Pneumonies nosocomiales: améliorer les soins bucco-dentaires divise le risque par deux
CONGRÈS ESCMID C’est la conclusion de l’étude multicentrique HAPPEN (Hospital Acquired Pneumonia Prevention) dont les résultats ont été présentés à Munich [1]. Améliorer l’hygiène orale des patients hospitalisés a réduit quasiment de 60% l’incidence des pneumonies nosocomiales non associées à la ventilation mécanique.
Ce qui surprend est l’ampleur de l’effet obtenu avec un geste aussi simple. Pour le Pr B. Mitchell (Australia), investigateur principal, ce résultat doit convaincre les sceptiques et les indécis du bénéfice de cette approche « cost-effective ».
Les pneumonies nosocomiales non liées à la ventilation mécanique (NV-HAP) sont une forme qui se développe après 48 heures chez les patients hospitalisés non ventilés mécaniquement [2]. Le diagnostic est posé chez environ un patient hospitalisé [3] sur 100, avec une durée d'hospitalisation qui peut se prolonger jusqu'à 15 jours, une admission en soins intensifs dans 46 % des cas, une augmentation de l'emploi des antibiotiques et une réadmission dans les 30 jours chez près de 20 % des survivants. Le taux de mortalité est important, de l’ordre de 15% à 30%.
Ce qui surprend est l’ampleur de l’effet obtenu avec un geste aussi simple.
En Europe, les NV-HAP ont été peu étudiées comparé aux pneumonies acquises sous ventilation mécanique, alors que des études ont montré qu’elles représentent les deux tiers des pneumonies nosocomiales. C’est pour combler cette lacune qu’a été conçue cette première vaste étude randomisée multicentrique incluant près de 9.000 patients. Elle s’est focalisée sur les soins dentaires, dont le brossage des dents associé à un moindre risque de HAP (HR = 0,67) dans une étude antérieure.
Une incidence de NV-HAP divisée par deux
L'étude HAPPEN a été réalisée dans neuf services de trois hôpitaux australiens, sur une période de 12 mois. Au total, 8.870 patients (âge moyen : 76 ans) ont été inclus, dont 4.567 étaient hospitalisés pendant la période d'intervention. Les deux tiers des patients avaient reçu une antibiothérapie.
Durant la phase d'intervention, les patients recevaient à leur admission une brosse à dents, du dentifrice, des brochures d’information et un accès à des ressources en ligne. Le personnel soignant a bénéficié d'une formation sur site, d'un accès à des ressources en ligne et de conseils pratiques pour améliorer la prise en charge bucco-dentaire. Le groupe témoin suivait les pratiques habituelles.
La proportion de patients ayant bénéficié de soins bucco-dentaires est passée de 12,6 % dans le groupe témoin à 65,0 % dans le groupe intervention. Des audits pratiqués pendant l’étude ont montré que les soins bucco-dentaires étaient réalisés 1,5 fois par jour. Ces soins ont été associés à un changement statistiquement significatif du risque de NV-HAP (HR = 0,40, p = 0,027), avec un IRR de 0,41 (p = 0,035).

Un petit geste pour un grand bénéfice
Ces données montrent qu’une hygiène bucco-dentaire réduit le risque de NV-HAP chez des patients hospitalisés non ventilés mécaniquement.
Les limitations de l’étude sont, entre autres, l’absence de données sur l’antibiothérapie et une efficacité non mesurable du geste. Pour le Pr Mitchell, « l’ampleur de l’effet doit nous encourager à généraliser cette pratique. Des études ont montré que dans ces pneumonies, les germes proviennent principalement du microbiote buccal du patient. L’American Dental Association [4] reconnait le rôle des soins buccaux en prévention des NV-HAP, mais les évidences sont faibles. Aujourd’hui nous disposons de preuves solides pour le milieu hospitalier. La prochaine étape sera de mettre en œuvre cette pratique et de la pérenniser dans des programmes structurés intra-muros. »
Références
1. Mitchell, B, et al.The hospital acquired pneumonia prevention (HAPPEN) study: a multi-centre randomised controlled trial. ESCMID Global 2026;#1972.oral presentation
2. Pittaway H, et al. Management of non ventilated hospital acquired pneumonia. Clinical Infection in Practice 2024;21:100350
3. Munro SC, et al. A call to action: Recommendations from the National Organization to Prevent Hospital-Acquired Pneumonia (NOHAP) among non ventilated patients. Infection Control & Hospital Epidemiology. 202;42(8):991-996. doi:10.1017/ice.2021.239
4. Quinn B, et al. Non-ventilator healthcare-associated pneumonie (nvHAP): best practices for prevention of nv-HAP. Am J Infect Control 2020;48:A23-A27