Informatique hospitalière

Assises de l’e-Santé, épisode 2

 L'IA peut-elle vraiment libérer du temps pour mieux soigner le patient ?

Lors des Assises de l’e-Santé, le Dr Olivier Clarinval, directeur médical de Vivalia a présenté « Copilot » , une intelligence artificielle implémentée dans le groupe hospitalier provincial luxembourgeois pour réduire les charges administratives du médecin au profit du patient. C'est en tout cas l'espoir qu'il suscite. 

Nicolas de Pape - 1 juin 2026

Dr Olivier Clarinval

« Il n’aura échappé à personne que, dans la relation avec le patient, le médecin passe aujourd’hui beaucoup plus de temps rivé à son ordinateur qu’à regarder son patient dans les yeux », rappelle tristement le Dr Clarinval. « Ce constat a été documenté dès 2016 par Sinsky et son équipe, donc avant l’arrivée des grands modèles de langage que nous connaissons aujourd’hui, notamment depuis 2022. »

Selon cette étude, 49% du temps médical est consacré à des tâches administratives. Pour chaque heure passée en contact direct avec le patient, le médecin doit consacrer environ deux heures à l’administratif.

Diverses tâches administratives

Plusieurs tâches administratives, certainement pas inutiles, se présentent. Le médecin alimente d’abord le dossier médical, les échanges avec le Réseau Santé Wallon et devra demain alimenter « l’entrepôt » des données de santé au niveau européen. S’y ajoutent ordonnances et comptes-rendus. Le médecin doit en outre informer le patient et sa famille, répondre aux demandes des mutuelles, répondre au téléphone, etc.

Le médecin participe aussi, éventuellement à des réunions multidisciplinaires (oncologie, chirurgie, etc.) Il gère enfin son agenda, la gestion du service, le reporting auprès des directions médicales, la gestion des gardes. 

« L’intelligence artificielle est déjà présente dans nos cabinets et dans nos hôpitaux, sous différentes formes. Certaines applications permettent déjà, par exemple, aux patients des services d’urgence de renseigner leurs antécédents, leurs médicaments ou leurs plaintes. Ces informations peuvent ensuite être analysées, codées dans un langage structuré, puis intégrées au dossier patient informatisé. »

Toujours valider le travail de l'IA par le médecin

Toutefois, ces intégrations doivent être relues et vérifiées, validées médicalement par le médecin.

L’IA aide beaucoup en matière de reconnaissance vocale – les radiologues en sont friands. « Ces outils ont été perfectionnés et adaptés au vocabulaire médical. Ils permettent aujourd’hui de passer de la parole au texte directement dans le dossier médical. » Ce système, appelé Dragon Médical, doit, là aussi, être surveillé. A défaut, il faut indiquer « dictée non-relue ».

« Dans nos hôpitaux, nous avons aussi développé une aide à la gestion des flux avec un logiciel appelé Decisios, notamment pour la clinique du sein. Il permet d’automatiser certains processus, d’améliorer la gestion de l’information transmise aux patients, d’envoyer automatiquement certains mails et de suivre en temps réel la place du patient dans son trajet de soins. »

Copilot, un grand modèle de langage

Copilot est un autre grand modèle de langage, au même titre que ChatGPT ou Claude. « Nous avons voulu l’implémenter chez Vivalia dans le cadre d’une initiative menée en partenariat avec Microsoft, afin de gérer certaines tâches du quotidien. L’avantage d’un tel partenariat est de pouvoir segmenter les données. »

Copilot n’est pas intégré au dossier médical. Les données personnelles du patient n’y figurent pas.  « Nous l’utilisons pour des tâches administratives, de la synthèse documentaire, de la rédaction assistée, de l’aide à la gestion des emails ou encore à la préparation de présentations PowerPoint. »

« Les réponses peuvent être vérifiées, adaptées au ton souhaité, relues sur le plan orthographique. Pour un directeur médical, cela peut représenter un gain de 20 à 30 minutes par jour. Cela aide réellement à automatiser certaines tâches et à retrouver plus vite l’information. »

Un exemple concret est la gestion des emails. Une chaîne d’une cinquantaine de mails peut être résumée en deux minutes par Copilot, selon le Dr Clarinval. « Les réponses peuvent être vérifiées, adaptées au ton souhaité, relues sur le plan orthographique. Pour un directeur médical, cela peut représenter un gain de 20 à 30 minutes par jour. Cela aide réellement à automatiser certaines tâches et à retrouver plus vite l’information. »

La vraie question : ce temps libéré l’est-il au bénéfice du patient ? Le Dr Clarinval nuance. « Copilot ne change pas le travail. Il change la vitesse du travail. Il l’accélère certainement. On a parlé tout à l’heure des assistants scribes. Nous ne les avons pas encore implémentés, tout simplement parce qu’il reste des questions importantes : la responsabilité, l’information du patient, la formation du médecin."

Synthèse automatisée du dosser médical

La synthèse automatisée du dossier est également une piste. « Certains l’ont déjà testée, mais dans un cadre réglementaire encore difficile à appliquer. Nous avons vu qu’il existe plusieurs réglementations : le RGPD, l’AI Act, les règles relatives aux dispositifs médicaux. Cela deviendra probablement possible dans le futur et pourra vraiment nous faire gagner du temps. »

Est-ce que cela fera gagner du temps pour le patient ? « À court terme, la réponse est non. Le temps gagné par le médecin sera d’abord un gain administratif et cognitif. Il pourra analyser plus rapidement des dossiers, parcourir une revue scientifique, repérer les éléments importants et se tenir à jour. »

Le temps médical deviendra peut-être plus profitable, non pas forcément pour chaque patient individuellement, mais pour la cohorte de patients. Le médecin pourra consacrer du temps à davantage de patients. On travaillera plus vite, mais pas forcément moins, estime le directeur médical. « L’intelligence artificielle augmente notre capacité de travail, mais pas notre temps disponible. Une journée reste une journée. Elle compte toujours le même nombre d’heures. Le gain viendra surtout de la réduction du temps administratif, notamment ces deux heures de travail supplémentaires pour une heure de contact patient. »

Un bon DPI et des données correctes

Pour faire de la bonne intelligence artificielle, il faut de bonnes données, insiste le Dr Clarinval. Il faut un bon dossier patient informatisé, un bon système informatique, capable de structurer les données, de les utiliser et de permettre leur réutilisation, notamment dans le cadre de l’espace européen des données de santé. Ce autant de verrous d’organisation.

« Chez Vivalia, ce n’est pas encore pleinement accessible. Cela devrait l’être prochainement avec le changement de dossier patient informatisé. Aujourd’hui, l’IA travaille autour du système, mais elle n’est pas encore dans le système. »

Il faudra aussi une gouvernance claire, précise le Dr Clarinval. « Il faudra réglementer, informer les patients, informer les médecins, et utiliser le bon outil au bon endroit. L’intelligence artificielle utile à un directeur médical n’est pas forcément la même que celle qui sera utile à un kinésithérapeute ou à un infirmier. »

En conclusion, Copilot est-il l’avenir de la médecine ? Peut-il, aujourd’hui faire gagner du temps aux médecins ? « La réponse doit rester prudente. Copilot peut réduire certaines tâches administratives. L’ampleur du gain dépendra du profil du médecin et de sa charge administrative. À terme, cela pourra peut-être permettre de retrouver un peu plus de contact avec le patient. Mais nous n’en sommes pas encore là… »

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