+ 3 heures par semaine en moyenne
Un Belge sur trois fait des heures supp': "un risque latent" pour le Pr Godderis (médecine du travail)
Selon un sondage mené par une firme de ressources humaines (RH), 32% des Belge prestent des heures supplémentaires au moins chaque semaine et 5% en effectuent même chaque jour. "À partir de 50-55 heures de travail par semaine, le risque de troubles de santé mentale augmente progressivement, surtout lorsqu'il ne s'agit pas d'un pic temporaire, mais d'une situation durable", signale Lode Godderis, professeur de médecine du travail à la KU Leuven.
"Comme un cardiofréquencemètre alerte lorsque nous faisons un effort trop intense, les outils d'enregistrement en ligne peuvent signaler quand les travailleurs accumulent systématiquement trop d'heures supplémentaires", illustre Florent Bovicelli, porte-parole de Protime, firme de gestion des RH à l'origine de cette enquête menée récemment par iVOX auprès de 1.000 employés belges francophones.
Visibiliser ces heures supp'
En 2026, seuls 16% des employés échapperaient totalement aux heures supplémentaires, révèle le sondage. Pour près d'un tiers (32%), la semaine de travail s'allonge en moyenne de trois heures. Ces heures supp' sont rarement, voire jamais enregistrées pour un tiers des sondés. Pourtant, une large majorité reconnaît l'intérêt d'un suivi: il permet de limiter le nombre d'heures supplémentaires pour plus d'un répondant sur deux, et pour 69%, il facilite leur compensation.
"L'enregistrement du temps ne sert pas uniquement à enregistrer correctement les heures supplémentaires, il permet aussi de mieux les maîtriser", analyse Florent Bovicelli. "Une meilleure visibilité du temps de travail aide les responsables à répartir plus équitablement la charge de travail et à planifier les processus de manière plus efficace."
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Du côté des travaileurs, visualiser les heures prestées en plus de l'horaire normal peut contribuer à les réduire: lorsque le temps de travail est enregistré, 31% des travailleurs font des heures supplémentaires au moins une fois par semaine, contre 57% en l'absence d'enregistrement.
La pression mentale liée au contexte
Selon Lode Godderis, professeur de médecine du travail à la KU Leuven interrogé par Protime, le nombre d'heures travaillées ne dit pas tout: "L'aspect problématique des heures supplémentaires dépend fortement du contexte: le degré d'autonomie, la pression ressentie, le soutien des responsables et des collègues et surtout les possibilités de récupération. Sans marge de récupération, un même nombre d'heures de travail peut avoir des conséquences très différentes sur la santé mentale. Choisir soi-même de fournir un effort supplémentaire n'est pas comparable au fait d'y être contraint."
"Choisir soi-même de fournir un effort supplémentaire n'est pas comparable au fait d'y être contraint." - Pr Lode Godderis
Le Pr Godderis met toutefois en garde contre les risques liés à des heures supplémentaires répétées, voire excessives: "À partir d'environ 50 à 55 heures de travail par semaine, le risque de troubles de santé mentale augmente progressivement - surtout lorsqu'il ne s'agit pas d'un pic temporaire, mais d'une situation durable. Travailler au-delà de ce seuil sur le long terme entraîne souvent un risque latent, mais bien réel, dont les effets ne se manifestent parfois qu'après plusieurs mois, voire plusieurs années."
"Choisir soi-même de fournir un effort supplémentaire n'est pas comparable au fait d'y être contraint." - Pr Lode Godderis