêtent serment », explique David Van Reybrouck. « C’est un beau rituel, mais aussi un engagement que l’on prend. Dans l’Athènes antique, les jeunes hommes devenaient citoyens à part entière à l’âge de 18 ans et devaient alors, eux aussi, prêter serment. »

Van Reybrouck a lancé cet appel lors d’un congrès consacré à la prévention en santé. « Dans le serment médical néerlandais, l’être humain - le patient - est au centre. La relation entre l’homme et son environnement reste hors champ. »

« S’il existe aujourd’hui une catégorie professionnelle qui devrait établir le lien entre santé et environnement, ce sont bien les médecins. Dans un texte issu de l’école d’Hippocrate, datant du IIIe siècle avant notre ère, cela figurait déjà : pour évaluer la santé d’une personne, il faut regarder l’air qu’elle respire, l’eau qu’elle boit et le sol sur lequel elle vit. »

Van Reybrouck laisse la formulation précise ouverte à la discussion. « Je suis conscient que mon souci du patient ne peut être dissocié du souci de la planète, ou quelque chose dans ce genre. »

La fédération néerlandaise des médecins KNMG a déjà réagi positivement et examine si le serment médical néerlandais peut être réécrit.

Le serment belge

En préparation de notre entretien, David Van Reybrouck a également lu le serment médical belge. « Honnêtement, je trouve le serment belge meilleur. Chez nous, un médecin promet de s’engager, au mieux de ses capacités, en faveur d’une médecine de qualité au service de l’être humain et de la société. Et un peu plus loin, cela devient encore plus précis : je gérerai de manière responsable les moyens que la société met à disposition et je m’efforcerai de promouvoir des soins de santé accessibles à tous. »

« Cette dimension sociétale est totalement absente du serment médical néerlandais, qui semble encore très marqué par les années 1990 hyperindividualistes. Le serment médical néerlandais ne fait pas obstacle à l’acharnement thérapeutique, contrairement au serment belge. »

Responsabilité universelle

N’est-ce pas trop demander aux médecins que de les rendre également responsables de la protection de la planète ? Van Reybrouck ne le pense pas. « Je m’inscris dans la ligne de One Health, la grande initiative des Nations unies qui pense ensemble la santé humaine, la santé animale et l’environnement. L’OMS y travaille avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, ainsi qu’avec le Programme des Nations unies pour l’environnement. Le dalaï-lama plaide lui aussi pour une responsabilité universelle. Votre contribution individuelle est modeste, mais elle n’est pas négligeable. On pourrait aussi dire : quelle différence font les impôts que je paie pour le budget belge ? Mais si tout le monde raisonne en considérant que le comportement individuel ne change rien, plus rien ne se passe. »

« Je ne dis pas qu’en tant que médecin individuel, vous devez essayer de résoudre le problème planétaire. Mais vous pouvez tenter, dans votre vie et dans votre pratique professionnelle, de ne pas aggraver les choses. Cela peut se faire de multiples façons : les déplacements que vous effectuez, le régime alimentaire que vous prescrivez aux patients, ou encore celui que vous suivez vous-même. »

« Les soins de santé sont aussi très gourmands en matières premières : un hôpital produit chaque jour une montagne de déchets. Aux Pays-Bas, le secteur de la santé est responsable de pas moins de 7 à 8 % des émissions de gaz à effet de serre. C’est énorme ! Le programme Carefree de l’Université de Maastricht examine si tout ce matériel jetable est réellement nécessaire. Pourquoi le personnel infirmier utilise-t-il autant de pinces jetables, au lieu de stériliser et de réutiliser les pinces comme autrefois ? Les emballages des médicaments ne devraient-ils pas être réduits, afin qu’il y ait moins de médicaments inutilisés qui finissent dans nos déchets ? »

« Que les Russes arrivent ou non, cela reste à voir. Mais les vagues de chaleur, elles, arriveront certainement. »

Le climat est un problème de santé

Van Reybrouck estime que la crise planétaire provoquée par l’homme depuis la Révolution industrielle doit être considérée comme une question de santé et de sécurité. « Le sujet est aujourd’hui trop politisé. On a parfois l’impression qu’il faut être de gauche pour s’inquiéter du climat. C’est assez étrange. »

« Je suis peut-être plus sensible à cela. Mon père est décédé en 2006 lors d’une vague de chaleur. Il souffrait d’une maladie rénale et j’ai toujours pensé que c’était la cause de sa mort. Ce n’est que plus tard, lors du procès climatique devant la justice belge, que j’ai compris que cette vague de chaleur avait accéléré son décès. Aux Pays-Bas, les vagues de chaleur ont provoqué une surmortalité de 11.000 personnes entre 2000 et 2025 - soit six fois plus que les 1.836 morts de l’inondation catastrophique de 1953. Pour cette dernière, il existe des musées, des documentaires, des monuments. Mais les 11.000 morts liées à la chaleur restent totalement invisibles. »

Buste Hippocrates
Hippocrate de Cos. Gravure de Paulus Pontius d’après un dessin de Pierre Paul Rubens.

Le fait que notre société se prépare à un éventuel conflit militaire - comme en témoignent l’augmentation des dépenses de défense ou l’intégration de la « médecine de guerre » dans les cursus - mais pas aux conséquences déstabilisatrices du réchauffement climatique, est incompréhensible pour Van Reybrouck.

« Que les Russes arrivent ou non, cela reste à voir. Mais les vagues de chaleur, elles, arriveront certainement. Si nous ne nous préparons pas à de nouvelles inondations, à des incendies de bruyères dans la Campine ou à des canicules dans les villes, alors nous faisons fausse route. Ce sera à nouveau 1914 : avec la fanfare sur le quai de gare, saluant nos garçons partis combattre les Allemands pendant quelques semaines. C’est l’héroïsme banal et naïf d’une génération qui n’a jamais connu la guerre. »

Pas de modification à l’ordre du jour
Le Pr Michel Deneyer, vice-président du Conseil national de l’Ordre des médecins, comprend ces préoccupations. Mais une modification du serment actuel n’est pas à l’ordre du jour. « Le serment médical est fondé sur la Déclaration de Genève et ratifié par le CEOM, le Conseil européen des Ordres des médecins. Si nous voulons modifier le texte, nous devons porter cette question au niveau européen. En outre, le texte actuel est déjà un compromis car par exemple, l’émancipation du patient n’est pas inscrite dans la législation de tous les pays aussi fortement qu’en Belgique. »
Le Dr Deneyer craint aussi que le serment ne soit surchargé sur le plan du contenu: « Le serment exprime les quatre piliers de notre éthique professionnelle : professionnalisme, respect, intégrité et responsabilité. Si nous y ajoutons encore d’autres éléments, nous risquons de détourner l’attention de ce message central. » Cela ne signifie pas que le serment est aveugle à la dimension sociétale de la profession. « Le serment médical belge affirme explicitement que le médecin doit gérer de manière responsable les moyens que la société met à disposition pour rembourser les soins. Mais il ne me semble pas nécessaire de rendre spécifiquement les médecins responsables de la santé planétaire. Prendre soin de la planète est un devoir moral pour chaque être humain - ni plus ni moins pour les médecins que pour n’importe qui d’autre. »
Enfin, il souligne que le secteur médical tient de plus en plus compte de l’impact écologique des soins. « Les médecins et les hôpitaux examinent comment réduire la quantité de déchets médicaux, évidemment sans que cela se fasse au détriment de la sécurité des patients. En interne aussi, au sein de l’Ordre, la durabilité figure en bonne place à l’agenda. »

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