« Le manque d’accessibilité aux soins coûte cher »
Le président du Groupement belge des omnipraticiens (GBO) veut faire de l’accès aux soins une priorité. Il plaide aussi pour une meilleure préparation aux crises (canicule), la rémunération du travail invisible des généralistes et la sécurisation des échanges numériques.

La récente canicule a une nouvelle fois placé les généralistes en première ligne. Pour le Dr Lawrence Cuvelier, il serait toutefois injuste de leur faire porter seuls la responsabilité du suivi des patients fragiles. « Nous sommes mal structurés pour faire face aux crises », estime-t-il, en rappelant les difficultés observées durant la pandémie de Covid-19.
Le problème tient notamment à l’éclatement des compétences entre les autorités chargées de la Santé et celles de l’Intérieur. « Les compétences restent organisées en silos, ce qui n’a pas beaucoup de sens en période de crise. » La réactivation de la téléconsultation lors d’une canicule constitue une première réponse, mais elle ne suffit pas. Le président du GBO évoque aussi avec le jdM la climatisation des cabinets – il en bénéficie - et l’ouverture de lieux collectifs rafraîchis pour les personnes vulnérables. « Ce n’est pas la dernière canicule que nous allons vivre. On ne peut plus dire que l’on ne s’y attendait pas. »
Des plages réservées aux demandes urgentes
L’accessibilité aux soins figure parmi les principaux chantiers du GBO, tant en médecine générale que chez les spécialistes. « Le manque d’accessibilité coûte cher : une consultation chez un généraliste revient à environ 33 euros, contre 150 euros en moyenne aux urgences, souvent avec des examens supplémentaires. »
Lawrence Cuvelier propose de mieux organiser les rendez-vous non programmés. Généralistes, dermatologues ou psychiatres pourraient réserver des plages aux demandes urgentes. Certains hôpitaux le font déjà, mais sur une base volontaire. Une généralisation permettrait d’améliorer la qualité des soins et d’éviter que des patients ne se tournent inutilement vers les urgences.
Le GBO demande également de remettre rapidement la téléconsultation en ordre. Son principe a été accepté au sein de la Commission médico-mutualiste, souligne son président, mais sa mise en œuvre doit encore être finalisée.
Des résultats médicaux qui se perdent
Autre préoccupation : la perte de documents dans les réseaux informatiques de santé. Un paradoxe. Mais une réalité. Le GBO a constitué un groupe de travail sur ce problème. Lorsqu’un médecin prescrit un examen, le patient peut tarder à le réaliser ou le résultat ne jamais parvenir au prescripteur. « Le plus grave, c’est que le médecin ne sait parfois même pas qu’il n’a pas reçu le résultat. »
Sans vouloir revenir au papier, qui fonctionnait pas si mal en fait, Lawrence Cuvelier réclame des mécanismes d’alerte et une clarification des responsabilités entre médecins, laboratoires, hôpitaux et plateformes numériques.
Rémunérer le travail invisible
Le GBO travaille aussi sur la réforme de la nomenclature. Appels, contacts à distance, coordination et tâches administratives occupent une part croissante du temps médical sans être toujours rémunérés. Un financement plus global ou forfaitaire paraît logique, même s’il inquiète le syndicat : ce qui n’est pas payé acte par acte peut se révéler plus vulnérable lors des économies budgétaires.
Lawrence Cuvelier souhaite revaloriser le dossier médical global (DMG), tout en mettant fin aux inscriptions réalisées à l’insu du patient après une consultation ponctuelle. Il refuse que les abus de quelques-uns entraînent des sanctions générales : « La majorité des médecins sont honnêtes. Quand tout le monde paie à cause de fraudeurs, la profession se sent dévalorisée. »
New Deal et délégation de tâches : oui, mais avec un cadre
Le président du GBO reste favorable au New Deal – qui n’a pas vraiment séduit - qu’il considère comme un bon compromis entre paiement à l’acte et forfait. Son principal obstacle est la transition : les cabinets doivent investir durant plusieurs mois, le temps d’inscrire les patients et de stabiliser leurs revenus. Un soutien financier temporaire faciliterait ce passage.
Quant à la délégation de tâches, Lawrence Cuvelier n’y est « pas du tout opposé ». Il invite à s’inspirer de l’étranger, tout en rappelant que les infirmiers sont eux-mêmes en pénurie. Il cite son propre exemple : vingt secondes consacrées à un diagnostic, puis dix minutes aux formalités administratives. La délégation peut donc alléger la surcharge, mais la Wallonie manque encore, selon lui, d’un modèle précis.
Cette réforme ne résoudra pas immédiatement la pénurie de généralistes. Malgré l’augmentation des quotas, il faudra encore six à sept ans pour rattraper le retard, estime le GBO. Aujourd’hui, peu de médecins acceptent de nouveaux patients et les remplacements deviennent difficiles. À terme, cette pression menace aussi la qualité des soins.