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La dysphorie de genre chez l’enfant

CONGRÈS EAPS 2025   IdentitĂ© de genre et dysphorie de genre chez l’enfant et l’adolescent : oĂč en sommes-nous en 2026 ? 

Dre Patricia De Cock - 9 janvier 2026

La dysphorie de genre constitue un sujet particuliĂšrement sensible et souvent difficile Ă  aborder, aussi bien pour la personne qui souhaite en parler que pour sa famille et son entourage. Les professionnels de santĂ© se retrouvent eux aussi parfois dĂ©munis, faute de repĂšres et d’outils suffisants pour accompagner ces situations de maniĂšre adĂ©quate. Ce sujet dĂ©licat figurait Ă  l'ordre du jour du dernier congrĂšs de l'EAPS (European Academy of Paediatric Societies).

genderdysforie

Évaluation et polarisation 

Au cours des 20 derniĂšres annĂ©es, de nombreux changements sont survenus. Le terme dysphorie, en raison de sa connotation nĂ©gative (dysphorie Ă©voque discomfort, qui signifie “inconfort”), tend Ă  ĂȘtre remplacĂ© par celui d’incongruence de genre. Cette appellation met l’accent sur la non-correspondance entre le sexe assignĂ© Ă  la naissance et celui auquel on s’identifie (l’identitĂ© de genre), sans impliquer que ce dĂ©calage doive ĂȘtre vĂ©cu comme nĂ©gatif.  

En 2026, on observe toutefois une forte polarisation, avec des positions opposĂ©es Ă  tous les niveaux, qu’il s’agisse des professionnels de santĂ© ou des dĂ©cideurs politiques. Un exemple marquant est celui des États-Unis, oĂč de nombreux hĂŽpitaux ont Ă©tĂ© contraints ces derniers mois de supprimer les soins liĂ©s Ă  l’incongruence de genre, et oĂč la mention du sexe inscrit sur le document d’identitĂ© doit dĂ©sormais correspondre au sexe de naissance, y compris pour des personnes ayant suivi un long parcours comprenant des traitements hormonaux et des interventions chirurgicales, et qui s’identifient depuis des annĂ©es Ă  l’autre genre. En Europe Ă©galement, un changement de tendance s’observe : au Royaume-Uni, par exemple, il est actuellement trĂšs difficile d’accĂ©der Ă  une prise en charge. 

L’importance d’un bon rĂ©seau 

Il n’existe pas seulement une transition physique, mais Ă©galement une transition sociale, qui implique une reconnaissance par l’entourage. Selon la Pre Laetitia Martinerie (CHU Robert-DebrĂ©, Paris, spĂ©cialiste en endocrinologie pĂ©diatrique), le soutien des parents, de la famille, de l’école, ainsi que celui du pĂ©diatre ou du mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste, est dĂ©terminant. L’accĂšs Ă  une Ă©quipe ou Ă  un rĂ©seau multidisciplinaire, offrant un accompagnement psychologique et/ou une aide sur les aspects lĂ©gaux (changement de nom, modification des documents d’identitĂ©, etc.), joue Ă©galement un rĂŽle essentiel. 

Transition hormonale : pourquoi ?  

Les adolescents qui prĂ©sentent une dysphorie de genre ont, par rapport Ă  leurs pairs, davantage de troubles psychiques tels que la dĂ©pression, l’anxiĂ©tĂ© ou l’automutilation, et rĂ©alisent davantage de tentatives de suicide. AprĂšs prise en charge, ces troubles psychiques sont ramenĂ©s Ă  un niveau comparable Ă  celui des jeunes ne prĂ©sentant pas de difficultĂ©s liĂ©es Ă  l’identitĂ© de genre. Les recommandations nationales et internationales - notamment les Standards of Care de la WPATH (World Professional Association for Transgender Health), ainsi que celles de l’ESPE (European Society of Paediatric Endocrinology) et de l’Endocrine Society - constituent des rĂ©fĂ©rences pour leur prise en charge. 

Stade 2 de Tanner

Dans une premiĂšre phase, on dĂ©bute par des analogues de la gonadorĂ©line (GnRH), Ă©galement appelĂ©s « bloqueurs de la puberté ». Selon les recommandations rĂ©centes, il est prĂ©fĂ©rable de se baser sur le stade pubertaire, Ă  partir du stade 2 de Tanner, plutĂŽt que sur l’ñge en tant que tel pour initier ce traitement. Pour la seconde phase, qui consiste Ă  introduire des hormones d’affirmation de genre (testostĂ©rone ou ƓstrogĂšnes), ce n’est pas tant l’ñge chronologique qui est dĂ©terminant, mais la capacitĂ© de l’adolescent Ă  faire preuve d’un degrĂ© suffisant de maturitĂ© pour prendre des dĂ©cisions Ă©clairĂ©es. Cela inclut notamment la comprĂ©hension et la discussion des possibilitĂ©s de prĂ©servation de la fertilitĂ©. 

« Les adolescents qui prĂ©sentent une dysphorie de genre ont, par rapport Ă  leurs pairs, davantage de troubles psychiques tels que la dĂ©pression, l’anxiĂ©tĂ© ou l’automutilation, et rĂ©alisent davantage de tentatives de suicide. AprĂšs prise en charge, ces troubles psychiques sont ramenĂ©s Ă  un niveau comparable Ă  celui des jeunes ne prĂ©sentant pas de difficultĂ©s liĂ©es Ă  l’identitĂ© de genre. » 

Mythe versus réalité

De nombreux malentendus persistent concernant la transition hormonale. La Pre Martinerie en clarifie quelques-uns :  

  • Aucun traitement hormonal n’est initiĂ© chez les enfants, et jamais avant le dĂ©but de la pubertĂ©. 
  • Aucune hormone n’est prescrite lors d’une premiĂšre consultation, Ă  l’exception de contraceptifs progestatifs lorsque des menstruations sont dĂ©jĂ  prĂ©sentes. 
  • Une phase d’information est systĂ©matiquement prĂ©vue, suivie d’un temps de rĂ©flexion. 
  • La dĂ©cision est toujours collĂ©giale, prise par une Ă©quipe multidisciplinaire en accord avec l’adolescent. L’adolescent, comme les parents ou le tuteur lĂ©gal, doit signer un consentement Ă©clairĂ© Ă©crit. 

Transition hormonale : de quoi s’agit-il ? 

Les analogues de la GnRH sont utilisĂ©s depuis quatre dĂ©cennies, bien que dans d’autres indications. L’expĂ©rience accumulĂ©e Ă  leur sujet est donc considĂ©rable. Ils sont administrĂ©s par voie intramusculaire, une fois par mois, tous les trois mois ou tous les six mois. Ils sont gĂ©nĂ©ralement bien tolĂ©rĂ©s ; des effets indĂ©sirables tels que des cĂ©phalĂ©es ou des bouffĂ©es de chaleur peuvent survenir occasionnellement, mais ces effets sont entiĂšrement rĂ©versibles Ă  l’arrĂȘt du traitement.  

Dans une seconde phase, la testostĂ©rone et les ƓstrogĂšnes sont introduits ; il s’agit des mĂȘmes molĂ©cules que celles utilisĂ©es dans le traitement de l’hypogonadisme, mais avec une trĂšs grande variabilitĂ© de rĂ©ponse. Les effets recherchĂ©s incluent : la redistribution du tissu adipeux, la diminution ou l’augmentation de la masse et de la force musculaires, l’atrophie vaginale d’une part ou le dĂ©veloppement mammaire d’autre part, ainsi que des modifications de la voix, entre autres. Tous ces effets peuvent apparaĂźtre trĂšs rapidement (au cours des six premiers mois) ou au contraire n’apparaĂźtre qu’aprĂšs plusieurs annĂ©es. Il n’existe donc aucune vĂ©ritable recommandation standardisĂ©e ; chaque traitement doit ĂȘtre individualisĂ©, et une surveillance rĂ©guliĂšre et prolongĂ©e est indispensable. 

Plus de 20 ans de suivi  

On dispose dĂ©sormais de donnĂ©es portant sur plus de 20 ans de suivi aprĂšs transition. À Amsterdam, par exemple, 145 personnes ayant effectuĂ© leur transition durant l’adolescence ont Ă©tĂ© suivies. Les « retransitions », c’est-Ă -dire l’arrĂȘt du traitement pour rester dans le sexe assignĂ© Ă  la naissance ou y revenir, sont trĂšs rares (< 4 % aprĂšs analogues de la GnRH et < 1 % aprĂšs les Ă©tapes de traitement suivantes). Une amĂ©lioration de la qualitĂ© de vie et des symptĂŽmes dĂ©pressifs est observĂ©e. Aucune atteinte mĂ©tabolique n’a Ă©tĂ© mise en Ă©vidence, mais on note une minĂ©ralisation osseuse retardĂ©e.

À Gand, 890 personnes traitĂ©es entre 2007 et 2024 ont Ă©tĂ© suivies : 65,5 % Ă©taient de sexe fĂ©minin Ă  la naissance, 66,9 % ont dĂ©butĂ© un traitement et 17,7 % ont reçu un analogue de la GnRH en premiĂšre intention. LĂ  aussi, aucune consĂ©quence mĂ©tabolique n’a Ă©tĂ© rapportĂ©e. En revanche, parmi les personnes ayant effectuĂ© leur transition Ă  l’ñge adulte, on observe un risque cardiovasculaire accru liĂ© Ă  l’utilisation de testostĂ©rone. Aucun Ă©lĂ©ment ne suggĂšre que les traitements hormonaux augmentent le risque de cancer. 

Bien que les donnĂ©es disponibles soient jusqu’à prĂ©sent rassurantes, il demeure nĂ©cessaire de disposer de donnĂ©es plus nombreuses, ainsi que d’un suivi Ă  plus long terme. 

De nombreuses questions demeurent aujourd’hui sans rĂ©ponse : 
- Quel est l’ñge optimal pour dĂ©buter les analogues de la GnRH ? 
- Quel est l’impact sur la maturation osseuse, la croissance et le dĂ©veloppement du squelette ? 
- Existe-t-il un impact sur la fertilité ? 
- Quelles sont les conséquences pour les interventions chirurgicales ultérieures, telles que la vaginoplastie ? 
- Quel est l’effet psychologique d’une suppression prolongĂ©e de la pubertĂ© ? 
 
Davantage de recherches et de données à long terme sont nécessaires. Le Registre européen, lancé en 2023, espÚre apporter des réponses à ces questions dans les années à venir.

Références
1. Coleman E, Radix AE et al. Standards of Care for the Health of Transgender and Gender Diverse People, Version 8. Int J Transgend Health. 2022 Sep 6;23(Suppl 1): S1-S259. doi: 10.1080/26895269.2022.2100644.  
2. De Vries AL, Steensma TD, Doreleijers TA, Cohen-Kettenis PT. Puberty suppression in adolescents with gender identity disorder: a prospective follow-up study. J Sex Med. 2011 Aug;8(8):2276-83. doi: 10.1111/j.1743-6109.2010.01943.x. 
3. Hannema SE et al.. Endocrine Management of Transgender and Gender-Diverse Adolescents: Expert Opinion of the ESPE Working Group on Gender Incongruence and the Endo-ERN Main Thematic Group on Sexual Development and Maturation. Horm Res Paediatr. 2024 Dec 2:1-27. doi: 10.1159/000542904. 
4. Ciancia S, et al. The gender incongruence module in the European Registries for Rare Endocrine & Bone Conditions (EuRREB): first results, current insights, and future directions. Endocr Connect. 2025 Oct 18;14(10):e250401. doi: 10.1530/EC-25-0401. 

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