Absym : Dr Emonts, favori
Qui, du Bruxellois Gilbert Bejjani ou du Liégeois Patrick Emonts, l’a emporté à l’élection présidentielle de l’Absym ? Au moment d'écrire ces lignes, le suspens était entier. Les deux candidats se respectent et devraient la jouer "corporate".
Au moment de boucler ce numéro jeudi dernier, nous ne savions pas qui a remporté le scrutin à la présidence de l’Absym le week-end dernier. Sur notre site internet, nous avons longuement interviewé les deux candidats : Gilbert Bejjani, anesthésiste au Chirec (Bruxelles) et président de l’Absym de Bruxelles et Patrick Emonts, obstétricien au CHU de Liège et administrateur de l’Absym Wallonie. Il a également présidé le Collège des gynécologues-obstétriciens, tant au niveau wallon qu’au niveau fédéral. Tous les deux ont une vision profonde et à long terme de ce qu’il faut faire pour réformer les soins de santé. Le Dr Emonts s’est davantage épanché sur ce qu’il compte mener comme combat au sein de l’Absym, pour la rendre plus efficace ; le Dr Bejjani s’est davantage focalisé sur les réformes du système de soins de santé.
Mauvaise communication
Le Dr Emonts, qui nous semble le favori à l’heure d’écrire ces lignes, a notamment pointé le problème de la communication de l’Absym « qui est clairement à revoir ». « Elle est aujourd’hui défaillante. Lorsque j’étais président du Collège des gynécologues, j’ai travaillé avec une société de communication parce que je constatais que nous étions inconnus du grand public, et mal compris par les professionnels. C’est exactement le même problème à l’Absym : il faut que la base sente qu’elle est entendue, représentée, défendue. » Une deuxième priorité pour lui est d’aplanir une concertation « grippée » avec les pouvoirs publics. « On est face à un ministre qui agit comme un bulldozer, sans fibre médicale. Il oppose les soignants au reste de la société, laisse entendre que les médecins ne pensent qu’à l’argent. C’est injuste et contre-productif. Il fallait des réformes, c’est évident, mais on ne peut pas écraser la valeur du médecin comme acteur de santé et entrepreneur responsable. Aujourd’hui, les soignants sont épuisés, dévalorisés. Et le dialogue est au point mort. »
Un trublion rangé des voitures
Gilbert Bejjani a longtemps été perçu comme le trublion de l’Absym. « Disruptif », admet-il lui-même. « Peut-être trop. » Gilbert Bejjani ne nie rien. Mais aujourd’hui, c’est un candidat à la présidence qui s’exprime posément : « Je ne veux pas être partout, je ne veux pas être seul. Il faut une équipe, il faut un collectif. » Âgé de 51 ans, anesthésiste, engagé de longue date dans la structure syndicale, Gilbert Bejjani se veut à la fois réformateur assumé et rassembleur lucide. « La fonction fait l’homme. En tant que président, on n’a pas à être clivant. On doit fédérer. Je suis un médecin parmi d’autres. Mais je suis aussi un des rares à avoir fait le tour des hôpitaux, des présidences de conseils médicaux, à avoir parlé à tout le monde. J’essaie de défendre tous les types de pratiques, salariés, indépendants. Et je veux sortir des silos, même ceux entre spécialités, médecine générale incluse. »
Son plan se décline en trois volets, dans le cadre d’une vision Quintuple Aim : la nomenclature, le financement des hôpitaux, et l’intégration des soins.
Gilbert Bejjani dénonce un système « purement quantitatif », où l’on a « péché par le volume ». Trop d’actes, trop peu de valeur unitaire, trop d’inégalités entre spécialités.
Le Dr Bejjani demande une séparation nette entre les honoraires médicaux et les frais hospitaliers, « même si ces derniers peuvent rester affectés au budget des médecins – et c’est normal –, ce sont des frais de prestations qu’il faut pouvoir évaluer de concert avec les hôpitaux ». Enfin, il appelle à une vraie réflexion sur l’articulation entre la première et la deuxième ligne.