Inserm/Institut Pasteur
La taurine pour réduire le risque de paludisme sévère?
Une étude conduite par des équipes françaises de l’Inserm et de l’Institut Pasteur, publiée dans Nature Microbiology, montre que la taurine - que l'on trouve naturellement dans l'organisme, ainsi que dans les boissons énergétiques et sous forme de compléments alimentaires - est impliquée dans certaines formes non symptomatiques de la malaria car elle bloque un mécanisme essentiel au maintien du parasite dans l’organisme.
Si le risque d'infection au paludisme est important en saison des pluies vu l'activité accrue des moustiques, la maladie ne disparaît toutefois pas en saison sèche, bien qu'elle soit moins symptomatique. Certaines personnes gardent une infection chronique, qui sert de "réservoir" au parasite.
"Il sommeille avant d’être de nouveau capté et transmis lors de piqûres de moustique à la saison humide suivante", explique, par voie de communiqué, Antoine Claessens, chercheur Inserm, responsable d’une équipe au Laboratoire sur les interactions hôte-pathogène à l’Université de Montpellier.
La taurine facilite l'élimination naturelle des cellules infectées
Partant de cette réalité, ce chercheur, en collaboration avec Artur Scherf (Institut Pasteur) et Benoît Gamain (Centre d’immunologie et maladies infectieuses - CIMI à Paris) est parti en Gambie pour enter de comprendre les mécanismes sous-jacents à la persistance de Plasmodium dans l’organisme.
À partir des biologies sanguines d'une centaine de volontaires, les chercheurs français ont constaté des variations importantes des taux de taurine, dont une hausse continue pendant la saison sèche. Pourquoi donc?
La taurine interfère avec un mécanisme essentiel au maintien du parasite dans l’organisme humain : l’adhérence des globules rouges infectés aux parois des vaisseaux sanguins. "Cette adhérence, médiée par des protéines parasitaires, permet aux cellules infectées d’échapper à leur élimination par la rate, le sort normalement réservé à tous les globules rouges altérés", expliquent les chercheurs. Or la taurine bloque ce mécanisme, permettant à la rate de faire son travail d'élimination. L'infection est donc limitée et moins symptomatique.
Vers une expérience clinique
Reste à comprendre pourquoi la taurine augmente penant la saison sèche... Hypothèse des chercheurs: une augmentation de sa synthèse par l’organisme en lien avec les modifications saisonnières du microbiote intestinal.
En attendant, la taurine peut-elle servir à médier les symptômes sévères de la malaria pendant la saison des pluies? "Nous souhaitons mener une étude clinique qui consisterait à administrer de la taurine en population générale pendant une période de forte transmission", conclut Antoine Claessens.
Référence
G. Diffendall et coll. Longitudinal plasma metabolomics reveals a role for taurine in asymptomatic malaria and seasonal persistence. Nature Microbiology, 18 février 2026 ; doi : 10.1038/s41564-026–02268‑9