Polémique sur l’alcool : l’ambassadeur américain convoqué après ses attaques contre Vandenbroucke
La nouvelle mise en garde sanitaire imposée aux publicités pour l’alcool qui "nuit à la santé" a provoqué une sortie particulièrement virulente de l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, contre Frank Vandenbroucke. Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a annoncé qu’il le convoquerait.

Le débat belge sur la prévention des risques liés à l’alcool prend une tournure diplomatique inattendue. Maxime Prévot (Les Engagés) a annoncé vendredi qu’il convoquerait dans les prochains jours l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, après les attaques personnelles de celui-ci contre le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit).
« Il est intolérable qu’un ambassadeur accrédité en Belgique s’en prenne de cette façon à un membre de notre gouvernement », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, actuellement en déplacement au Sahel.
Une image générée par IA
La polémique trouve son origine dans les nouvelles règles belges encadrant la publicité pour les boissons alcoolisées. Bill White a publié sur Instagram une image générée par intelligence artificielle représentant Frank Vandenbroucke, accompagnée de la mention « Nuit à toute forme de joie de vivre ». Il a également demandé à ses abonnés : « Qui est le plus grand loser de Belgique ? »
Une attaque qui vise directement la politique menée depuis plusieurs années par le ministre de la Santé en matière d’alcool.
En mars dernier, le Conseil des ministres avait en effet approuvé, sur proposition de Frank Vandenbroucke, un projet d’arrêté royal renforçant l’encadrement de la publicité pour les boissons alcoolisées. Parmi les mesures figure l’obligation d’intégrer la mention « L’alcool nuit à la santé » dans les publicités. Le dispositif prévoit également des restrictions renforcées pour les médias et contenus destinés principalement aux mineurs ainsi que l’interdiction de certaines formes de distribution gratuite d’alcool.
Le message sanitaire ne doit en revanche pas figurer sur les bouteilles ou les emballages eux-mêmes. Plusieurs exceptions sont également prévues, notamment pour certains objets publicitaires, le sponsoring et la dénomination d’événements. Les nouvelles règles doivent entrer en vigueur un an après la publication de l’arrêté royal.
Un enjeu de santé publique
Frank Vandenbroucke justifie cette politique principalement par la protection des mineurs et par la nécessité de mieux informer la population sur les risques sanitaires de l’alcool. Selon son cabinet, plus de trente maladies sont directement liées à une consommation excessive et les décès associés à l’alcool représenteraient environ 3 % de l’ensemble des décès en Belgique, soit plus de dix par jour.
La mesure s’inscrit par ailleurs dans la stratégie interfédérale belge de lutte contre l’usage nocif de l’alcool 2023-2028. Le Conseil supérieur de la Santé préconise lui aussi depuis plusieurs années un encadrement plus strict du marketing de l’alcool et des avertissements sanitaires plus explicites.
Prévot avait déjà rappelé White à l’ordre
L’incident n’est pas le premier entre Bill White et le gouvernement belge. En mai, Maxime Prévot avait déjà publiquement appelé l’ambassadeur américain à « davantage de retenue » après des critiques de celui-ci concernant des procédures judiciaires belges visant des circonciseurs. Le ministre avait alors rappelé qu’« il n’appartient pas à un ambassadeur de dicter l’agenda d’un gouvernement ».
Cette fois, le caractère personnel de l’attaque contre le ministre de la Santé conduit le chef de la diplomatie belge à franchir une étape supplémentaire avec une convocation formelle.
Le président de Vooruit, Conner Rousseau, a également réagi avec vigueur. Selon lui, Bill White « ne connaît rien aux soins de santé » et ne ferait que suivre la ligne de Donald Trump. « Ceux-là ne se soucient que d’argent, pas de notre santé », a-t-il écrit sur Instagram.