Les espoirs de la préhabilitation
Oncologie : l’Espace Rebond du CHU de Liège est lancé
L’Institut de Cancérologie Arsène Burny (ICAB) du CHU de Liège a inauguré ce jeudi son nouveau centre dédié aux patients. L’Espace Rebond entend intégrer l’activité physique au parcours de soins dès l’annonce d’un diagnostic de cancer, gratuitement, dans un encadrement adapté et personnalisé et au cœur même de l’hôpital, ce qui le rend unique en Belgique.
Nous vous en parlions en février dernier, c’est désormais réalité : l’Institut de Cancérologie Arsène Burny (ICAB) au sein du CHU de Liège vient d’ouvrir un nouveau centre axé sur la préhabilitation des patients. Très symboliquement baptisé « Rebond », il veut permettre aux patients, après la sidération de l’annonce du diagnostic, de rebondir au plus vite grâce à une activité physique encadrée et sur mesure, désormais intégrée au parcours de soins oncologiques.
L’offre, unique en Belgique, vient en quelque sorte compléter, en amont, celle du centre Oasis, déjà bien connu des patients oncologiques pour les aspects psychologiques et soins du corps, et celle du Blanc Gravier, situé en face de l’hôpital universitaire liégeois au Sart-Tilman, qui accueille les patients en revalidation physique post cancer.
« Beaucoup d’instituts de cancérologie ont un programme de prise en charge sportive, mais jamais dans un espace dédié au sein même de leur structure, c’est en ça que nous sommes novateurs », explique la Dre Catherine Loly, onco-gastro-entérologue et présidente du Conseil de gouvernance de l’ICAB. « Ça nous permet de proposer un encadrement professionnel, et transdisciplinaire en collaboration avec nos collègues du service de médecine physique. »
Le mouvement partie prenante du soin
« On prend en charge le cancer, certes, mais les patients ne se définissent pas par leur cancer, ce sont avant tout des personnes, que nous accompagnons, avec aussi leurs proches, dans la prise en charge de cette maladie qui fait souvent l'effet d'une bombe au diagnostic », poursuit la spécialiste.
L’Espace Rebond, situé juste à côté de l’accueil des patients à l’ICAB, a pu voir le jour grâce au leg d’une patiente, Hélène Gatty Delsemme. Il permet l'accès à une activité physique adaptée, personnalisée et évolutive en fonction de l’état de santé du patient, avant et après chirurgie et/ou traitements chimiques, immunologiques ou encore radiothérapeutiques.
Autre innovation, importante pour pas mal de patients déjà confrontés à d’importants frais dans le décours de la maladie, les séances sont gratuites : le ticket modérateur (8-9 euros) non pris en charge dans le cadre du remboursement INAMI « revalidation » est financé par le CHU de Liège, grâce à ses activités caritatives et aux dons.
Sur base d’une prescription médicale
Concrètement, l’Espace Rebond est ouvert à tous les patients oncologiques, même traités dans d’autres hôpitaux et d’autres provinces, sur base d’une prescription médicale de l’oncologue traitant.
« L'oncologue détermine si le patient est capable de bénéficier d'une prise en charge physique, puis notre médecin physique valide cette prescription de revalidation », détaille la Dre Loly. « On contacte ensuite le patient pour un premier bilan avec un test d'effort et une ergospirométrie pour évaluer ses capacités à l'instant T et lui créer un programme adapté. »
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L’intérêt de la préhabilitation
Le CHU de Liège n’oublie pas son ADN universitaire de recherche : l'Espace Rebond permettra également de mener à bien des recherches cliniques, à l’instar du travail de Léonore Jodogne, kinésithérapeute doctorante et assistante à l'Université de Liège, qui prépare une thèse sur l’intégration précoce de l’activité physique dans le parcours de soins oncologiques, plus particulièrement sur la préhabilitation chez les patientes atteintes d’un cancer du sein.
« Cette préhabilitation vise à potentialiser les capacités physiques des patients, notamment cardio-respiratoires. Elle permet également de soutenir psychologiquement le patient en attente d'un traitement lourd », indique Léonore Jodogne. « C'est aussi une façon de permettre aux patients de passer d'une posture passive durant l'attente des traitements à une posture proactive pour devenir acteur de son parcours de soins dès le départ. »
« L'activité physique permet d'optimiser la qualité de vie, mais aussi la capacité de tolérer les traitements », rappelle la Dre Catherine Loly. « De plus en plus d'études mettent en avant une amélioration de la survie chez les patients qui font de l'activité physique pendant leur traitement. »
Faire du sport pendant la préparation de la chimio
Les séances, d’une durée d’1h30, se déroulent en petits groupes de cinq ou six patients au maximum, à raison de deux à trois fois par semaine. L’idéal est, par exemple, de pouvoir les caser pendant les 1h30 / 2h nécessaires à la préparation sur mesure des chimios, puisque les patients sont déjà dans le bâtiment, en attente de recevoir leur perfusion.
« L'activité physique permet aussi de préserver l'autonomie des patients », reprend Mme Jodogne. « L’objectif est de leur donner les clés pour réaliser cette activité physique dans leur quotidien, puis tout au long de leur vie. Le programme qu'on propose aux patients est adapté à leurs capacités, aux traitements en cours et leurs effets secondaires, à l'état du jour et en fonction, aussi, des objectifs thérapeutiques. Lorsque nous n'avons que trois ou quatre semaines de temps devant nous avant une chirurgie importante, il faut évidemment augmenter la fréquence de séances pour potentialiser un maximum les capacités physiques. »
Un atout pour les sportifs de haut niveau
L’Espace Rebond est soutenu par plusieurs sportifs professionnels : Naomi Van Den Broeck des Belgian Cheetahs, Armand Marchant (ski alpin), Arnaud Dely (duathlon), Carole Bal coach des Belgian Cheetahs et Ingrid Vanherle, la directrice du Standard Femina.
« Je suis ex-sportive de haut niveau de football, je viens d'avoir un cancer de sein et des chimios », témoigne la directrice du foot féminin du Standard de Liège, d’origine limbourgeoise. « Et ce qui m'a vraiment manqué, c'est, justement, cet aspect physique. J'étais dans un hôpital où je faisais un peu de sport avec les autres patients, mais ça ne me correspondait pas : on marchait 50 mètres à un rythme où je dépassais vite tout le monde ! Alors je suis vraiment contente de voir que Rebond s'est mis en place parce que c'est vraiment important pour les gens qui ne font pas du sport, mais aussi pour les gens du sport de haut niveau, qui, eux, ne trouvent pas de solution. Je suis déjà la deuxième de l’équipe à avoir un cancer du sein… »