Psychologie

La parentalité impacte l’incapacité de travail

Une étude des Mutualités Libres met en lumière une réalité lourde mais souvent minimisée : outre qu’être parent est une charge supplémentaire pouvant déboucher sur une incapacité de travail, la parentalité ne pèse pas de la même manière sur la santé mentale des femmes et des hommes.

Nicolas de Pape - 3 juin 2026

À partir des données de 313.088 membres suivis entre 2017 et 2025, l’analyse montre que les mères sont nettement plus exposées que les pères au risque d’incapacité de travail de plus d’un mois pour motif mental. La parentalité peut parfois jouer un rôle protecteur, notamment chez les pères et chez certaines mères vivant en couple, mais cet effet est inégal, fragile et temporaire. Chez les femmes, surtout lorsqu’elles vivent seules ou lorsqu’elles ont plusieurs jeunes enfants, elle devient au contraire un facteur de vulnérabilité.

Famille

Troubles mentaux, cause majeure d’incapacité de travail

On le sait depuis pas mal de temps : les troubles de santé mentale sont devenus l’une des causes majeures d’incapacité de travail et d’invalidité. Ils comptent pour environ un tiers des malades de longue durée. Dépression, anxiété, burn-out, épuisement psychique ou troubles du comportement occupent désormais une place centrale dans les absences de longue durée. L’étude des Mutualités libres démontrent que les parents sont particulièrement exposés à cette pression.

MLOZ
Taux d'incapacité chez les mères ayant eu un accouchement/une fausse couche selon le délai écoulé entre la mise au monde et le trimestre considéré

Ils doivent répondre à des attentes élevées, à la fois sur le plan professionnel et dans la sphère privée. Cette double charge se traduit dans les chiffres, dans les trajectoires professionnelles et dans les risques d’arrêt de travail.

"Child Penalty"

Les auteurs replacent leur travail dans le débat plus large sur la « child penalty », cette pénalité liée au fait d’avoir des enfants. La littérature scientifique et médicale montre que la naissance d’un enfant reste l’un des principaux moteurs des inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail.

En Belgique, des recherches récentes ont montré qu’après la naissance du premier enfant, les revenus des femmes diminuent fortement, leur participation au marché du travail recule, tandis que la trajectoire professionnelle des pères est beaucoup moins affectée.

L’étude des Mutualités libres prolonge ce constat sur le terrain de la santé mentale : après la naissance d’un enfant, l’écart ne concerne pas seulement les revenus, le temps partiel ou les interruptions de carrière, mais aussi le risque d’incapacité de travail.

Femmes vivant en couple : risque plus faible.

La méthodologie repose sur deux grandes cohortes : d’un côté, les personnes ayant toujours vécu avec au moins un enfant de moins de 25 ans entre 2017 et 2024 ; de l’autre, les personnes n’ayant jamais vécu avec un enfant durant cette période.

Les auteurs distinguent aussi les personnes vivant en couple de celles vivant seules. L’indicateur principal retenu est l’incapacité de travail de plus d’un mois pour motif mental, repérée dans les données administratives des mutualités.

Les pathologies considérées incluent notamment les troubles mentaux et du comportement ainsi que le burn-out. Le choix des arrêts de plus d’un mois permet de comparer plus équitablement employés, ouvriers et indépendants, puisque les règles d’indemnisation diffèrent selon les statuts professionnels.

« Le résultat central est sans ambiguïté : les femmes avec enfants présentent un risque nettement supérieur aux hommes avec enfants. Les mères vivant en couple ont un risque d’incapacité mentale plus de deux fois plus élevé que les pères vivant en couple. »

Le résultat central est sans ambiguïté : les femmes avec enfants présentent un risque nettement supérieur aux hommes avec enfants de souffrir d'un de ces maux mentaux. Les mères vivant en couple ont un risque d’incapacité mentale plus de deux fois plus élevé que les pères vivant en couple. Chez les parents isolés, l’écart est encore plus marqué : les mères seules ont un risque 2,67 fois plus élevé que les pères seuls. Résultat : les mères sont touchées de manière disproportionnée par l’incapacité de travail liée aux problèmes de santé mentale, avec un écart structurel par rapport aux pères.

MLOZ
Prévalence des pathologies les plus fréquentes, selon le genre dans le groupe des parents.

La situation familiale joue un rôle décisif. Pour les parents vivant en couple, la parentalité peut avoir un effet protecteur par rapport aux personnes sans enfants. Les pères avec enfants présentent ainsi un risque moindre que les hommes sans enfants, qu’ils vivent seuls ou en couple.

Les mères vivant en couple ont aussi un risque plus faible que les femmes sans enfants vivant en couple. Mais cet effet protecteur disparaît largement chez les mères isolées. Leur risque est proche de celui des femmes seules sans enfants. Autrement dit, la présence d’un enfant ne protège pas toutes les femmes de la même manière. Le couple semble amortir une partie du risque. L’isolement, lui, l’aggrave fortement.

L’impact du nombre et de l’âge des enfants

Le nombre et l’âge des enfants accentuent encore l’inégalité. La présence d’enfants de moins de 7 ans augmente le risque d’incapacité mentale chez les mères, mais pas chez les pères. L’écart se creuse avec la taille de la fratrie.

MLOZ
Comparaisons entre hommes et femmes, parents ou non, vivant en couple ou solo pour le modèle d’incapacité pour raison mentale sur l’ensemble de l’échantillon. (NB : Entre les femmes solo, l’intervalle de confiance ne permet pas de conclure à une différence statistiquement significative entre celles qui ont des enfants et celles qui n’en ont pas.)

-Sans jeunes enfants : risque 2,21 fois plus élevé pour les mères que pour les pères
-Avec un jeune enfant : risque 2,37 fois plus élevé pour les mères que pour les pères
-Avec deux jeunes enfants : risque 2,47 fois plus élevé pour les mères que pour les pères
-Avec plus de deux jeunes enfants : risque 2,99 fois plus élevé pour les mères que pour les pères

Ces chiffres montrent que la charge parentale ne se distribue pas mécaniquement entre les deux parents. Lorsque les jeunes enfants sont nombreux, ce sont surtout les mères qui semblent absorber la surcharge mentale, organisationnelle et familiale.

L'étude met donc en évidence des associations fortes, mais ne permet pas à elle seule de démontrer un lien de cause à effet. Les chercheurs rappellent que certaines personnes confrontées à des difficultés psychologiques plus importantes peuvent avoir des parcours de vie différents, tant sur le plan familial que professionnel.

L'étude met donc en évidence des associations fortes, mais ne permet pas à elle seule de démontrer un lien de cause à effet. Les chercheurs rappellent que certaines personnes confrontées à des difficultés psychologiques plus importantes peuvent avoir des parcours de vie différents, tant sur le plan familial que professionnel. Il est en effet possible que les personnes plus fragiles psychiquement soient déjà sous-représentées parmi les parents. Une partie des écarts observés pourrait donc s'expliquer par ces différences préexistantes. Mais les résultats n'en révèlent pas moins des disparités marquées selon le sexe, la situation familiale et la présence d'enfants.

Autre limite importante : les données ne permettent pas de mesurer précisément le recours au congé parental, au crédit-temps, au temps partiel ou aux interruptions de carrière.

Or ces dispositifs concernent massivement les mères et peuvent influencer le risque observé. Les auteurs soulignent néanmoins la force de leur analyse : un très grand échantillon, des données administratives robustes, un suivi long et la possibilité de distinguer finement plusieurs profils familiaux.

5 priorités

Les recommandations s’articulent autour de cinq priorités.

D’abord, utiliser le futur « crédit familial » comme un levier d’égalité entre les sexes, en veillant particulièrement aux parents isolés. Ensuite, normaliser la prise du congé de naissance par les pères, afin qu’il ne soit plus vu comme une faveur ou un signe de désinvestissement professionnel.

Les Mutualités libres demandent aussi de garantir aux parents isolés un droit équivalent à celui des familles biparentales, notamment pour les parents qui assument seuls la charge de leur enfants dès la naissance ou après la perte de l’autre parent. 

Elles plaident encore pour une simplification administrative des congés liés à la parentalité et pour une harmonisation entre statuts professionnels.

Enfin, elles réclament davantage de flexibilité dans le congé parental, y compris pour les travailleurs à temps partiel, ainsi qu’un investissement dans un accueil de la petite enfance abordable, de qualité et plus flexible.

Wat heb je nodig

Accès GRATUIT à l'article
ou
Faites un essai gratuit!Devenez un membre premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • accès numérique aux magazines imprimés
  • accès numérique à le Journal de Médecin, Le Phamacien et AK Hospitals
  • offre d'actualités variée avec actualités, opinions, analyses, actualités médicales et pratiques
  • newsletter quotidienne avec des actualités du secteur médical
Vous êtes déjà abonné? 

Partagez votre histoire (d'actualité)

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles
Magazine imprimé

Édition Récente
02 juin 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine