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L’hypertension frappe désormais dès l'âge de 15-16 ans

Surpoids et sédentarité font le lit – silencieux – de l’hypertension artérielle. C’est d’autant plus vrais chez les jeunes, de plus en plus concernés par cette pathologie, parfois dès l’âge de 15-16 ans. Une campagne nationale de dépistage gratuit et de sensibilisation court tout le mois de mai. L’occasion de faire le point.

6 mei 2026

hypertension HTA jeunesPlus de 6 % des moins de 20 ans étaient hypertendus en 2020, selon une étude parue dans The Lancet [1]. Soit, à l’échelle de la population belge, plus de 140.000 jeunes… La prévalence de cette pathologie - naguère encore qualifiée « de vieux » - a quasi doublé depuis l’an 2000. Mais que s’est-il donc passé ? Obésité et sédentarité – intrinsèquement liées à une hausse de la pression artérielle - n’ont fait que s’amplifier dans la population. Aujourd’hui, un enfant obèse sur cinq (19 % exactement) est hypertendu.

Dépistage gratuit durant le mois de mai

Longtemps l’on qualifia l’hypertension  de « tueur silencieux ». C’est d’autant plus vrai aujourd’hui puisque chez les jeunes, la pathologie est particulièrement asymptomatique (ce qui ne l’empêche pas, en coulisses, de fomenter son cortège de troubles cardiovasculaires). Mesurer la pression artérielle d’un jeune doit donc devenir un réflexe, à l’instar de chez l’adulte plus âgé. « Au moins une fois par an », souligne le Dr Bertrand Falque, cardiologue et chef de service en cardiologie au CHR de Huy. L’hôpital régional hutois participe, comme dix autres à travers le Royaume, à la campagne nationale ‘May Measurement Month’ (MMM) jusqu’à fin mai, sous l’égide de l’International Society of Hypertension (ISH), dont fait partie le Comité belge de lutte contre l’hypertension (CBH), en charge de la prévention.

Le journal du Médecin : les dernières données des campagnes de dépistage belges [2] montrent qu’un tiers des hypertendus s’ignore encore, contre un sur deux jadis. Un réel progrès, grâce au dépistage. Quel est le profil des patients qui, aujourd’hui, ne connaissent pas leur hypertension et que vous voyez dans votre pratique au quotidien ? Est-ce forcément des gens en surpoids et/ou sédentaires ?

Dr Bertrand Falque : Dans la majorité des cas, oui. Globalement, c’est ce genre de patients. Et de plus en plus jeunes ! Le surpoids est corrélé à l'hypertension, on voit effectivement des personnes - jeunes ou moins jeunes - avec un surpoids de plus en plus manifeste, ces dernières années.

Ces patients vous sont référés par leur médecin traitant ?

Certaines personnes viennent suite à des autocontrôles à domicile mais dans la grosse majorité des cas, ce sont les médecins généralistes qui mettent en évidence l'hypertension et nous réfèrent les patients pour un bilan cardiologique. Certains présentent déjà une hypertension artérielle d'allure sévère. D'autres facteurs de risque sont souvent associés, comme le diabète et l'hypercholestérolémie. Souvent, des apnées du sommeil sont aussi présentes, qui nourrissent l’hypertension.

Des apnées non dépistées à cause des longs délais d’attente pour obtenir une polysomnographie ?

Il y a plusieurs facteurs. Contrairement à l'hypertension, l’apnée n’est pas un paramètre « visible » : il faut une anamnèse plus poussée, et le patient ne sait pas toujours répondre. C'est souvent le conjoint qui se rend compte des apnées et des signes paracliniques comme la fatigue diurne, la somnolence. Si le profil du patient à la consultation nous fait suspecter une apnée du sommeil, on demande une polysomnographie, mais les délais sont longs, il faut passer une nuit à l’hôpital et l’examen n’est pas remboursé à domicile…

On se dirige pourtant vers 70 % de polysomnographies à domicile, selon la réforme du ministre Vandenbroucke qui entrera en vigueur en 2027…

En effet, mais pour le moment ce n'est pas encore le cas. Il n’y a pas de critères ni de codes, donc pour avoir un traitement éventuellement par CIPAP ou autre, il faut toujours une polysomnographie hospitalière…

Votre hôpital participe (12 mai) à la campagne 'May Measurement Month' de dépistage gratuit depuis plusieurs années, n’y a-t-il pas un risque, comme souvent dans les dépistages de masse, de toucher des personnes déjà sensibilisées au dépistage et soucieuses de leur santé, et non les personnes qui s’ignorent hypertendues ?

Il y a un biais de sélection parce qu'on dépiste à l'hôpital : forcément, on a des patients qui viennent en consultation. Mais on dépiste aussi des accompagnants, et des personnes qui viennent à l'hôpital pour tout autre chose que de l'hypertension et chez qui on n’aurait peut-être pas mesuré la pression artérielle. Donc ça reste pertinent. Mais il faudrait en effet multiplier les campagnes de dépistage, que ce soit au niveau professionnel et dans des lieux publics pour toucher une population plus large.

Quelles sont les valeurs cibles en 2026 ?

Les mesures hygiéno-diététiques sont à appliquer chez tous les patients hypertendus, y compris en cas d'HTA de la blouse blanche [3,4]. L'ESC recommande également leur application en cas de PA élevée (120-139/70-89 mmHg en consultation). Selon l'ESC, il est recommandé d'introduire d'emblée un traitement antihypertenseur en cas de PA ≥ 140/90 mmHg en consultation, quitte à revoir ce traitement dans un second temps, si les mesures hygiéno-diététiques seules suffisent.

On est clairement sur des valeurs en dessous de 130/80 dans les dernières recommandations 2025 de l’ESC/ESH. Mais ça dépend aussi du profil du patient : les valeurs sont différentes chez un patient diabétique, porteur d’une insuffisance rénale ou chez un sujet agé par exemple.

Une fois le patient diagnostiqué, encore faut-il le traiter et qu’il suive son traitement… La compliance est-elle difficile dans l’hypertension ?

Elle est globalement bonne. On la perd quand le nombre de médicaments augmente. Chez les patients qui prennent une ou deux molécules ou, maintenant, des associations, ça va encore. Mais on observe une perte de compliance chez ceux qui vont prendre 3, 4, 5 molécules différentes. Plus on augmente le nombre de comprimés, plus on perd de la compliance.

On utilise plutôt des associations, aujourd’hui, dites-vous ?

Oui, de plus en plus. On dispose jusqu’à trois associations disponibles pour le moment sur le marché belge.

Des patients hypertendus dès l'adolescence

Chez le jeune hypertendu, commence-t-on par essayer de modifier l’hygiène de vie ou recourt-on directement à des traitements ?

En cas d’hypertension avérée, les deux doivent être présents. On ne va pas laisser les patients avec une hypertension et donner uniquement des recommandations. Il faut d'abord traiter pour contrôler la tension. En parallèle, il faut améliorer les mesures hygiéno-diététiques, donc reprise d'une activité physique régulière et une alimentation équilibrée. Selon l'ESC, il est recommandé d'introduire d'emblée un traitement antihypertenseur en cas de PA ≥ 140/90 mmHg en consultation, quitte à revoir ce traitement dans un second temps, si les mesures hygiéno-diététiques seules suffisent.

Est-il plus difficile, aujourd'hui, de faire changer les gens de comportement ?

Cela fait 14 ans que je suis médecin, je ne sais pas si c'est plus difficile, mais les gens ont clairement de moins bonnes habitudes physiques et alimentaires à l'heure actuelle. On a plus de surpoids, d'hypertension et de diabète. Après, il faut les faire changer et ça, c'est compliqué et cela prend du temps. Et le sucre dans l'alimentation. On a un problème avec le sucre, clairement.

L’étude du Lancet montre un quasi doublement de l’hypertension chez les jeunes. À partir de quel âge voyez-vous de « jeunes » patients, désormais ? À 35 ans au lieu de 45 auparavant ?

On voit même des patients avant 30 ans. On voit de l'hypertension chez des patients très jeunes, vraiment. Jusqu'à l'âge de 15-16 ans, ils sont généralement référés en pédiatrie ou en médecine générale, mais aujourd’hui, en consultation, je vois parfois des patients de 15 ans déjà hypertendus. À cet âge-là, c'est souvent en lien avec une obésité.

Comment peut-on atteindre ce public-cible de jeunes à risque qui, par définition, ne va pas consulter de cardiologue de lui-même…

Globalement, c'est le généraliste qui va nous les référer. Pour cibler ce public-là, on pourrait aussi passer par la médecine scolaire. Faire des campagnes de dépistage dans les écoles, les hautes écoles et les universités. Il y a aussi un dépistage via la médecine du travail.

« Aujourd’hui, en consultation, je vois parfois des patients de 15 ans déjà hypertendus. À cet âge-là, c'est souvent en lien avec une obésité. »

Mesurer la tension est un acte qui doit se faire systématiquement chez le généraliste, même chez les jeunes, au moins une fois par an. Dans le cadre du dossier médical global, par exemple. Les valeurs cibles sont les mêmes que chez l’adulte à partir de 16 ans - chez l’enfant, on utilise des tableaux en fonction de l’âge. L’ado hypertendu multiplie son risque cardiovasculaire et tout son système va s'abîmer avec les années. Donc il faut traiter le plus tôt possible. Tout comme le diabète ou l'hypercholestérolémie. Tout facteur de risque CV doit être traité le plus rapidement possible.

Quels sont les red flags de l’HTA chez le jeune ?

Les symptômes ne sont pas présents chez tout le monde : certains vont présenter des céphalées, des troubles du sommeil, de l’essoufflement... C'est quand même à bilanter. Mais d’autres arrivent en consultation avec des tensions très élevées… et quasi sans symptôme. Notamment les jeunes, chez qui la pathologie est beaucoup plus silencieuse.

Références disponibles sur demande

Quelles recommandations donner aux patients pour l’automesure de la pression artérielle à domicile ?
Premièrement, bannir les tensiomètres de poignet : ils ne devraient plus être autorisés à la vente, les patients prennent mal leur tension et ça pose de gros problèmes de fiabilité. Donc toujours conseiller un tensiomètre de bras, et d’une bonne marque.
Ensuite, il faut le placer directement au contact de la peau, pas au-dessus d’un vêtement.
Enfin, on prend la mesure après 20 à 30 minutes de calme, et deux fois d'affilée.

Références
1. Zhou J et al. Global prevalence of hypertension among children and adolescents aged 19 years or younger: an updated systematic review and meta-analysis. Lancet Child Adolesc Health. 2026 Jan;10(1):11-21. doi: 10.1016/S2352-4642(25)00281-0
2. De Bacquer D et al. Prevalence, awareness and therapeutic control of hypertension in Belgium: an opportunistic screening of nearly 6,000 participants during the May Measurement Month campaigns 2017-23. Blood Press. 2025 Dec;34(1):2501956. doi: 10.1080/08037051.2025.2501956
3. Mancia, G., Kreutz, R., Brunström, M. et al. 2023 ESH Guidelines for the management of arterial hypertension The Task Force for the management of arterial hypertension of the European Society of Hypertension: Endorsed by the International Society of Hypertension (ISH) and the European Renal Associat. J Hypertens, 2023, 41 (12), 1874-2071.

4. McEvoy, J.W., McCarthy, C.P., Bruno, R.M. et al. 2024 ESC Guidelines for the management of elevated blood pressure and hypertension. Eur Heart J, Published online August 30, 2024.

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